Pour remettre à ces bateaux disparates mais désireux de se mesurer entre eux, il était opportun de donner à chacun ses chances de succès et pour cela d’adopter une formule les … « uniformisant sur le papier ».
Problème, casse-tête ! Vous qui connaissez l’encre que fit couler cette question et vous doutez de celle qu’elle pourrait faire couler encore, rappelez vous les polémiques que suscitèrent les différentes formules de handicap.
En 1913, les sociétés de l’Atlantique utilisent l’une d’elles, le « Handicap Breton ». Celle-ci, après la guerre de 1914, est transformée et adoptée par l’Union des Sociétés Nautiques Françaises et prend le nom de Handicap National. L’U.N.C. fait courir en utilisant cette formule.
Son application ne donnant pas satisfaction, M. R.de Saint Père cherche une solution à ce problème, celle-ci étant une condition indispensable au développement de la vie de la société qu’il préside.
Il rejette la formule dite des « Handicaps comparés » relative à l’ensemble bateau-équipage et en conçoit une absolue en ce sens qu’elle ne contient que des éléments concernant le bateau seul, laissant ainsi à l’équipage la possibilité de faire intervenir pleinement sa propre valeur. C’est la jauge en « Handis » et l’ « Allégeance » portant le nom de son inventeur.
Cette nouvelle méthode se compose de :
1) la détermination des éléments qui procurent au bateau sa vitesse laquelle est concrétisée en un indice de vitesse,
2) la mesure de la puissance régatière du bateau : la Jauge,
3) la compensation des temps de parcours des bateaux courant ensemble : l’Allégeance.
Ces trois objectifs sont dans cette méthode, intimement liés et constituent un tout cohérent que l’on ne trouve pas dans les autres systèmes préconisés jusqu’alors.
De plus, l’indice de vitesse permet un classement des yachts que M. de Saint Père fixe en trois séries : Croiseurs « bona fide », Croiseurs rapides , Racers ».
On conçoit toute l’importance de ce classement. Il établit, en effet, d’une façon mathématique une différenciation entre les yachts lents et rapides par leurs formes mêmes et évite ainsi, avant les départs en course, les contestations que des répartitions arbitraires en séries, prises par certains jurys faisaient naître au sein des sociétés nautiques.
Appliquées aux résultats de certaines courses-croisières courues sous l’égide de l’U.N.C., la formule des « Handis », objet d’ardentes polémiques, se montra beaucoup plus précises que les précédentes.
Par adjonction de tables permettant un calcul rapide, M. de Saint Père améliore la pratique.
Il publie en 1938, une brochure intitulée « Nouvelles formules de Jauge et de Handicap de Croiseurs ». Il l’adresse à la Conférence Internationale de Londres qui vient , en effet, de décider l’étude des plus récentes formules de jauge applicables aux yachts de croisière, en vue de choisir l’une d’elles qui deviendrait internationale.
Le propre du handicap étant de compenser les écarts existants à l’arrivée entre les divers coureurs, l’application de la formule des « Handis » montre que ces écarts sont souvent réduits de 6 fois sur ceux de la formule du RORC et de 8 fois sur le Handicap National.
M. de Saint Père ne se contente pas d’une solution résolvant avec une approximation suffisante le problème jusqu’alors insoluble du handicap à la voile. La plupart des yachts qui prennent part aux course qu’organise l’U.N.C. sont munis d’un moteur. L’utilisation judicieuse de celui-ci fait partie du sens marin du skipper.
M. de Saint Père recherche et trouve une formule dite des « croiseurs mixtes » aux moyens de laquelle les yachts peuvent se servir de leur moteur dans des conditions limitées et égales pour tous : limitées en ce sens qu’il convient de conserver à la voile la place prépondérant dans la course, « égale pour tous » en ce sens que le moteur ne doit pas écraser le plus petit de l’effet de ses nombreux chevaux.
Cette nouvelle formule, unique en son genre, sera mise en application dans les courses croisières courues de 1936 à 1939, de Camaret à Bénodet, La Trinité et Saint Nazaire et donna toute satisfaction à ceux qui participèrent à ces compétitions courues sous le pavillon de l’U.N.C..
La guerre, encore elle, n’a pas permis à l’U.N.C. de pousser plus avant l’application des formules de son ancien président.

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