Dans ce monde de marins où les pontons et les cafés bruissent parfois de cancans propres à toute communauté, je n’ai jamais entendu depuis 1978, date de la 1ère Route du Rhum à partir de laquelle je me suis mis à fréquenter la course océanique grâce à l’UNCL, un propos désagréable ou inamical à ton égard. Car tu portais des valeurs qui t’ont accompagné dans ta vie de coureur puis dans ta vie de directeur de course qui forçaient le respect.
Tu avais une détermination, une précision et une expérience qui te conféraient une autorité naturelle, te donnant une image de sérénité rassurante pour les coureurs comme pour les organisateurs d’ailleurs.
Fidèle à l’école initiée par Éric Tabarly, tu t’es lancé des défis qui t’ont amené à embarquer ou faire des bateaux toujours plus innovants : reprenant les rênes d’Elf Aquitaine 2, tu t’es battu avec son balestron, puis tu as fait Harris Wilson, ce catamaran à tubes que tu as su mener en Guadeloupe 8ème du Rhum quand les cassandres n’auraient pas donné cher de te voir à l’arrivée.
Également, ton sens de l’analyse des situations, ta capacité de communicant, ta concentration et ta disponibilité ont fait de toi un très grand directeur de courses et je suis sûr que tu vas manquer à bien des coureurs.
Tu as traversé ce qui restera pour moi la plus belle des époques de la voile : Après l’époque des grandes découvertes en caravelles puis celle des aventuriers de Slocum à Le Toumelin, vint celle des solitaires et des transats qui firent tant rêver le public. Tu as été de ceux qui, au cours des 20 dernières années du 20ème siècle, ont forcé l’admiration de tous et sont devenus des héros magnifiques. Cette époque formidable est malheureusement révolue mais tu y seras à jamais associé.
Lorsque j’ai monté le projet de rachat de Pen Duick et de la Route du Rhum, tu as tout de suite accepté de nous rejoindre. Et quand mon aventure personnelle dans cette organisation s’est terminée de manière aussi incompréhensible que brutale, tu as eu une attitude formidable d’amitié, de sincérité et d’intelligence à mon égard que je n’oublierai jamais, tout en restant loyal à Pen Duick pour lequel tu as été d’un concours précieux.
Tu avais 5 ans de moins que moi : avec 5 ans de plus, je peux te dire que je ressens une profonde injustice à te savoir parti car il te restait surement tant de choses à faire… Je ne peux pas m’empêcher d’y aller de ce poncif : “Ce sont les meilleurs qui s’en vont”. Dans ton cas c’est tellement VRAI.
Salut Jean et tous les membres de l‘UNCL s’associent à moi pour te souhaiter bon vent et souhaiter également beaucoup de courage à ta famille. Nous ne t’oublierons pas.
Philippe Serenon, Président de l’UNCL 1998-2000
Image : Pen Duick

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