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Rolex Fastnet Race 2009 : domination française
1er septembre 2009
par Marc ALPEROVITCH

L’édition 2009 de la Rolex Fastnet Race a été un grand succès pour l’UNCL et les régatiers français en général. On savait les bateaux tricolores très performants cette année et nous pouvions nous attendre à un beau palmarès, sans pour autant imaginer qu’il soit si impressionnant :


- IRC 0B : 1er Jivaro, 3ème Inis Mor
- IRC 1A : 1er Codiam, 2nd Batistyl, 3ème Nutmeg
- IRC 2A : 2nd Captain Blind, 3ème Lann Aël
- IRC 2B : 1er Prime Time, 2nd Parsifal, 3ème Exile Mirabaud
- IRC 3A : 1er Bateaux Mouches du Pont de l’Alma, 2nd Major Tom
- IRC 3B : 2nd Perséphone
- IRC Double : 1er Exile Mirabaud

Avec 3 victoires dans les classes principales (IRC1, IRC2 et Double) et 14 bateaux sur le podium des différentes sous-classes, on peut affirmer que les Français ont dominé la Rolex Fastnet Race 2009. Les conditions de course ont été variées durant cette épreuve de plus de 600 milles qui a duré entre 4 jours pour Jivaro et 5 jours et demi pour Perséphone ! Le dimanche a été marqué par un vent très faible qui a rendu le passage de la pointe de Portland Bill très délicat. De nombreux bateaux ont été obligés de mouiller. Lundi, les concurrents ont longé la côte anglaise au près dans un vent modéré à assez fort. La remontée vers le Fastnet commençait au près et se terminait au débridé. L’essentiel de la redescente depuis le Fastnet s’est faite au portant. Les plus gros bateaux ont eu du vent jusqu’à Plymouth alors que les plus petits ont terminé dans la pétole à partir des Scilly.

Il est difficile de donner la parole à tous les bateaux qui ont réussi, nous avons donc choisi d’interroger le meilleur bateau Français de chaque classe IRC.

Commençons par Yves Lambert, propriétaire du Tina Perséphone, 2nd en IRC3 :


- Quel a été le moment le plus difficile ?

Incontestablement, le 1er jour en fin d’après midi, lorsque nous constatons que la bombonne de gaz est vide … et qu’il va falloir passer 5 ou 6 jours sans pouvoir manger ni boire chaud. Et pourtant, les menus et l’avitaillement avaient fait l’objet d’une préparation retaillée. Voir des boîtes de confit de canard et des poulets sans pouvoir les cuisiner était un supplice. Léger rationnement de rigueur, et créativité pour tenter des recettes sans gaz.


- Quels ont été tes principaux adversaires ?

Clarionet, excellent S&S37, très expérimenté : nous sommes très souvent très proches, mais ne naviguons jamais à vue. Iromiguy également, que nous surveillons systématiquement car il connaît bien la route, mais il a été moins inspiré cette année. Les autres concurrents avaient des ratings beaucoup plus élevés, et cela n’avait pas de sens d’essayer de naviguer de façon tactique vis-à-vis d’eux. Nous avons donc fait notre navigation sans tenir compte des autres. La 1ère place étant hors de notre portée, et étant devant nos concurrents en temps réel en ayant un rating plus favorable, il ne nous restait qu’à surveiller nos rétroviseurs.


- Comment expliques-tu ta performance ?

L’équipage tout d’abord : homogène, soudé, solidaire, polyvalent, hyper motivé et très sympa. Dès le départ de La Trinité pour Cowes le 3 août, nous sentions qu’il allait se passer quelque chose. Notre expérience très courte de 2007 (abandon à Dartmouth) nous a été très utile : de 5 équipiers en 2007, nous sommes passés à 6 cette année, en deux quarts de 3. C’est idéal pour la taille du Tina. L’équipage au complet fait obligatoirement le convoyage aller, pas d’arrivée d’équipiers à Cowes la veille du départ ! Enfin chacun est parfaitement équipé, 3 couches obligatoires + rechange.

On trouve sur le site Internet de Prime Time (vainqueur en IRC2) un long article sur le Fastnet dont nous retranscrivons une partie ci-dessous :

"Nous avons su attaquer quand cela nous semblait opportun. De façon générale, nous étions toujours à bloc, personne ne dormait sous le vent, nous réveillions les équipiers pendant leur sommeil pour qu’ils aillent dormir plus à l’avant ou plus à l’arrière en fonction de l’évolution du vent. Mais il y a aussi eu les phases d’attaque. Á ce moment là, nous passions en mode inshore, plus personne à l’intérieur, réglage incessant. Nous ne sommes pas capables de faire cela pendant cinq jours, il faut donc choisir ses moments. La première phase a été du mardi après-midi jusqu’au passage du Fastnet, nous étions persuadés d’avoir une trajectoire idéale en mer d’Irlande. Il y avait environ 16 nœuds de vent. Il n’y avait plus qu’à foncer ! Je suis le seul à avoir dormi deux heures à l’intérieur car je n’avais pas beaucoup dormi la journée précédente. Les autres ont dormi dans les filières. De même, sous spi le mercredi après-midi quand nous avons commencé à lofer et que les vagues étaient significatives, nous avons surfé chaque vague, le winch a chauffé, la gaine de l’écoute a commencé à se transformer en poudre. Nous avons du refroidir l’ensemble avec des seaux d’eau. J’avais déjà lu des concurrents du TFV raconter la même situation mais je croyais que c’était exagéré. Je me trompais.

Enfin, si nous avions réalisé en inshore que le bateau était un sport mécanique, nous avons compris en offshore qu’il était technologique. Les fichiers Grib, l’Iridium, le logiciel de routage sont des outils fondamentaux du bord. Au milieu de la mer d’Irlande, nous nous sommes retrouvés sous Excel à ajuster la polaire pour prendre en compte que certains angles n’étaient pas possibles avec ces vagues. C’était nécessaire pour calculer des routages utilisables. Avoir un navigateur à l’aise avec tout cela est fondamental.

Notre conclusion est que l’on peut gagner le Fastnet si l’on s’acharne sur le sujet. Est-ce que cela en vaut la peine ? Chacun peut se faire une opinion. Pour moi, c’est oui."

Passons maintenant à Codiam. Pour sa première saison en IRC, le Grand Soleil 43 réussit un magnifique doublé Spi Ouest-France / Fastnet. Samuel Prietz, équipier à bord du bateau, nous raconte leur course :

"Emmené par un skipper particulièrement compétent et sympathique, Codiam fait une sortie aux Needles dans le bon paquet. Ensuite ça se gâte, on mouille à Portland Bill en étant trop sud, mais on revient entre Lizard et Land’s End. On fait un super coup dans l’ouest ensuite, on réussit une lay-line de 45 milles, avec certains Class 0 en bons lièvres. Entre les Scilly et l’arrivée, on se débrouille comme on peut, sans jamais être trop serein. Olivier Bidard, notre navigateur, a vraiment fait un super job entre Portland et l’arrivée. À noter : tout le monde au rappel dès que le vent le nécessitait, de jour comme de nuit.

Nous passons le Fastnet 9ème toutes classes en compensé. C’est une performance, dommage qu’on n’ait pas tenu contre les Ker 39 et autres classe 0 dans la descente. Mais c’est la victoire dans notre classe qui compte.

Il y avait une équipe "oldies but goldies", 50% de quinquagénaires, mais aussi quelques jeunes très vaillants comme Grand’Nico (Nicolas Deberque), très chaud au réglage. Cinq d’entre nous ont fait les trois derniers Fastnet sur Codiam : Nicolas Loday, Oivier Bidard, Nicolas Deberque, Bruno Poncin et moi-même. Pour certains, dont Serge Lacroix (membre de l’UNCL, qui navigue d’habitude sur Félix) et Bernard Lauvray, dit "Le Sbire" (17ème participation, aussi équipier de Félix), c’était la deuxième victoire après celle de 1991 avec Jean-Yves Furic sur Sogéa, First 53f5."

Yves Grosjean et Jivaro avaient frappé très fort dès le début de saison, en remportant en équipage la Barquera 2009 dans des conditions pour le moins musclées. Dans le médium et les vents faibles, le Grand Sachem et son équipage ont à nouveau prouvé leur compétitivité :


- Yves, quels ont été les moments les plus difficiles ?

La première nuit dans la pétole, où je me suis refusé à mouiller et où nous avons bataillé près de 4 heures pour progresser de 1 mille vers l’ouest, alors que je voulais aller au sud … Puis la découverte de la perte du réa de drisse de génois supérieur dans le Solent. Donc plus de 2ème drisse et çà dés le début de la course. Et enfin quand on a aperçu Codiam, Batystil et L’Ange de Milon qui nous collaient toujours aux baskets en arrivant au Lizard.


- Et les moments les plus agréables ?

Quand on a vu qu’on était toujours bord à bord avec le J133 de tête, Jammy Dodger, et aussi très proches des deux Ker 39 Erivale et Inis Mor en arrivant au Cap Lizard. Il y a eu aussi Jammy que nous avons passé une première fois dans le clapot du Cap Lizard, puis une seconde dans la remontée vers le Fastnet en lui prenant plus de 30 minutes d’un coup. Et après la Pantaenius, plus de 7 heures à la barre sous spi à grappiller mètre après mètre sur Jammy Dodger qui était repassé devant nous. Et enfin l’option stratégique de l’arrivée, lorsque j’ai réalisé que le choix de passer au large payait, Erivale "planté" bien qu’il n’ait pas trop serré la côte, et nous qui continuons à nos angles les plus rapides en restant bien au milieu de la baie. Et bien sûr le passage du rocher à 4h30 du matin, la corne de brume d’abord puis les quatre faisceaux du phare soulignés par la brume, qui percent la nuit et balayent les nuages bas. Une vision d’un autre monde.


- Comment analyses-tu ta performance ?

Avant tout par la préparation : plus de 2 ans … Nous n’étions pas prêts en 2007, mais c’était l’objectif de notre saison 2009. La participation à la Barquera a permis de valider les choix d’organisation du bord, des équipements et des quarts. Dès qu’il y a plus de deux nuits en mer, çà change tout et à la Barquera, il y a eu de la piaule contrairement aux courses du RORC 2009. On a changé l’organisation des quarts, je me suis mis hors quarts et on est passé de 2 bordées à 3 "tiers" pour garantir des plages de repos à tous. Côté cambuse, on a opté pour de très bons plats cuisinés, ça compte pour le moral ! On a été très rigoureux avec l’organisation de la vie à bord.

L’ambiance et l’entente entre les membres d’équipage avait été "validée" entre autres lors de la Barquera. La constitution de l’équipage a été figée très tôt, à quelques ajustements prêts. Nous avons été nous-mêmes surpris par le résultat final … Étant hors quart avec une météo conciliante, j’ai vraiment pu me consacrer à la stratégie et la suivre en permanence. J’étais aussi disponible pour aiguillonner les quarts à tout moment sur les réglages et la vitesse. Il en aurait peut-être été autrement dans des conditions plus musclées. Mais j’ai confiance maintenant dans ce système et vais l’améliorer. Nos deux ans de préparation nous ont donné confiance à tous, nous avons parfaitement réagi aux pannes et petites casses. Les pièces de rechange étaient disponibles lorsque nécessaire ; la couture de la têtière du spi déchirée sur 50cm a été rondement menée dès la première nuit.


- Quels ont été tes principaux adversaires ?

En premier lieu les deux autres J133, Batfish et Jammy Dodger. Batfish est allé très au sud dès la sortie du Solent et çà ne lui a pas réussi contrairement aux plus gros. Il a pris un retard qu’il n’a jamais réussi à combler malgré une remontée remarquable la dernière nuit. Jammy Dodger, que nous connaissons bien, a été notre lièvre pendant quasiment toute la course. Et il y a eu les Ker 39 : Inis Mor que nous pensions inatteignable jusqu’à la dernière nuit, et Erivale qui est une vieille connaissance … ils nous ont repassés en fin de course dans la pétole à au moins trois reprises ces deux dernières années. Il y avait aussi Roark, le Grand Soleil 43, impressionnant à la Rolex Commodores’ Cup 2008. Étant parmi les plus petits ratings de la classe Zéro nous n’avons jamais vraiment considéré que nous faisions la même course que les plus gros : les deux Swan 56 et Tonnerre de Breskens, le Ker 46, qui finissent devant nous. Au final, nous ratons la 3ème place en Zéro de trois minutes derrière le 2ème Swan 56 … et finissons 10èmes au général, et premier français : nous n’en espérions pas tant.

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  • Message Rolex Fastnet Race 2009 : domination française

    2 septembre 2009 17:22, par Jacques Amédéo "le Jako"

    La domination française à cette édition, n’est pas le fait du hasard (3 des 4 premiers en IRC0B , IRC1, IRC2 , IRC3A sont ni,plus ni moins les récents vainqueurs du Spi Ouest France) mais le résultat d’une approche plus "régatière" que celle des Anglais qui, spécifiquement pour cette longue course, l’abordent avec superstition , plus en "course croisière" même si le type de bateaux sur lesquels ils courrent peut nuancer parfois cette observation. On retrouve cette approche trés pragmatique dans le rapport de l’excellent Tina Perséphone, avec lequel malheureusement nous n’avons pu nous comparer étant donné la différence de nos rating (70/1000ème) et des conditions météo rencontrées fort différentes.

    Nous avions avec Yves Lambert tiré les conclusions de nos abandons respectifs lors de l’édition 2007 , mais avons eu une réponse différente ; il a privilégié à la manière des Anglais un équipage de "marins" , nous avons comme Prime Time repris une configuration plus "régatière". Pour nous des anciens du TFV mais soutenu par un "marin" enrichie d’une saison sur Figaro (Transat AG2R et Solitaire).

    J’en suis à ma 7ème participation et suis un peu "affolé" (dans le bon sens du terme) de l’évolution du niveau de jeu en 12 ans : Nous nous sommes bien reconnus dans le rapport de mer de Prime Time qui a fait une course tactique extraordinnaire. Sans nostalgie pour mes premières participations qui étaient beaucoup plus poétiques…

    J Amedeo (X332 Bateaux Mouches du Pont de l’Alma )

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