Sylvie Viant, pouvez-vous nous rappeler vos missions en tant que présidente du Comité de course du Vendée Globe 2008/2009 ?
Cela débute bien en amont du départ par une longue phase de préparation. Sur le terrain, ce travail prend forme avec le contrôle des bateaux par les équipes de l’UNCL en collaboration avec le Comité de Jauge. Je prépare également les différents briefings avant départ avec la Direction de Course. Enfin, la course commence véritablement : départ, suivi du parcours et arrivées.
Le départ du Vendée Globe 2008 sur un remorqueur de haute mer de la Marine Nationale, aura été des plus épiques, le mauvais temps nous ayant obligés à partir de La Rochelle et à y revenir une fois la meute lancée…
Vos impressions sur la course ? Vos temps forts ?
On avait, et on a toujours sur cette course un très beau plateau ! Mais spécialement pour cette édition, la régate a été vraiment intense, notamment jusque dans l’océan Indien. Chaque abandon est une profonde déception et procure une vive émotion : j’ai eu une grosse frayeur pour Yann Elies et Jean Le Cam, et une grande tristesse pour “Bilou” lorsqu’il a heurté une baleine et qu’il a commencé à perdre toute possibilité de prétendre à la victoire. Que dire lorsqu’il a perdu sa quille alors qu’il occupait confortablement une seconde place qu’il aurait bien méritée !
Vous êtes présidente du Comité de Course depuis l’origine du Vendée Globe dont c’était la sixième édition… pas de routine j’imagine ?
Impossible de parler de routine quand on voit débouler un gars qui n’a croisé personne depuis 84 jours et qui a été à bloc pendant tout ce temps. “Mich” avait une pêche d’enfer, je sais de sources sures qu’il est resté à sa soirée jusqu’au petit matin à boire et rire avec ses copains ! Il a même trouvé le temps de me dire qu’il avait trouvé très sympa sa conversation du 6 janvier avec les membres de l’UNCL.
De mon côté, un léger lapsus sur l’arrivée m’a valu les honneurs du Zapping de Canal+ ! Non, vraiment pas de routine et une émotion toujours intacte !
René Boulaire, vous êtes Chef Mesureur de la Classe IMOCA, Classe qui a la particularité de laisser une grande place au forum des coureurs… Pouvez-vous nous en expliquer le fonctionnement ?
L’IMOCA est une association, présidée par Dominique Wavre et dont les membres actifs sont les skippers. Elle fonctionne avec un Conseil d’Administration et des commissions parmi lesquelles, le “Technical Committee”. Celui-ci est composé de plusieurs skippers, architectes et mesureurs de la classe. Il était présidé par un coureur, Vincent Riou. Sa raison d’être est de proposer au Conseil d’Administration un compte rendu qui reprend les points susceptibles d’évoluer dans la règle de jauge. Le Conseil d’Administration soumet ces propositions au vote lors de l’Assemblée Générale. D’une certaine manière, les membres actifs ont donc la main sur l’évolution de la règle de Jauge.
Quelles sont les raisons qui incitent l’ISAF à accepter ce fonctionnement particulier ?
En tout état de cause, l’ISAF reste décisionnaire et doit approuver notamment toutes les modifications de la jauge. En cas de litige ou d’interprétation de la règle de jauge, l’ISAF conserve pleinement son rôle et tranche en dernier ressort.
Mais à juste titre, l’ISAF considère que la Classe IMOCA s’adresse à des marins professionnels et concerne exclusivement des prototypes. Cette perception nous laisse une marge de manœuvre non négligeable dans les discussions en amont des décisions. Ainsi, avec l’autorisation de la haute instance internationale, nous avons une possibilité d’innover, notamment en ce qui concerne les Règles de Sécurité Offshore (OSR), dans la mesure où nous ne sommes pas tenus au respect le plus stricte de la lettre des OSR, mais seulement à celui de l’esprit de ces règles. La complexité de nos bateaux et le professionnalisme de nos skippers nous offrent cette position de classe “laboratoire”.
Ce Vendée Globe sera-t-il riche d’enseignement au niveau de la Jauge IMOCA ?
C’est une question complexe, mais qui amène une réponse à priori positive. On peut considérer le Vendée Globe comme l’épreuve phare pour notre jauge. En effet, c’est dans l’optique d’une participation à cette épreuve que la plupart des bateaux sont construits. A l’issue du Vendée Globe, on devrait donc discuter de l’avenir de la jauge pour la prochaine édition, sur un moyen terme de quatre ans. C’est un travail qui a commencé avant la course. La réflexion porte sur la maîtrise de la puissance des bateaux, leur complexité, l’amélioration de leur fiabilité et enfin la maîtrise des coûts.
Les multiples abandons sur ce Vendée Globe, pose la question de savoir où se situe la course aujourd’hui. Aventure ou véritable régate ? Dans un cas comme dans l’autre, la “casse” restera malheureusement inévitable. C’est un élément inhérent à ce genre de course.
Si l’on considère le premier tiers du parcours, nous avons tous constaté que le cocktail aventure et course est un mélange détonnant et passionnant ! Et on ne peut pas nier que la course, dans son aspect régate, a perdu en intensité lorsque les problèmes de fiabilité sont intervenus. Tout s’explique, les bateaux sont aujourd’hui bien plus puissants (la vitesse moyenne de la flotte sur le fond est passée de 12,5 à 14 nœuds en quatre ans, vitesse égale aux trimarans au début des années 90). Donc la recherche de fiabilité doit être un véritable but. Ce but doit pouvoir se concilier avec une recherche permanente, à la pointe des techniques, ce qui reste l’essence d’une classe “open”.
Peut-on s’attendre à des avancées, des répercussions sur des bateaux plus conventionnels, ceux de nos flottes IRC par exemple ?
C’est encore une question complexe. Un “60 pieds” IMOCA coûte environ trois millions d’Euros et fait appel à des technologies d’exception. On se situe véritablement dans un domaine de pointe, qui dépasse la cadre général de la voile plus traditionnelle, techniquement et financièrement. Les répercussions techniques peuvent apparaître par exemple dans le domaine des voiles, des formes de carènes ou des profils de quilles. Mais encore une fois, on se situe vraiment dans un domaine “à part” dont l’influence majeure est palpable sur le long terme quasi exclusivement.
Les évolutions les plus visibles et les plus rapides pourraient se concrétiser au niveau de l’amélioration du niveau de sécurité globale des bateaux. De nouveaux équipements liés à la sécurité pourraient être développés. Enfin, le Vendée Globe est une course qui pourrait avoir des répercussions sur les OSR.

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