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voile > Courses IRC
De la bonne vieille rivalité franco-anglaise
10 octobre 2013
par Eric Basset

Tout le monde l’aura remarqué, le Fastnet 2013 a tourné au raz-de-marée tricolore. Qu’on en juge : une victoire toute classe pour le Jpk 10.10 des Loison père et fils, les cinq premiers toutes classes avec Night and Day, Foggy Dew, Rapshodie, Courrier vintage et Chenapan, douze bateaux français dans les quinze premiers pour seulement deux britanniques (6ème et 15ème) et un belge (8ème). Si on prend les classements par catégorie, le constat est le même : les quatre premières places en IRC 4, les 6 premières en IRC 3, les 2 premières en IRC 2. Il n’y a qu’en IRC 1 et 0 que les Anglais relèvent la tête, gagnant en IRC 0 alors que des Russes font 4, 5, 6, ainsi qu’en IRC 1, les Français terminant 2 et 8 avec Inis Mor et Codiam. Mais ce Fastnet est loin d’être un cas isolé, et il est particulièrement intéressant d’analyser les confrontations franco-britanniques en IRC depuis quelques années, en se basant sur le Fastnet et Cowes-Dinard qui sont les deux épreuves qui voient une participation significative de concurrents des deux pays. On ne manquera pas ensuite de faire des comparaisons avec les résultats obtenus en Voile Olympique.


On verra qu’en IRC, depuis quelques années les Français prennent régulièrement le pas sur les Britanniques, c’est net dans les petites classes dans lesquelles on peut presque parler d’héritage historique, et ça le devient aussi en IRC 2 et 1. Il n’y a que l’IRC 0 qui reste encore une chasse gardée anglaise, apparemment les “riches” sont plus riches Outre Manche, mais cette domination semble en voie d’être contestée par les milliardaires russes qui ne se focalisent pas uniquement sur les clubs de Foot. Du côté français les pratiques de “Gros Bateaux” se font plutôt en solitaire, sponsorisées et débarrassées des contraintes de la jauge IRC. Mais ceci est une autre histoire.

Mais revenons plutôt à l’analyse des résultats IRC depuis 5 ans.

COWES – DINARD

En 2008, les neuf premiers du classement toutes classes sont français, et on en trouve onze dans les quinze premiers pour un seul bateau anglais, Erivale.


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En IRC 3, les Français sont 1er, 3ème, 4ème, 5ème, 7ème, 8ème et 9ème


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En IRC 2, ils sont 1er, 2ème, 3ème, 5ème, 6ème, 9ème et 10ème


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En IRC 1 : 1er, 2ème, 3ème, 4ème, 5ème et 6ème

Excusez du peu !

En 2009, rebelote, c’est un bateau français qui gagne toutes classes (Spineck, ci-contre), et il y a cinq bateaux tricolores dans les dix premiers. Les Anglais s’en sortent un peu mieux, trois bateaux dans les dix premiers. Les conditions météo avec de la brise au début puis un essoufflement net et progressif à compter du petit matin ont bien profité aux gros ratings d’Outre Manche (Swan 56, Performance 100, TP 52, Farr 52, etc.). Les Français gagnent en IRC 3, font le quarté en IRC 2 et occupent rien moins que les sept premières en IRC 1.

En 2010, il n’y a que la première place toutes classes qui échappe à nos coureurs qui placent néanmoins onze bateaux dans les quinze premiers et quatre dans les cinq premiers. Pour ne pas changer, la razzia tricolore se poursuit dans chaque classe :


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En IRC 3, six bateaux dans les 10 premiers dont le 1er et le 3ème


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En IRC 2, cinq dans les dix premiers dont les 1er et le 2ème


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En IRC 1, juste les huit premiers

En 2011, c’est un peu moins bien, mais on trouve quand même dix français dans les vingt premiers du classement toutes classes (et les deux premières place en IRC 4, les six premières en IRC 3, six bateaux français dans les dix premiers en IRC 2, dont les 2ème, 4ème et 5ème places, et les 3ème et 4ème places en IRC 1.

En 2012, c’est un véritable raz de marée tricolore au classement toutes classes avec dix neuf bateaux dans les vingt premiers. Un seul Anglais, Erivale, parvient à s’intercaler à la 6ème place. Les Français trustent les deux premières places en IRC 4, les quatre premières en IRC 3, les sept premières en IRC 2 ainsi que la première en IRC 1.

L’édition 2013 se court dans des conditions météo favorisant nettement les gros ratings. Très logiquement, c’est le 100 pieds ICAP Leopard qui l’emporte toutes classes, mais les Français font mieux que résister puisqu’ils placent huit bateaux dans les quinze premiers et remportent toutes les classes : les trois premiers en IRC 4, les quatre premiers en IRC 3 , les sept premiers en IRC 2 , et les 1er et 3ème en IRC 1.

En résumé sur les cinq derniers Cowes- Dinard les Français alignent trois victoires et onze podiums toutes classes contre deux victoires et trois podiums à nos meilleurs ennemis, et arrachent la quasi-totalité des victoires dans toutes les classes de toutes les éditions, hormis en IRC 0 , catégorie dans laquelle nous n’avons pas de représentant.

LE FASTNET

Durant la période considérée, 3 éditions ont été courues.

En 2009, la course est dominée par les gros ratings. Ran, Luna Rossa et autres TP 52 ou Farr 52 trustent les premières places du général toutes classes. Les Français quand à eux dominent en IRC 1 (1er, 2ème, 4ème, 5ème, 6ème, 7ème, 8ème) et en IRC 2 (1er, 3ème, 4ème, 5ème, 6ème). Petite déception par contre en IRC 3, seulement 3, 4 et 8.

En 2011, ce sont de nouveau Ran et ICAP Léopard qui dominent en toutes classes, les Français classant six bateaux dans les treize premiers. Les classements par classe sont une fois de plus l’apanage de nos couleurs, 1er en IRC 4, trois bateaux dans les quatre premiers dont le vainqueur en IRC 3, 2ème et 3ème en IRC 2, et 1er et 2ème en IRC1 avec quatre bateaux dans les six premiers.

En 2013, comme nous le rappelions au début, c’est un Fastnet bleu, blanc, rouge, douze bateaux dans les quinze premiers, dont les cinq premières places, les quatre premiers en IRC 4, les six premiers en IRC 3, les deux premiers en IRC 2, la seule déception étant en IRC 1, classe dans laquelle nos représentants ne font que 2 et 8. Il fallait quand même laisser un petit quelque chose à nos amis anglais !

Enfin, on peut aussi jeter un coup d’œil aux classements des CHAMPIONNATS DU RORC, ceci avec toutes les précautions d’usage sachant que les bateaux français n’y participent éventuellement qu’en très petit nombre et pas forcément de manière totalement assidue, hormis quelques exceptions : Iromiguy, Foggy Dew, Inis Mor ou les bateaux de Géry Trentesaux, dont on peut dire qu’ils sont de relatifs habitués des courses anglaises.

Néanmoins, là aussi les résultats sont intéressants, en 2011 Iromiguy et Foggy Dew gagnent leurs classes respectives en IRC 4 et 3. En 2012, c’est Inis Mor qui s’adjuge le classement toutes classes, et bien sûr la victoire en IRC 1. En 2013, le bilan est encore plus flatteur : Night and Day et Foggy Dew sont en tête en IRC 3 et 4, Courrier Vintage les imite en IRC 2 tandis qu’Inis Mor est 2ème en IRC 1.

Au classement toutes classes Courrier Vintage est 2ème à 38,5 points de Tonnerre de Breskens, mais avec une course en moins dans un championnat où toutes les régates comptent. On peut raisonnablement penser que l’impasse sur la Channel Race coûte à Géry Trentesaux et Sam Marsaudon le titre toutes classes …

Par ailleurs il convient aussi de signaler les performances de Prime Time et du Mc Do de Cherbourg qui, s’ils avaient participé à cinq régates plutôt qu’à trois, seraient montés sur les podiums de leurs classes.

L’analyse de ces différents résultats montre donc un sérieux avantage des équipages tricolores sur leurs homologues britanniques, ce qui déclenche tout d’abord un certain étonnement et quelques questions.

Un étonnement quand on met en regard ces résultats avec ceux de nos deux pays en Voile Olympique. Depuis 2000, l’équipe anglaise est très largement supérieure. Sur les quatre dernières Olympiades elle ramène 21 médailles dont 9 en or quand les Français en glanent seulement 6 dont 1 en or. L’écart est réellement abyssal et on ne peut que s’étonner de ne pas le voir se transposer ensuite en IRC. Ce d’autant plus que la course au large en équipage fait partie du patrimoine génétique de nos amis anglais depuis la nuit des temps.

Que l’on se souvienne de la grande époque des Myth of Malham, Outlaw, Cervantès, Clarionet, Quiver, Prospect of Whitby, Morning Cloud, Yeoman, Noryema, Marionette, Firebrand, Clarion of Wight, ou plus près de nous d’Indulgence, Juno ou Jamarella. Que s’est-il passé ?

On doit sans doute pouvoir trouver une partie de la réponse du côté d’une certaine “filière France” qui, à partir de l’énorme réservoir de la pratique voile légère (régulièrement plus de 400 participants aux France Optimist) a su pérenniser des pratiques de haut niveau sur des supports différents, et notamment en habitable. On n’insistera jamais assez sur le rôle du First Class 8, remplacé ensuite par le Melges 24 puis le J 80, et sur le soutien apporté à ce type de pratique par les clubs, les ligues et les collectivités territoriales.

Et puis il y a la Classe Mini, le circuit Figaro et le Tour de France à la Voile, des épreuves d’un niveau exceptionnellement élevé qui font la synthèse entre Course au large et Régate, et qui ont fourni des débouchés évidents au haut niveau dériveur, qu’il soit Olympique ou non.

Depuis une trentaine d’année, cela a permis non seulement de maintenir au plus haut niveau skippers et équipages , mais aussi de former et de faire progresser des centaines d’équipiers, notamment durant la période pendant laquelle le Tour de France rassemblait jusqu’à 40 bateaux, dont les 2/3 étaient composés d’équipages étudiants ou amateurs.

Ces différents circuits ont permis en permanence de recycler ceux qui sortaient de l’olympisme ou des séries “jeunes” en leur permettant de trouver des débouchés en compétition compatibles avec une vie professionnelle ou familiale, voire pour certains de se professionnaliser grâce au Figaro ou au Tour de France. On ne sera pas surpris de constater que l’ossature de la plupart de nos équipages IRC est directement issue des ces univers là. Il semble bien qu’il ait manqué ce genre de choses en Angleterre …

En revanche, on peut s’inquiéter quelque peu de l’évolution actuelle du Tour de France. Avec une participation de 12 bateaux dont les ¾ sont menés par des équipes totalement professionnelles, il est à craindre que le vivier ne se tarisse dans les années à venir …

Enfin se pose la question de savoir pourquoi ces résultats particulièrement probants, tant à Cowes-Dinard que sur le Fastnet ne se reproduisent pas de façon aussi nette lors des Commodores’ Cup ?

Éric Basset, Membre du Comité Directeur de l’UNCL et de la Commission IRC

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