Max de Montgolfier, vainqueur de la Rolex Sydney Hobart 2015 sur « Balance »

Max de Montgolfier (27ans). Vit à Sydney depuis 5 ans. Équipier d’avant sur le TP52 Balance :

« Je participais cette année à ma cinquième Sydney Hobart.

J’ai la chance d’être équipier d’avant depuis mi 2014 sur un magnifique TP52, Balance. Son propriétaire, Paul Clitheroe a racheté ce bateau après de nombreuses saisons à bord de son First 45 (l’ancien Lady Courrier), il s’appelait alors Quest et avait déjà gagné la Sydney Hobart overall en 2008.

Nous faisons une belle première saison à bord du bateau en finissant la Sydney Hobart en tant que premier TP52, 12ème bateau sur la ligne mais sommes hors course pour la victoire finale car les conditions cette année là étaient plus favorables aux « petits bateaux ».

En 2015, l’ancien sailing master de Quest, Mike Green (37 Sydney Hobart au compteur) nous rejoint. Il sera notre tacticien pour toute la saison et aussi barreur sur les Offshore avec Adam Brown (qui avait aussi gagné la Hobart en 2008, 27 « Hobart » au compteur). Les courses de préparations (série de 6 courses Offshore) confirment que nous sommes compétitifs car avant la Hobart, nous sommes seconds de la série derrière le superbe JV62 Chinese Whisper (ex Jethou).

Nous sommes un équipage 100% amateur, mais nous naviguons depuis des années ensemble. Le bateau est méticuleusement préparé. Nous voulions être le premier TP52 (9 partants) et espérions si c’était le cas de pouvoir faire un bon résultat dans notre division (IRC 1 – 15 partants).

Au briefing de l’équipage juste avant le départ, Milke Green nous dit que la course (dans notre catégorie) se jouera la première nuit. Le bateau qui sera en bonne posture le second jour aura une grande partie du travail fait, il ne s’est pas trompé. Il nous rappelle aussi que le TP52 étant un « all rounder », un bon résultat overall n’est pas inespéré.

Le départ est donné dans un vent de secteur Nord Est de 20-25nds. Nous prenons un bon départ mais c’est extrêmement tendu car nous nous retrouvons pris en sandwich entre Rambler (88 pieds) et Comanche (100 pieds). Bien qu’il y ait deux zones d’exclusions pour les bateaux spectateurs ainsi que trois lignes de départ, sortir de la baie sans dommage est l’objectif principal pour tous. Rien que sur notre ligne de départ, il y a une collision entre un TP 52 et un RP78 ainsi qu’une autre collision entre deux TP52. Á la sortie de la baie seuls 5 TP52 sont encore en course …

Ensuite, c’est parti pour 7 heures de surfs à 20-25 nœuds de vitesse. Á 20h, comme annoncé, nous voyons une énorme masse noire nous arriver dessus, nous avons le temps de prendre deux ris dans la GV, hisser le foc ORC et en moins de 3 minutes nous passons d’un vent de 25 nœuds de Nord Est à 40 nœuds de Sud ! Nous choisissons de passer à la côte ce qui s’avérera déterminant pour la suite. La suite de la nuit se passe dans du vent de 30-40 nœuds (plus grosse rafale enregistrée à 46 nœuds), ambiance humide et fraiche avec 100% de l’équipage au rappel pour la nuit.

Au matin du second jour nous réalisons que la GV est déchirée sous le premier ris. Cela ne nous a pas handicapés plus que cela en cette deuxième journée car le vent soufflait toujours entre 25 et 30 noeuds – de Sud Ouest cette fois – ce qui nous favorise grandement car étant près des côtes, nous pouvons glisser en route directe vers la Tasmanie alors que nos concurrents offshore avaient certes plus de courant positif mais une route rallongée et un moins bon angle que nous. Nous sommes idéalement placés pour la suite.

Le reste de la seconde journée n’est pas une sinécure en revanche avec certes moins de vent dans le Détroit de Bass mais une mer terrible. Le bateau faisait des bons et retombait 4 mètres plus bas sur la prochaine vague. Paul Clitheroe se blesse au dos à ce moment et sera amoindri pour le reste de la course. Beaucoup d’autres bateaux abandonnent sur délaminage, étais cassés ou GV déchirées. Nous avons de petites avaries en plus de notre GV mais rien nous empêchant de poursuivre notre route. En revanche, un jerricane de diesel se perse et se vide dans le bateau le second jour, l’odeur causant de nombreux maux de ventre à l’équipage.. en plus de la mer toujours chaotique.

Au début du troisième jour le vent tombe enfin et nous attaquons une zone de transition (nous en profitons pour réparer la GV, ouvrir les vestes de quart et évacuer tant bien que mal les litres de diesel qui se trouvent au fond du bateau!) avant de débouler la nuit suivante le long de la Tasmanie dans du vent medium de secteur Nord Ouest.

Á midi le quatrième jour de course, nous passons Tasman Island (pointe sud de la Tasmanie) dans une jolie brise de 15 noeuds de secteur Sud Ouest. Nous remontons la fameuse « Derwent River » à 10 noeuds de moyenne et passons la ligne d’arrivée à 16h50 avec un temps de course de 3 jours 4 heures et 50 minutes. Nous sommes le 7ème bateau à Hobart.

L’ambiance à l’arrivée de la course est fantastique, avec des milliers de personnes félicitant les équipages depuis le « Wine and Cheese Festival » qui se tient au bord des quais à ce moment de l’année.

Pour nous, le contrat est rempli car le second TP52 arrive 2 heures plus tard. Nous remportons par là même la victoire dans notre classe.

Après avoir « rangé » et surtout désodorisé tant que possible le bateau, nous découvrons que nous sommes second overall derrière le A13 français Teasing Machine. Á cette heure-là, ils sont à 60 milles de l’arrivée, avancent à 8 noeuds et doivent finir la course dans les 11 heures pour gagner overall. Malheureusement, les 40 derniers milles de course sont souvent intraitables, surtout quand ils se font de nuit, la rivière passant en mode « repos » pendant une bonne partie de la nuit, sans vent. Après une magnifique course, Teasing Machine reste bloqué par la rivière et termine la course à 9h20 le cinquième jour, nous donnant donc le « lead » overall.

La beauté de ce sport et surtout du système de Handicap IRC tient dans le fait qu’un bateau moderne en carbone de 52 pieds peut se trouver en contention pour la victoire finale contre le plus petit bateau de la flotte, un SS34 datant de plus de 30 ans. Nous attendons encore 24h sans sommeil avant de réaliser que nous venons de remporter la victoire dans la Hobart toutes classes – la rivière qui fut aussi intraitable pour « Quickpoint Azzurro ». Un rêve de gosse se réalise pour moi.

Cette Hobart fut pour moi marquée non seulement pas des conditions torrides mais aussi par la présence de deux bateaux français au départ, tous deux remportant leur catégorie IRC. Pour un Français, il est toujours super sympa de voir débarquer au moment de Noël des compatriotes passionnés qui viennent aussi participer à cette course magique… »

MAX DE MONTGOLFIER

 

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *