Après avoir emmené son Élan 40 de Trébeurden à El Kantaoui en Tunisie, Bernard Cordeau a finalement décidé de l’amarrer dans le sud de la botte italienne, à Brindisi, que l’on peut considérer à priori comme un point de chute moins propice à une agitation incontrôlée… Havre d’autant plus sécurisant que son épouse Caterina qui est originaire de la région peut confier à oncle et cousin la surveillance et l’entretien du navire.
Que peut-on faire de son bateau favori lorsque l’on a Brindisi comme port d’attache et que vos obligations professionnelles vous obligent à être luxembourgeois ? Tout d’abord prendre un abonnement à Ryanair (la low cost irlandaise) qui vous emmène de Beauvais à Brindisi, sans escale, en deux heures. Ensuite vous avez le choix entre croisière ou régate ? En croisière, la côte Est italienne offre de nombreux mouillages sympas mais avec un peu d’audace on peut traverser l’Adriatique vers le Monténégro, la Croatie ou le nord de la Grèce ; la côte albanaise n’est parait-il pas aussi accueillante aux plaisanciers. On est assuré d’y trouver des températures estivales et si on s’y fait parfois arroser, au moins l’eau est chaude. Une sorte de Manche à l’envers…
En course la "classique" locale est la Brindisi – Corfou qui se court au mois de juin. C’est un peu le Cowes-Dinard de la région, mais un Cowes-Dinard "à l’ancienne" avec une majorité de bateaux de croisière bien ventrus, équipés d’enrouleur, biminis… pour qui c’est la régate de l’année. En résumé une ambiance assez relaxe où le plaisir d’une journée complète en mer l’emporte sur la victoire à tout prix.
C’est en décembre 2011, au dîner de l’UNCL que Bernard nous avait lancé une invitation bien tentante : une semaine à Brindisi avec la régate sur Corfou puis le retour, le tout du dimanche au dimanche suivant. Les semaines hivernales ont passé et il y a dix jours, après deux heures de Ryanair, nous nous sommes retrouvés sur Freyja dans la marina de Brindisi : deux Cordeau, deux Merlivat, François Walhain et un cousin de Caterina. En résumé, une task-force UNCL. Il y avait bien un hic … La régate se dispute en ORC ! Tout ne peut pas être parfait. Disons avec humour que nous avons étouffé nos scrupules en nous disant que nous devions nous familiariser avec les autres jauges.
Brindisi est un grand port du sud bénéficiant d’une grande et jolie rade qui est très fréquentée par les ferrys et les paquebots de croisière. Le départ y a été donné au début d’après-midi du mercredi par un vent de nord-est de force 2 à 3. Compte tenu de la géographie des lieux, obligation pour les 130 bateaux de partir bâbord, puis petit bord au près pas trop serré jusqu’à une porte de dégagement et ensuite …tout droit cap au 120°. Le parcours ne permet pas trop de fantaisie car les vents dominants sont de nord à nord-ouest ; il s’agit donc de faire "marcher" le bateau entre le petit largue et le vent arrière. Même si dans la nuit le vent qui a un peu forcé a permis à l’Élan 40 d’allonger la foulée et même si nous pensons avoir été très perspicaces dans les derniers milles où la pétole matinale s’installait, reconnaissons que notre performance a été moyenne puisque nous nous retrouvons finalement au milieu de tableau. Mais quelle belle arrivée sur Corfou ce jeudi matin !
La suite promettait d’être un peu plus sportive puisque nous devions repartir impérativement le vendredi de façon à prendre l’avion du retour le dimanche matin (à l’aube) et que la météo annonçait 20 à 25 nœuds de vent dans le 300. C’était justement là où nous devions aller ! La météo n’a pas failli et après quelques milles dans des petits airs albanais, le vent est arrivé comme prévu et avec lui une mer hachée qui nous a bien secoués. En final, retour à Brindisi après 27 heures de mer et 160 milles sur l’eau pour 120 sur le fond.
Ensuite adieu au soleil. Dimanche matin, départ de l’avion à 7h40, arrivée à Beauvais à 10h00, une heure de voiture, vite au bureau de vote et enfin… La sieste.
Pour ceux dont le bateau croise entre Italie et Turquie, cette course est vraiment recommandée. L’ambiance est italienne, c’est-à-dire parfois un peu bruyante, avec un très beau feu d’artifice la veille de l’épreuve, mais les ports de départ et d’arrivée sont vraiment très dépaysants pour les Parisiens urbains que nous sommes. C’est une régate qui mériterait de se courir en IRC et nous prendrons des contacts en ce sens.
Encore merci à Bernard et Caterina pour cette invitation.
Photo d’introduction : L’équipage de Frejya aux couleurs de l’UNCL (François Wahlain, Bernard Cordeau, Caterina, Liliane et Jean-Claude Merlivat, et un cousin de Caterina).

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