Retour sur la Rolex Sydney-Hobart Race à bord de « COURRIER LÉON », JPK 10.80

Partir un mois à l’autre bout du monde pour 4 jours de régate … drôle d’idée ?? Peut-être, surtout quand on sait qu’il s’agit de la mytique Rolex Sydney-Hobart, surnommée le Fastnet des antipodes, et surtout réputée pour ses conditions très hostiles malgré la saison estivale. Voici comment cela s’est passé :

Équipage :

  • Skipper+Barreur : Géry Trentesaux
  • Propriétaire et Piano : Michel Quintin
  • Régleur de GV+Barreur (et maître-voilier du bateau, Voilerie ALL PURPOSE) : François Lamiot
  • Régleur de voiles d’avant + Barreur (et constructeur du bateau) : Jean-Pierre Kelbert
  • N°2 + Barreur + Régleur (et en charge des nombreuses communications radios avec l’organisation, désormais mondialement célèbre pour son « french accent » ) : Franck Legal
  • Équipier d’avant (acrobate et unique gardien de sa plage avant) : Pierre Ghewi
  • Navigateur+Barreur : moi-même (Alexis Loison)

Mi Octobre, Le skipper des fameux « Courrier … », Géry Trentesaux qui n’est autre que le vainqueur du Fastnet 2015, me propose le poste de navigateur (en charge de la météo, tactique et stratégie à bord) sur cette compétition dans les mers australes. Gros challenge que j’accepte de relever sans hésitation. D’autant plus que le bateau armé pour l’occasion, le Jpk 10.80 de Michel Quintin (star de la planche à voile il y a quelques années) est basé en Nouvelle Calédonie. Il faut donc commencer par délivrer le « colis » à Sydney. Après un convoyage paisible d’une semaine avec mon super pote Jean-Cloooode Fossey que tout le Team remercie pour sa disponibilité, l’équipage prépare le bateau avec soin. On passe une semaine à tout mettre en ordre sans vraiment profiter de Sydney, mais l’objectif est clairement la victoire dans notre catégorie et plus si affinités, donc pas de tourisme !!!

La météo annoncée est claire : on va en ch… !! Du vent portant soutenu au début, une rotation brutale du vent pour être au près serré, vent contre courant dans une mer démontée et des vents qui frôlent les 40 nœuds pendant 36/48 heures, pour ensuite laisser place à du tout petit temps avec un vent faible à nul et qui passe par toutes les directions possibles. Et en plus, les systèmes météo tournent à l’envers de ceux de l’hémisphère nord. Un vrai casse-tête !

Après un dernier briefing météo où l’on discerne dans les regards des skippers et de leurs navigateurs respectifs de l’excitation mais aussi de l’appréhension, le départ est donné le 26 décembre à 13 heures. Quel spectacle !!! Des milliers de bateaux sur l’eau, les rives de la baie sont noires de monde, des hélicoptères survolent le départ pour le retransmettre en direct. Une ambiance sans équivalent !! Pas d’autre mot, c’est magique !! Nous prenons un bon départ et nous sortons très bien de la baie, c’est un vrai bazar !! Nous sortons en tête de notre groupe et malgré la petite taille de Courrier Léon par rapport aux autres concurrents, ça commence très fort ! La première nuit arrive, je surveille l’arrivée du front froid et du changement brutal du vent. En moins de 10 minutes, on passe de Spinnaker Maxi avec 25/28 nœuds de Nord Nord-Est et des surfs à 13/15 nœuds à 40 nœuds de Sud Sud-Ouest et comme voilure, ORC + 2 ris dans la GV, soit presque 70 % de voilure en moins … On gère super bien ce passage, s’en suit alors une longue et pénible période où barreurs et régleurs se relaient dans la « braffougne ». Le Jour se lève, le bateau fait route parfaitement, on apprend être 23ème au scratch en temps réel et potentiellement en tête en temps compensé. Notre plus féroce concurrent, Wild Rose (vainqueur toutes classes en 2014 de Sydney-Hobart quand même !!) est 2 milles derrière, nous sommes plus que dans le match !!

Lors de la deuxième nuit, nous sommes habitués à ce vent et à cette mer démontée mais tout l’équipage est particulièrement ravi quand je lui apprends la nouvelle : demain il y aura 5 nœuds de vent, voire moins !! Bizarre pour des marins d’être contents de ne plus avoir de vent mais cela a permis de se refaire une santé et de réparer les petites casses du bord. Et surtout que nous sommes en plein dans le détroit de Bass, l’un des pires endroits au monde pour naviguer en cas de mauvais temps . On a passé la nuit à remettre progressivement toute la toile, Pierre, Franck et Michel nous font des changements de voile « mieux que dans le manuel » et après s’être fait rattraper par quelques concurrents opportunistes dans le vent absent, on s’applique, concentration/motivation/détermination/extermination sont les seules pensées de la dream-team.

On repart alors de plus belle le troisième jour sous Spi asymétrique au largue serré dans du vent bien établi, « sur les portières » comme on dit.  Et avec toute modestie, on leur colle cette fois un caramel !! Il n’y aura plus qu’à les contrôler à distance (sachant que ce n’est pas simple avec les « ratings » qui sont les coefficients attribués au temps réel d’arrivée de chaque bateau et qui permettent ainsi d’avoir un classement « en temps compensé » afin d’égaliser les chances des bateaux de taille, de poids et de surface de voilure différents). Ça, c’est la théorie bien sûr ! Car du coup, les bateaux ne rencontrent pas forcément les mêmes conditions météo quand la régate dure plusieurs jours. Et nous craignons dans notre classe le retour d’Azzuro, un « vieux » Sparkman & Stephens 34 refait à neuf, mené par des furieux, plus petit bateau de la flotte mais qui a du vent très favorable depuis le début !

Le quatrième jour, la Tasmanie est en vue. Les conditions sont superbes et après une quatrième nuit dure pour les nerfs dans un vent très changeant, nous déboulons sous spi max et sous le soleil ! Chapeaux, crème solaire, lunettes de soleil, dauphins, c’est parfois cool en fait les 40èmes rugissants ! Maintenant, on y voit plus clair sur notre ETA et c’est chaud !! Azzuro est toujours dans nos pattes ! En revanche, la bonne nouvelle c’est que notre position pour le classement overall a de l’allure. Les gros ratings sont restés coincés dans la baie d’Hobart toute la nuit et on peut donc encore rêver !! Surtout que le timing d’arrivée dans la baie est parfait pour nous car le vent thermique y est très bien installé. On déboule à 9/10 nœuds de vitesse vers l’arrivée, pile-poil pour l’heure de l’apéro (encore une histoire de timing, pas pour rien que la régate est sponsorisée par Rolex !). Comme chaque bateau, nous sommes accueillis en héros par tout Hobart ! C’est vraiment quelque chose de fort pour l’Australie cette régate !

En arrivant, nous sommes alors pour le moment classés second de l’overall derrière Un TP52 Australien nommé Balance, ce qui est donc une superbe perf pour nous mais nous ne sommes pas encore totalement à la fête, car ce foutu Azzuro est annoncé arriver dans quelques heures seulement et est en passe de gagner la Sydney-Hobart en overall et donc dans notre classe !!! Mais y aura-t-il du vent dans la baie cette nuit ?

Après une bonne nuit réparatrice, les nombreux sms nous réveillent. C’est l’euphorie pour tout l’équipage !! Courrier Léon est annoncé vainqueur de la Rolex Sydney-Hobart en IRC 4 pour seulement 6 minutes et quelques secondes sur plus de 4 jours de course et second toutes classes confondues … On l’a fait !!!

Quelle chance pour moi d’avoir pu naviguer là-bas, sur un bateau magique réalisé par mon ami Jean-Pierre Kelbert et en compagnie d’excellents marins menés par un très grand Géry Trentesaux que je ne remercierai jamais assez de m’avoir fait confiance pour ce poste de navigateur !

ALEXIS LOISON

 

 

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