Cette année, nouveau record de participation avec 47 bateaux inscrits pour un parcours devant conduire à faire le tour de Porquerolles, virer devant Saint Raphaël après un passage intermédiaire devant Port Grimaud, dans une logique de spectacle, tout en offrant au comité de course la possibilité d’une réduction de parcours dans l’hypothèse d’une faible brise.
Avec un vent de moins de 10 nœuds, deux départs parfaits sont donnés à 16 heures, le premier pour les IRC 1 et 2, le second pour les IRC 3 et 4. La bouée de dégagement, très bien positionnée, même si son utilité n’est pas avérée sur ce type de parcours, est passée rapidement par les locomotives du premier groupe qui devraient plutôt être dans une classe IRC0 tant la différence est grande avec les unités plus traditionnelles de la classe 1.
Le vent décline progressivement à l’approche de la tourelle du Rabiou que seuls 7 bateaux arrivent à franchir assez non sans peine. Les autres restent bloqués, perdant tout espoir d’un peu de vitesse avec les vagues provoquées par les nombreuses vedettes sortant de la baie ou faisant route vers Saint Tropez. Plus une ride sur l’eau et petit courant travers nous amènent sur Flo d’Orient, le très beau 49 pieds Felci de Bernard Coquelet, à mettre en œuvre des techniques finalement éprouvées comme le virement en empannant ou bien l’évitage d’autres bateaux par poussées sécuritaires à la force des bras pour éviter toute collision du fait des vagues. L’esprit régate n’empêche pas le fairplay et la solidarité dans les moments délicats.
Le calvaire n’est pas terminé puisque le second groupe, avec des bateaux beaucoup plus légers, revient sur nous, les meilleurs nous laissant un peu sur place. Au loin, les voiles en carbone de Team Vision Future ont déjà une large avance. Il nous faudra finalement une bonne heure pour parcourir les 100 à 150 mètres nous séparant de la tourelle. Cela nous laisse le temps de repenser au convivial diner des équipages la veille au soir et à l’amical cocktail YCIPG – UNCL organisé avec réussite par les bénévoles du club de Port Grimaud sous la houlette de Gilles Mossé leur très dynamique président, occasion d’échange de flammes.
Nous reprenons quelqu’espoir en faisant route sur La Moutte, marque de parcours suivante. La concentration est extrême pour exploiter au mieux les quelques risées passant sur le plan d’eau.
Puis il s’agit de faire route vers le Cap Camarat que nous passerons à quelques encablures un peu avant la tombée du jour. Les feux sont allumés sur la plupart des bateaux, mais pas tous puisque nous ferons, sous un ciel heureusement très étoilé quelques rencontres de bateaux sans éclairage, au fort accent de nos voisins transalpins, aussi efficace qu’une corne de brume. La vigilance est de mise. Une partie de l’équipage commence, sans vraie logique de quarts, à prendre quelques pauses sommeil auxquelles mes nombreuses années passées à régater en Manche ne m’ont guère habitué mais il est vrai que les choses, à la vitesse de 2 à 3 nœuds, risquent de trainer en longueur.
Dès que la pression est un peu plus forte nous rattrapons quelques bateaux, dès que le vent disparait c’est nous qui sommes rejoints… je dirais même, d’une certaine façon, dépassés par la situation.
L’heure est à la concentration, à la détection des moindres soufflent d’air, à l’observation des vitesses de déplacement des feux des autres voiliers engagées dans la même galère. Vient à germer la question de savoir comment nous arriverons à faire cent milles en 26 heures (temps limite), même si le parcours était réduit à 70 milles. Nos fichiers “grib” qui laissaient entrevoir une telle situation s’avèrent malheureusement exacts. Les prévisions météo ne sont plus ce qu’elles étaient, elles sont de plus en plus justes.
À force de ténacité nous regagnons progressivement des places devant Cavalaire puis le Lavandou. Tchin Tchin très bien placé mais trop à la côte, sans doute avec l’espoir d’exploiter au mieux un thermique nocturne nous voit passer, tout comme Argo. Nous sommes dans le bon canal de vent. À la pointe de Bormes nous avons certainement moins de 10 bateaux devant puisque nous en comptons plus de 30 derrière. C’est dire toutefois que les écarts sont faibles. Seuls ont disparus de notre champ de vision les premiers sur lesquels nous sommes renseignés par quelques appels téléphoniques que certains équipiers du bord passent aux amis pour tuer le temps et discuter de la soirée de la veille … mais aussi de la suite du programme.
Au lever du jour par le travers de Brégançon nous arrivons, sous spi asymétrique, à nous extraire du gros de la flotte. Quelques milles au loin nous apercevons les voiles des premiers, Alyzée et autres gros bolides, apparemment devenus peu véloces. Combien sont-ils ? Certains ont-ils passé la pointe Ouest de Porquerolles ? Les questions sont posées. Deux voiles de bateaux n’ayant pas tiré à la côte pendant la nuit apparaissent dans la brume de l’île, assez proches. L’un à la côte de Porquerolles semble manquer de pression et être bloqué par le courant. Là encore nous essayons de passer d’une risée à l’autre. À ce jeu, nous enchainons une vingtaine d’empannages, espérant pousser le speedo au-delà de 2 nœuds. L’écart est creusé et devant les voiles restent bloquées à proximité du petit fort de nos amis Frilet.
L’espoir renait… mais disparait bien vite lorsque nous nous retrouvons au milieu d’une mer d’huile. Derrière le phénomène d’accordéon reprend et nous voyons revenir Tchin Tchin, Zulu le JPK 10.10 de la SORAC (Cap d’Agde), bien loin de chez lui mais leader du championnat IRC Méditerranée en classe 4.
Il est presque 9 heures du matin, le port de Porquerolles est proche. À la table à carte, nous calculons entre Bernard qu’un retour à Port Grimaud avant la fermeture de la ligne à 18 heures est totalement impossible même si de façon inattendue un thermique revenait. Nos concurrents ont sans doute tenu le même raisonnement puisque de premières voiles d’avant descendent et qu’un premier équipage se risque à annoncer son abandon. En quelques minutes c’est une avalanche d’annonces de même nature à la VHF. Finalement, un peu dépités mais réalistes, nous faisons de même et prévenons le Comité de course de notre retrait. Route au moteur vers Grimaud. Quelques uns rallieront le port de Porquerolles pour remplir des réservoirs bien vides.
En tête de course c’est l’inconnu, les voiles ont disparu derrière Porquerolles. Les meilleurs ont-ils le temps de revenir pour boucler le parcours réduit ? Nous en doutons mais sait-on jamais si ce thermique se levait. En fait nous apprenons que Bella Dona et Team Vision, alors devant le Langoustier, se retirent eux aussi. Dire qu’à 20 milles de là, plus dans l’ouest, le vent est annoncé à plus de 20 nœuds, queue de mistral qu’il m’a été donné de ressentir deux jours avant à Marseille. L’heure est à la contemplation des magnifiques paysages sauvegardés de la côte.
À notre retour à Port Grimaud nous apprenons les abandons des plus persévérants. 47 partant, 47 abandons, 47 DNF ! Triste fin pour une régate si bien organisée. Sans doute manquait-il seulement une possibilité de réduction de parcours à Porquerolles, où le choix d’un parcours différent du fait des conditions météos prévues. Il est certain que des enseignements seront à tirer pour l’an prochain.
Au demeurant, le côté festif voulu par Gilles Mossé et le YCIPG sera conservé jusqu’à la fin du programme du week-end avec un tirage au sort, par Justine, nouvelle équipière sur le bateau de notre ami Jean Claude Bertrand, de prix tous achetés à la SNSM.
Nous sommes impatients de revenir en 2014. Nous ne garderons que les bons souvenirs de ce week end et espérons pouvoir remettre les choses en ordre pour la prochaine édition, déjà prévue dans le calendrier du Championnat IRC UNCL à venir.
- Images : YCIPG - Marc Dorgnon
Classements du Championnat Méditerranée IRC-UNCL 2013 ci-contre (IRC1, IRC2, IRC3, IRC4).

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100 Milles de Port Grimaud : ennuis anticycloniques
