Les concurrents ?
Ils sont au nombre de 116. Une volée de bateaux de série, des protos, des TP52, dont Paprec Recyclage avec lequel nous sommes associés pour le classement par équipe. J’y laisse la plage avant aux bons soins de “U-boot Fred”, habituellement N°2 à bord. Je ne suis pas inquiet, il sait faire. D’ailleurs il serait de bon ton qu’ils finissent derrière, les Castors, au risque de me faire chambrer toute la semaine prochaine à Cork… Jivaro, un J133 Trinitain qui, s’il ne brille pas plus que ça sur les parcours “banane”, s’avère être redoutable en offshore. La meute malouine, avec le J122 Nutmeg IV, Ame Haslé, le A35 de Franck-Yves Escoffier… Et chez les anglais : Le TP52 John Merricks II , Erivale, Ker 39, qui sera un bon étalon pour nous puisque nous affichons exactement le même rating, sans compter les VOR 60′, le Super Maxi ICAP Leopard, et j’en passe…
Gardons en tête que cette édition de Cowes – Dinard est, pour la plupart des concurrents, synonyme de sélection pour la Rolex Commodores’ Cup en Août… Tout le monde a faim, donc… Quelques bières chez Tante Corinne (comprendre “Anchor Inn”, l’un des pubs de marins à Cowes), une bonne nuit de sommeil, et nous passons la matinée dans les derniers préparatifs.
Dom s’occupe de l’avitaillement (nous sommes gourmands, à bord), Ghis de la météo et de la “nav”, le reste de l’équipe s’assure que tout est OK à bord. Départ prévu : vers l’Ouest (Needles), 15h50 locales, avec la marée. Nous sortons tôt pour nous caler sur cette mythique ligne de départ du Royal Yacht Squadron et ses canons puissants, et passer un peu de temps ensemble. Nous regardons partir les plus petites classes. Il faudra probablement partir milieu de ligne, aller chercher le courant sortant max… La météo s’annonce tordue : Un petit flux d’ouest-sud-ouest, 10-12 nœuds, puis grosse rotation par la droite pour finir mollissant nord-nord-ouest… avec un peu de pluie, pour couronner le tout !
C’est parti. Bon départ !
Ça tricote un peu dans la partie “Squadron” de la ligne, et nous nous offrons le luxe de renvoyer à droite le TP52 John Merricks II, concurrent direct de Paprec, qui nous vire outrageusement sur la tronche. Quand Dom décide d’enclencher le mode “cap”, ça rigole pas. Nous sommes l’un des plus petits ratings de notre départ, alors forcément, les gros allongent. Une heure après le départ, toujours dans le Solent, je vois le génois tout “castorisé” de Paprec déralinguer. Ils abattent en grand. Pourvu que ce ne soit pas le cunningham qui a cassé, si c’est le cas, ils vont mettre un temps de malade à réparer. Moins de deux minutes plus tard, je vois le bateau qui re-lofe en hissant une nouvelle voile d’avant. Pas le “cuni”, donc. J’en déduis, presque rassuré, que c’est le “lashing” de mousqueton double de tack-change qui n’a pas tenu (info confirmée par Stéphane à notre arrivée). Je ne l’avais pas vérifié, celui là. C’est nul. J’espère n’en être quitte que pour une volée de rousses à Cork.
La fête à Gréement-Courant !!!
Ronan se fend d’une tactique impeccable sur toute la remontée du Solent, si tant est que nous attaquons le “bouillon” des Shingles plus que bien. Le Grand Soleil 54 Bridgestone est derrière, Erivale et Jivaro aussi, et suffisamment loin pour le devancer en temps compensé ! Ça sent bon, cette histoire, ça sent bon… Nous tapons des thèses en nous faisant lourds au rappel avec Poyo, en se disant que ça va encore être une bonne course de sangliers quand tout à coup, un joli “Bang” se fait entendre… Le guindant de GV parle de lui même… La drisse vient de casser. À moins que ce ne soit le lashing de têtière ? Non, c’est bien la drisse qui dégringole dans le mât. Nous n’avons qu’une drisse de tête sur Spineck. J’opte avec Ghislain pour la poulie ouvrante, assurée sur la tête de mat, avec la drisse récupérée en simple (elle est mouflée à l’origine). Allez, paye ta visite en tête de mât dans la mer hachée de sortie de Solent avec, accroché au baudrier, un bout de Dyneema, une poulie ouvrante, et une drisse de 8 ! Une dizaine de minutes plus tard, ça le fait, la GV est de nouveau en l’air, et j’avale 1,5 litres de flotte en 15 secondes. Mais cela nous coûte cher. Nos poursuivants, au fait de leur aubaine, reviennent bord à bord avec nous, même si Dom a la présence d’esprit de continuer à faire du près sous foc seul pendant que nousbricolons… Dépités. Quant à moi, j’accuse le coup. D’abord Paprec, et puis cette drisse…
À bord, les gars sont au top. Encouragements, petites phrases du genre - “Allez les gars, il y a du chemin, ça part de là, on ne lâche rien de rien”… Je serre les fesses à chaque fois qu’un peu plus de pression rentre, et que Hugues joue du chariot et de l’écoute de GV comme si de rien n’était… Ça doit mollir, de toutes façons. Il sera toujours temps de remonter pour ré-assurer le tout… La nuit tombe, et la pluie avec. La drisse improvisée tient, et nous enchaînons les changements de génois. Medium – Light – re Medium – re Light. Pas le temps d’avoir froid. Nous attendions de la droite, c’est de la gauche qui rentre (? ??). Toujours au près, plutôt bon pour nous. Les gars arrivent à dormir un peu dans la molle, quand il s’agit d’abaisser le centre de gravité du canot. Nous faisons le choix d’essayer de nous décaler au vent de la flotte, histoire de passer les Casquets avant la renverse…
Le petit matin :
Comme d’habitude, c’est au petit matin que l’on fait les premiers comptes, sur Cowes-Dinard… Quand on peut voir avec certitude aux jumelles qui est autour de nous. Et bien là, on est un peu paumés. Impossible d’identifier les canots alentour. Tout le monde y va de sa supposition : “Tiens regarde celui-là, ça a l’air d’être un gros, ça, non ?”. Ce n’est que vers 7h00 que nous savons avec certitude que Jivaro est environ un mille derrière, parfait, que celui qui est un peu plus près doit être un Class 40 (pas dangereux niveau rating), et que la (très) bonne surprise du matin est ce VOR 60, Pleomax, à moins d’un mille devant, “collé de chez collé à la piste”, tellement ça mollit. C’est toujours du près, et de la molle. Exactement ce qu’aime ce Grand Soleil 44r ! Nous sommes donc à priori super dans le coup, ce qui a pour effet de regonfler tout le monde à bloc ! Nous nous offrons même le luxe de mettre le VOR loin derrière pendant un moment… Jusqu’à la droite annoncée beaucoup plus tôt. Changements de voiles : Genois Light – Jib-top – Code 5 – Spi A1… Nous sommes moins rapides à ces allures… Jivaro revient sur nous. Le VOR finit par passer. La journée est longue. Il est 15h00 quand nous apprenons qu’il nous faut terminer avant 19h30, et devant Jivaro de plus de 9 minutes pour gagner “Overall”. Faisable, mais reste cette “énoooooorme” trentaine de milles à faire dans ce vent mollissant et adonnant… Cela ne fait pas du tout nos affaires, le J133 Trinitain, qui avait embarqué pour l’occasion Jean-Mich Carpentier, est plus rapide, et finit par nous passer sous spi, à une dizaine de milles de l’arrivée… Nous tentons le tout pour le tout. Quitte à naviguer en travers de la piste, à la recherche d’un peu plus de pression. Malgré cela, nous lui rendons un peu de temps. La victoire en IRC 0 sera pour lui… Pour ce qui est du classement Overall, nous dépendons des gros qui ont fini longtemps avant nous, mais aussi des “petits” qui reviennent vite avec la renverse de marée…
Bilan et résultats :
Second dans notre classe (IRC 0), quatrième Overall, premier “par équipe” pour l’UNCL grâce à un très bon Paprec Recyclage, 2nd Overall. Qui s’en plaindrait ? L’ambiance à bord, au top, les petits plats mitonnés de Dom, un régal, la re mobilisation exemplaire de l’équipage dans les moments pas faciles, rien à dire. Un très, très bon moment partagé sur l’eau, sur un chouette bateau… Reste que sans ce mousqueton H8 qui scie la drisse de GV (nous l’apprendrons en regardant de plus près le bout de ficelle dès notre arrivée), cette droite que nous n’attendions plus, le toutes-classes était clairement à notre portée… Alors déçus, oui, un peu. Jivaro mérite sa victoire en IRC 0, auteur d’une magnifique fin de course, il a mieux géré la transition et le retour de droite, bravo à lui. Quant à John Merricks II, qui l’emporte toutes classes, nous ne pouvions pas faire grand chose…

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