IRC – Half Ton Classic Cup 2016 : Rendez-vous à Falmouth pour Sibelius et autres fines lames

Par Lionel, N°1 sur Sibelius – C’était en début d’année, Jean Philippe me demandait, via un SMS comme toujours concis, si je souhaitais être de la partie pour la Half Ton Classic Cup qui aurait lieu mi-aout à Falmouth. Ça fait quelques années que je navigue avec Jean-Phi. Ça a commencé sur Cracklin Rosie, Claude et Charles Edouard étaient déjà là, une cellule arrière solide qui navigue aujourd’hui sur Sibelius, un Joubert de 1980.

 

Le bateau des présidents (il a appartenu précédemment à Didier Dardot) vient de subir un sacré chantier : la quille à bulbe a été remplacée par une quille droite venant du A27, puis, face à des résultats décevants, elle a été alourdie et avancée. Bref, Claude s’est bien occupé ces derniers hivers. Ma dernière HTCC c’était à Cowes, en 2011, avec un équipage au top : Etienne et David à l’embraque et Jean-Philippe, un autre, au piano. Nous avions fini 7ème, mais aussi échoué comme des bleus en face de Ryde. D’ailleurs, où est-ce que Jean-Phi a bien pu mettre la pelle et le seau reçus lors de la remise des prix ? Cette année c’est Nicolas, heureux propriétaire de Half Red, et Ann et Bert, anciens heureux propriétaires de Half Moon qui seront de la partie. Un breton du nord pour l’exotisme et deux Anversois pour la dose nécessaire de belgitude, ça devrait bien se passer, surtout avec la douzaine de bouteilles de Pauillac que je monte de Bordeaux.

Sauf qu’avant cela il faudra traverser la Manche, depuis Roscoff bizarrement baigné de soleil. Je pense que Claude conviendra que ce ne fut pas désagréable, mais les 15nds dans le nez et une mer  pleine de trous n’auront pas rendu la partie agréable non plus. Heureusement nous avions du far breton et la promesse d’une bonne bière à l’arrivée, 19 heures plus tard.

Dimanche 14, entraînement informel avec Général Tapioca, notre point de référence, Checkmate, le vainqueur de la précédente édition, se joindra aussi à nous. Le soleil est là mais le vent absent, la fluidité de nos manœuvres aussi, mais au moins notre vitesse et notre cap ne sont pas honteux. On verra ce que cela donnera demain, mais ce soir c’est Barbecue et il s’agit d’évaluer si les liquides ont bien traversés la Manche.

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Le 15 Aout chômé ou pas, on n’est pas venu ici pour enfiler des perles. Il est l’heure de la régate d’entrainement dans une bonne brise d’est établie au-dessus de 15 nœuds. On sort donc le nouveau génois lourd réalisé par Ched, les cirés car la houle rentre bien et les mains des poches. Ne me demandez pas le résultat, déjà que depuis la plage avant on a une vision tronquée qui fait qu’on re-découvre parfois la régate lorsqu’on la refait au bar, mais en plus qui se souvient des régates d’entraînement ? Ceci dit, le départ est bien placé et bien chaud puisqu’ils nous font partir sous P, la vitesse est satisfaisante, mais va falloir bosser les manœuvres et les phases de transition. Place à la première manche, on en profite pour cramer notre joker, 8, ça c’est fait. Pourquoi ? Disons un ensemble de petites choses, mais surtout y’en a en face qui vont vite ! T’as beau bien partir et tricoter tes mailles dans le bons sens, tu as d’un côté le contingent des gréements reculés à quille droite (Miss Whiplash, Checkmate, Harmony et The Big Picture) qui affiche une capacité à revenir par l’arrière assez désarmante et en plus à qui tu rends 10 millièmes ! Et de l’autre côté le missile Swuzzlebubble, refité comme un TP52 et qui, 10 longueurs après le départ, en a pris une sur la flotte. Heureusement le Général sauve l’honneur des gréements classiques en montant sur la 3ème marche du podium. Deuxième manche, on est chaud patate sur la ligne, toujours sous P, Ched nous amène où il faut, ce qui veut dire bâbord à la bouée au vent, on s’applique sans être formidables et cela paie, 3. Mais le constat de la course précédente se confirme, et ce ne sera que le début.

Comme nos trapanelles ne sont pas que des rafiots de baie, certains ont fait l’Aurore, la course 3 sera un Offshore de 40 milles, qui nous amènera en face de Dodman’s Point dans l’est de Falmouth. Comme le vent est toujours d’Est on commencera par du près, comme ça a soufflé au-dessus de 15 nds toute la nuit il y aura de la mer, et comme on est en La Perfide Albion il ne fait pas beau.img_0547 Le comité a visiblement mis la main sur le pavillon Z, ce qui ne nous empêchera pas de prendre un très beau départ fond de gauche pour aller chercher le courant de la baie qui se vide : et d’une cuillère par-dessous ! Puis on va chercher la pointe pour choper son effet : et d’un lift ! Et enfin on reste au large pour éviter le ressac. 3 heures de rappel plus tard, mouillés jusqu’au slip, on enroule la première marque derrière Swuzzlebubble, on tient probablement la 1ère place en compensé. Puis comme toutes les bonnes choses ont une fin, vint le grand bord de portant. Ça part bien avec de beaux surfs, on monte la bête à 13nds, et quand on sait qu’avec ce genre de carène plus tu vas vite, plus tu t’enfonces… Le soleil fait son apparition, le vent et la mer se calment, et après 4 heures de régate ça revient inexorablement par l’arrière. Ça revient encore plus fort notamment pour Miss Whiplash qui nous dépose, impuissants. Le calvaire se finit après 5h25min de course et une place de 5 coef 1.5. L’ambiance est lourde, nous avons bien navigué, très bien sur le bord de près, un sentiment d’impuissance pointe le bout de son nez. Ceci dit, nous au moins, on est rentré avec notre mât, le beau Per Elisa a en effet perdu le sien au fond d’une vague à la fin d’un surf, une histoire de bastaque.

3ème jour, plus que 4 bouteilles de Pauillac, on ne se rendra pas sans avoir combattu. Le vent est passé au Sud Est à 12noeuds, la mer est belle, le soleil est là, ça va être une belle journée ! 1ère manche windward leeward, 1er départ devant et du bon côté. Pas trop d’erreurs, mais comme la ligne de départ est à mi-chemin entre la bouée au vent et la porte sous le vent, ça arrive groupé, très groupé en haut, et le moins que l’on puisse dire c’est que le créneau à l’irlandaise est particulièrement brutal. C’est chaud pour nous, mais surtout pour le General, qui finalement ne protestera pas, voulant respecter l’esprit de cette classe. Harmony récidivera le lendemain et poussera nos amis belges jusqu’à la porte du jury. On finit 5 dans un peloton de 7 très groupés, on est dans le coup et on enchaîne sur la 5ème manche. Départ canon, la balle, du bon côté et ça manœuvre bien. Si là tu ne sais pas pourquoi t’es loin de ta famille pendant 2 semaines, tu t’es tapé 9 heures de route et 19 heures de convoyage sans vraiment dormir c’est que t’as vraiment rien compris ! Et voilà une belle place de 2, à 1s de Swuzzlebubble, sur une régate ou bien sur on en aura perdu une bonne poignée tout au long du parcours. On finira la journée par un côtier pour rentrer au port, sur lequel on continuera sur notre lancée, 4 à la manche mais aussi au général, à 1 point d’Harmony. Le podium n’est plus une utopie. Mais ce qui nous occupera ce soir, outre les sempiternelles questions autour de la jauge, c’est cette dépression qui passera sur l’Écosse et qui devrait générer un bon 30 nœuds d’ouest pour le convoyage retour.

Jeudi, ils vont voir ce qu’ils vont voir, enfin quand le vent aura décidé de s’établir. C’est chose faite à la mi-journée, ça ira en forcissant jusqu’à 10 nds en fin de soirée. Après ces 3 jours avec de l’air, le plan d’eau est parsemé de vraies prairies qui s’agglomèrent au grès des veines de courant. D’avoir tant attendu, avec un classement assez ouvert et un ligne un peu trop à gauche, nous sommes tous énervés, il faudra 2 rappels général et la sortie du pavillon U pour calmer tout le monde. Le 3ème est donc le bon, et comme d’habitude ça part bien pour nous, d’autant qu’Harmony est relégué en fond de flotte. 2 tours et une demi remontée au près plus tard, nous coupons la ligne 4, Harmony 5, nous devons être 3 au général. Cependant la capacité d’Harmony, Miss Whiplash et The Big Picture à aller vite et revenir après des départs moyens suivis de bords moyens est démoralisante. On attaque la course 8 en confiance, tout se déroule à peu près selon le plan jusqu’au 2ème bord de prés, ou malgré une certaine vigilance nous choppons un paquet d’algues. La sanction est immédiate : -0.5 nœuds, et là commence le jour le plus long. Nous restons trop passifs face à la situation et n’arrivons pas en nous en défaire. Nous couperons la ligne en 16ème place, j’ai un gout de banc de sable dans la bouche. Le vent monte, au lieu de nous focaliser sur les algues, on passe probablement inutilement sous génois lourd, la marche arrière sera bâclée et les algues resteront bien accrochées pour ce côtier en forme de convoi ferroviaire. La coupe sera bue jusqu’à la lie, 17, avec en prime nos collègues de fond de classement qui seront trop contents de venir batailler avec nous et ne nous feront aucun cadeau. Nous avions attaqué cette journée pour aller chercher la 3ème place, nous nous retrouvons à défendre la 5ème, à 0,5 points de Checkmate. Pour le diner officiel on ne peut pas dire que nous entrons dans le chapiteau en conquérants, d’autant que la dépression annoncée est bien là et que la journée de régate demain reste hypothétique. Mauvais vin anglais aidant, nous convenons que la journée de demain ne sera pas à notre avantage, face à des bateaux plus lourds, en pleine progression comme The Big Picture, alors que de notre côté nous sentons bien que nous sommes en butée, sans marge d’erreur.

En ce vendredi matin, le vent est au-dessus de 20 nœuds établi, les drapeaux à l’horizontale, nous devant les cartes météo et Jean Phi au briefing pour voter avec les autres concurrents la tenue ou non des régates sur proposition du Comité. A 10h c’est confirmé, nous resterons au port, et pas qu’aujourd’hui, puisque la journée de samedi est pire, mais l’amélioration se confirmera pour dimanche matin. 2 jours à terre que nous ferons fructifier en repos bien mérité, préparation pour le convoyage et discussions sans fin sur l’avenir de la régate à handicap, de la classe Half-Ton qui se quartertonnerise et des guerres de clochers entre IRC et handicap nationaux. Le problème quand tu causes c’est que tu te dessèches. Heureusement les anglais sont un peuple bavard et on a tout l’équipement pour combattre la sécheresse du palais. Nous partirons dimanche matin après un solide petit dej et équipés en tenue de combat. Le vent est tombé mais l’état de la mer nous inquiète un peu. Finalement sans être extraordinaire, le retour sera bien mieux que l’aller, nous bouclerons la traversée en 13 heures, aurons droit à une belle escorte delphinienne, un magnifique lever de lune et arriverons à bon port au milieu de la nuit.

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L’aventure se termine à midi le lendemain, Sibelius démâté sur sa remorque à Roscoff, toujours bizarrement baigné de soleil. Nous sommes assez contents de cette place de 5, devant le vainqueur de l’année précédente, et en regardant à posteriori les résultats, la 3ème place aurait été impossible à défendre et la 4ème aurait nécessité une bonne dose de réussite face à un Big Picture à son summum. Mais le constat tombe, le bateau est visiblement en butée, certes à niveau où beaucoup aimeraient être, mais faire un podium sur la HTCC semble difficile. L’année prochaine ce sera Kinsale, joli coin d’Irlande bien attrayant…alors ?

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