Hommage de l’UNCL à Philippe Court

Philippe Court nous a quittés le samedi 13 juin. Président de l’UNCL de 1988 à 1989, l’UNCL garde le meilleur souvenir d’un homme qui a énormément œuvré pour le développement de la Course au Large et pour notre club. Bien après avoir quitté la présidence, Philippe Court a toujours soutenu l’UNCL, ne manquant aucune réunion du Comité Directeur. Nombreux sont les membres de l’UNCL qui ont tenu à lui rendre hommage, des anciens Présidents sous la plume de Philippe Sérénon, Jean-Michel Carpentier (témoignages ci-dessous) … Bien d’autres encore partagent notre tristesse et ont une pensée pour Philippe Court et pour ses proches.

 

Cher Philippe,

Te voilà parti rejoindre d’autres navigateurs et amis, aussi brutalement que si ton étrave avait heurté un danger isolé comme on dit. Car il y a quelques jours encore, tu naviguais en père peinard sur la grand-mare des canards, flamboyant et le port noble comme à ton habitude. Car tu avais cette élégance des grands voiliers de tradition sur lesquels le temps semble ne pas avoir prise.

Et puis sortant de la brume, tu vis soudain un énorme écueil surgir : en marin aussi avisé que maître de lui-même, tu analysas la situation avec cette lucidité et cette ironie que nous te connaissions et qui faisait ton charme. Car charmant et charmeur tu étais, capable de convaincre par ta seule aura tous ceux et celles que tu souhaitais séduire.

Bien que surpris par cette maladie foudroyante, tu assumas l’inéluctable avec panache, te contentant de partir en costume et cravate à l’hôpital ; les médecins t’ayant dit que ce serait un voyage sans retour, nul besoin de t’encombrer n’est-ce pas ?

Tu as poussé ton sens de la dérision et de l’ironie jusqu’à faire cet ultime pied de nez à la camarde, gardant une distance et un flegme tout britanniques, probablement acquis en te frottant souvent sur l’eau à ces godons honnis quand il s’agissait d’enrouler les bouées ; Car à terre, ta courtoise l’emportait et jamais tu ne fus pris en défaut de grossièreté ou de vulgarité. Respect..

Après Robert Degain, André Viant et Jacques Fayard, voilà que toi aussi tu quittes le club des past-présidents. Dieu sait si avec eux, tu as participé à l’éclosion et au développement de l’UNCL pendant les décennies 70 et 80. En ces temps-là, qui nous paraissent encore proches, nous avions des discussions de haut vol entre débatteurs talentueux et enflammés pour savoir si on devait faire confiance ou détester tour à tour la fédé ou les Anglais ! Ton côté distancié – et parfois provocateur genre libertaire ! – se délectait de ces joutes oratoires et politiques et tu n’étais pas le dernier à animer la polémique. Quand on s’est fait piquer l’attribution des numéros de voile IOR, nous étions tous prostrés puis remontés comme des coucous ! Et voilà que les Anglais vexés de s’être fait battre par Tabarly et assommés par le Vendredi 13 de Terlain et le Club Med de Colas, décident de limiter les bateaux à 60 pieds. Ha ils croyaient nous avoir hein ? Tuer ce sens de la liberté qui anime les Gaulois ? Que nenni, Jean-Louis et André soutiendront Michel Etevenon qui lancera la Route du Rhum en 78 et toi Le point avec ton fidèle ami Gérard Petitpas alors à Europe 1 pour la transat Lorient-Les Bermudes Lorient.

À cette époque, sous l’impulsion de Jacques Fayard et de Patrice Roynette, l’UNCL créa le magazine Course au Large dont Patrice Carpentier assurait la rédaction. Pat, en fonceur et vendeur qu’il était, chassait les pages de pub numéro après numéro. Alors DG de Taittinger, tu n’as jamais fait défaut et l’UNCL doit beaucoup à ta fidélité, tant pour le magazine que pour les généreuses bulles de bon champagne que tu partageais avec nous à la soirée annuelle du club. Merci Philippe.

Michelle Grandin se maria, quitta le club pour rejoindre son mari et prendre le nom de Fabry. Elle fut alors remplacée par un Ovni (qu’elle me pardonne !), Kristine Glucksman, totalement décalée dans l’univers de la voile mais un bourreau de travail. Il faut bien dire que nous la regardions faire avec étonnement et que sa forte personnalité ne plaisait pas à tous, élus ou salariés. Toi seul avais vu en elle une personne à potentiel comme on dit – tu avais raison car elle fit ensuite l’ENA ! – et pendant ta présidence, vous avez collaboré avec complicité.

Les circonstances et débats internes te conduisirent à limiter ta présidence aux deux ans statutaires sans prolongation. Ceux présents se souviendront des détails, mais avec le recul du temps, on peut dire que ce fut un de nos plus beaux « putschs » ! L’UNCL en a toujours été friande, histoire de mettre un peu de piment dans nos élections souvent consensuelles, sans porter à conséquence.

Grâce à toi, entre autres, nous avons pu, d’une part, collaborer avec les deux grands organisateurs de course océaniques de l’époque Michel Etevenon et Gérard Petitpas (notamment la Course de l’Europe) et, d’autre part, tu as rapproché l’UNCL du Yacht Club de France dont tu pris ensuite la présidence qui t’allait comme un gant.

Philippe, cette évocation mémorielle n’a pas de prétention historique et que les experts pardonnent les inexactitudes. Mais que chacun au sein de l’UNCL se souvienne que tu fus un délicieux camarade. Tu nous manqueras et tu resteras dans la mémoire de tous comme l’un de ceux qui ont fait l’UNCL à ses grandes heures. Sache que ceux qui t’ont succédé hier comme aujourd’hui, font tout ce qu’ils peuvent, dans un contexte tout différent, pour pérenniser ce club qui nous a tous tant apporté et que nous avons tous, avec toi, aimé servir.

Les Past-Présidents*

*NDLR : Synthèse subjective et incomplète de quelques contributions individuelles.”

– – – –
P.Court

Bon vent Philippe !

Que peut-on souhaiter de mieux à un passionné de Mer qui s’est dévoué pendant de si nombreuses années à promouvoir notre magnifique sport ?

Par la présidence de l’UNCL en 1988 et 1989, tu as acquis une bonne expérience du monde nautique de l’époque, expérience que tu as su développer tout au long de ton bénévolat et qui t’a mené à la Présidence du Yacht Club de France. Ce poste te convenait à merveille, homme de consensus, de relations publiques et humaines, de conseil et d’écoute, de conviction et d’amitié.

Cette amitié, nous la cultivions avec plaisir quand nous nous retrouvions à l’occasion des salons nautiques parisiens. Ma dernière anecdote à ce sujet se passait dans les salons du Yacht Club de France sous ta présidence, où tu avais décidé de récompenser de nombreux régatiers français dont le meilleur voilier IRC français Beelzebuth pour sa saison du RORC 2012.

Représentant son propriétaire Olivier Pesci, je fus surpris de t’entendre m’encenser durant la remise de ce prix sur mes qualités de marin en rappelant notre Fastnet de 1971, où j’avais barré dans des conditions musclées le Carter 43 Izenah du rocher quasiment jusqu’au Scilly. Comme tu l’avais alors rappelé avec exactitude, son propriétaire Michel Holley, fatigué après un bord de près difficile, était parti se reposer en imposant une amenée du Spi si je quittais la barre. Durant ce long bord délicat, tu étais resté très présent et attentionné, évoquant avec humour nos récentes expériences du RORC, dont notre participation à l’Admiral’s Cup 1971, forte en rebondissements et catastrophique pour la France.

Ton attention, ta gentillesse envers les autres, nous la retrouvons tout au long de ta vie. Ton magnifique bénévolat en reste le meilleur exemple sans oublier la qualité des fêtes que tu nous organisais avec compétence, arrosé de ton merveilleux breuvage. Philippe tu nous manqueras…

Ma pensée va vers ta famille à qui nous t’avons souvent volé, je lui transmets mes très sincères condoléances.”

Jean-Michel Carpentier

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