Une première musclée

          On en parlait, on l’attendait cette course offshore de la mi-août. Et bien désormais, elle existe ! Elle s’appelle la Drheam Cup, un nom inspiré par la société de son créateur Jacques Civilise.  L’organisation sportive a été confiée à  l’UNCL , remarquablement secondée par la SNT au départ, et par le Y.C. ROSCOFF à l’arrivée . Au-delà de « la course en plus » ouverte un peu près à tout ce qui flotte dans le sillage de l’Ar Men race, Jacques a eu la bonne idée de greffer un prologue de bienvenue disputé  en baie de Quiberon.  A ce Challenge La Trinitaine, partenaire majeure de la DC, participaient de jeunes néophytes issus du terroir breton. Des conditions 100% estivales leur ont permis de découvrir et d’apprécier l’objet de notre passion : la course à la voile. Tant mieux et bravo !

 DSC_5071Groupe 5

          Le lendemain était consacré aux opérations de contrôle avant le départ de la Drheam Cup proprement dite ayant pour parcours La Trinité cap vers la Manche avec le contournement de Sein via un way point à l’écart des DST puis la traversée du Channel en direction de Wolf Rock. Restait à rallier l’arrivée à Roscoff en laissant le phare d’Eddystone à tribord! La journée Off s’est achevée par un briefing animé par Yves Le Blévec à qui le costume de Directeur de Course convient tout à fait et par Jean Gabriel Le Cléach, président du comité de course. Le point fort concernait la météo. Après une semaine de rêve et de soleil, l’arrivée d’un front  puis d’un autre nous rappelait que la mi-août ce n’est pas loin de l’automne. En raison de vents forts de secteur sud annoncés en fin de course, Yves supprima le contournement d’Eddystone de façon à ce que les voiliers fassent route directe vers Roscoff depuis Wolf Rock au lieu d’avoir à tirer des bords à travers la Manche. Le film ne se déroula pas complètement ainsi. Mais revenons au départ : une quarantaine de voiliers de toute obédience de l’Ultim à trois pattes au Mini proto en passant par de l’IMOCA, de la Class40, des multis divers et quand même un noyau dur d’IRC comprenant en tout et pour tout 26 bateaux (dont une dizaine ayant un certificat SER (Single Event Rating). A bord de Groupe 5, m’accompagne mon fidèle Quentin Duforest à la fois très sympa et super bon avec qui on a remporté le Tour d’Irlande dans notre catégorie. Nous concourons en double. Le passage de la Teignouse dans la « bonasse » et contre courant prend beaucoup de temps.

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Groupe 5

          Nous faisons une première erreur qui est de rallier Le Palais croyant que la bouée jaune (initiée sur le prologue) demeurait d’actualité alors qu’il fallait renvoyer bâbord cap à l’ouest vers Penmarch dès la sortie du chenal de la Teignouse. Et pan un quart d’heure sur le bec ! En baie d’Audierne, le vent demeure modéré mais la mer se fait cassante. Nous, un petit groupe emmené par le Figaro 2 Team Vendée Formation suivi du A 35 Hey Joe, de deux SF 3600 et du JPK 10.10 Mary, pour ne parler que des Double (13 bateaux quand même), progressons dans une mer chaotique au sud de Sein car il est déjà trop tard pour embouquer le Raz. Je suis toujours surpris que nos petits bateaux demeurent intacts malgré la violence des chocs à répétition. Notre seconde erreur est de poursuivre notre bord un peu trop dans l’ouest au prétexte d’une hypothétique bascule. Les gribs c’est bien mais ce ne sont que des prévisions et même les plus gros ordinateurs du monde ne crachent pas de l’exactitude à 100%. Je vais le constater un peu plus tard, cette fois à notre profit, en virant le way point au NW d’Ouessant. Le grib invite à se maintenir à gauche de la rhumb line pour rallier Wolf Rock alors que nous faisons la route directe avec un angle idéal poussé par un vent de S/SE qui ne cesse de forcir. Le SF 3200 aime ces bords de spi un peu sauvages. On revient à toute allure sur Hey Joe et distançons allégrement Mary. Tous deux ont privilégié la lecture du grib. Au contournement de Wolf Rock, c’est encore la nuit. Des grains violents chargés d’averses cinglantes nous cueillent au près serré car le vent est toujours de SE. Nous avons un ris dans le GV et l’ORC 1 ris. Rapidement, c’est trop (pour preuve la bosse de ris qui explose).

Prologue

N’ayant qu’un ris dans la GV, on installe le tourmentin muni d’une estrope en bas de façon à pouvoir être établi en laissant le foc endraillé. La manœuvre est simple et le rendement correct. Nous l’avons expérimenté au Tour d’Irlande. Dans la boucaille, on repasse devant Hey Joe qui à ce moment de la course ne porte plus que sa grand-voile arisée (il s’est également détourné pour se rapprocher du X-40 Exception qui vient de démâter). Ce faisant, on commet tous les deux la faute – je suis personnellement lessivé et plus trop clairvoyant – de ne pas renvoyer bâbord à la rencontre de la saute au SW que nous touchons un peu plus tard. C’est notre troisième erreur de la course à bord de Groupe 5. Mary a saisi la balle au bond et comble une partie de son retard. Le reste n’est qu’un long bord de reach vers Roscoff. Notre mission : maintenir Hey Joe dans notre tableau arrière. Mission réussie sur le fil car Antoine et son équipier franchissent la ligne d’arrivée seulement 25 secondes derrière nous après 57 heures de navigation. L’accueil à Roscoff est chaleureux. Un grand merci aux auteurs de la soupe à l’oignon et de la galette locale. Quentin est content : c’est notre seconde victoire ensemble (celle-ci en double et IRC toutes classes). Ce faisant, on apprend que la moitié de la flotte a abandonné pour des raisons diverses. C’est beaucoup, car finalement le mauvais temps (30/35 nds au près, grains à 40) n’a duré que quelques heures… La conclusion est que mi août, Eole peut faire les gros yeux. Ca, on le savait. Il se trouve que c’est tombé sur la Drheam Cup. Je trouve cela plutôt bien. Ca change un peu ! Et Bravo Jacques d’avoir tenu bon la barre de cette première édition musclée. Le grand timonier nous a donné rendez-vous à l’année prochaine lors d’une remise des prix particulièrement réussie tenue au vieux port de Roscoff dans le cadre de la traditionnelle et très populaire fête des oignons.

Patrice Carpentier – Groupe 5

 

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