Rolex Middle Sea Race 2016 : Jivaro et la bataille des » J »

Pour cette 2ème participation de JIVARO à la Middle Sea Race, notre objectif est clair. Pour monter sur le podium il nous faut battre les autres J : les J122 locaux ARTIE (double vainqueur overall en 2011 et 2014 et multiple vainqueur de classe) et OTRA VEZ (vainqueur de classe en 2013), ainsi que le J111 de Laurent Charmy FASTWAVE, bien décidé à faire mieux que sa 3ème place en classe 5 en 2015.

Côté préparation du bateau, garde-robe et qualité de l’équipage, nous sommes confiants. Nos performances récentes à la Giraglia et à la Palerme – Monte Carlo sont là pour nous rassurer. Mais nous savons que nous n’aurons pas droit à l’erreur dans les multiples choix stratégiques de cette course à rebondissements.

Malgré la longueur du parcours (606 milles) et les longs bords hors de vue des terres, il nous faudra avoir à l’esprit en permanence que nous ne serons jamais vraiment au large. Les terres et iles affectent fortement les champs de vent dans cette partie de la Méditerranée, à toutes les échelles. Et à cette époque on doit aussi s’attendre à l’apparition de petites dépressions bien vachardes en provenance de l’Afrique du Nord, généralement pas très bien prédites par les modèles météo. Du Sirocco est d’ailleurs annoncé à partir de Lundi 24 en Sud Sicile.

Nous sommes les plus lourds et avons le plus fort rating de notre départ … Il faudra être en tête et le rester tout au long de la course malgré les très probables épisodes de molle et de vents faibles qui ne nous sont pas vraiment favorables !

Premier Tableau : s’extirper de Grand Harbour alors que le départ est bâbord amure et qu’il faut clairement rester le plus à droite possible pour sortir au mieux des dévents de La Valette. La progression pénible des bateaux du départ précédent amène le Comité à annuler notre procédure juste avant le top départ. Le coup de canon retentit finalement Samedi 22 Octobre à 12h25, avec 15 mn de retard. Goulven à la barre a patiemment attendu en faisant des ronds dans l’eau à l’entrée de la Marina et peut se faufiler à la bouée en bâbord et qui plus est avec de la vitesse. Reste à éviter de virer pour garder l’avantage. Ça passe au raz des cailloux de la pointe de Sant’ Angelo, et nous voilà en tête. Ça, c’est fait !

img_2037Deuxième Tableau : l’arrivée sur le Sud de la Sicile. Passé le Cap Passero, le vent d’Ouest qui nous a portés sous spi depuis la bouée de dégagement de San Julian prend logiquement de la gauche puis tombe avec la nuit qui commence. Ça revient de secteur Nord comme prévu et on se positionne pour jouer l’effet de pointe du Capo Murro di Porco, juste avant Syracuse. Nous sommes encore en tête, de peu. ARTIE est tout seul sur la route directe, donc les plus à gauche de toute la flotte. Et ils se sont positionnés sur cette trajectoire très tôt. Craignant les dévents nous sommes restés le plus au large possible. Et voilà que l’effet de pointe se met à jouer à l’envers … Au lieu de prendre de la droite le vent prend de la gauche ! Et ARTIE croise bientôt à 4 milles devant nous ! Nous avons simplement « oublié » que le Capo Murro di Porco est une presqu’ile … Avec un isthme qui laisse passer le vent et donne une très belle gauche qui plus est avec la pression d’une belle canalisation de long de la côte.

L’écart se maintient jusqu’à Messine. Le passage du front orageux qui nous a apporté de la pluie depuis le matin amène aussi des calmes et nous nous trouvons englués à la sortie du détroit. Ce qui ne semble pas avoir été le cas pour ARTIE, qui a maintenant 7 milles d’avance. FASTWAVE n’est qu’à un petit mille derrière … Va falloir s’arracher ! Au Stromboli, ARTIE nous a encore pris 2 milles supplémentaires. De quoi désespérer ! La nuit tombe à nouveau. Nous sommes Dimanche et le Sirocco est déjà établi au Sud de la Sicile.

Troisième Tableau : gérer l’approche de l’ouest Sicile prévue ce Lundi en milieu de journée. En restant au large on souffrira moins du dévent de la Sicile, mais on fera beaucoup de route. Nous préférons une route directe avec approche de la côte à l’heure du déjeuner pour bénéficier d’un éventuel thermique, mais pas avant pour éviter la probable molle du matin. ARTIE suit apparemment la même stratégie mais se positionne à nouveau plus à la côte. Cette fois notre stratégie plus prudente paye. La molle que nous craignions à la côte les englue à l’approche du Golfe de Castellamare et nous croisons finalement à 200m devant eux !

Au passage entre les Egades à la nuit tombée, le Sirocco est bien là, et la mer rentre. Nous passons sous J3 et prenons un ris. ARTIE a globalement mieux géré que nous les phases de transition qui se sont succédées depuis le Cap San Vito au gré des reliefs : ils nous ont repris 2 milles. Nous sommes bord à bord avec FASTWAVE pour qui une option un peu plus au large que la notre a bien fonctionné.

La mer est courte et dure et aura raison de quelques estomacs avant que le vent ne faiblisse à l’approche de Pantelleria au petit matin ce Mardi. OTRA VEZ abandonnera pendant cette descente au près bâbord amure un peu musclée.

race-08Quatrième Tableau : ce que les iles font subir à un vent bien stable … On commence par la déviation au vent de Pantelleria. Nous tirons un super bord tribord amure vers la pointe Sud de l’Ile alors que nos compétiteurs restent bâbord amure, à la recherche de la courbure créée par la côte Tunisienne. Ça paye pour nous : nous recollons à ARTIE. Alors que la nuit approche et que nous sommes tous les trois groupés en tribord amure, un nuage allongé est repéré. Nous allons le chercher et attendons de la gauche. Mais elle ne vient pas … Las, nous renvoyons en bâbord pour chercher cette fameuse courbure due à la Tunisie. Mais çà ne marche pas non plus. Alors on se recentre en tribord. Ce fameux nuage est toujours là … Et nous comprenons enfin qu’il s’agit du nuage de convergence créé par Lampedusa ! Nous sommes à 20 milles et bénéficions d’une belle gauche avec de la pression dès le nuage traversé. À Lampedusa nous sommes 1,7 milles derrière ARTIE. Le nuage était déjà plus ou moins visible à 30 milles de l’ile !

Cinquième Tableau : traversée de la dorsale entre Lampedusa et Comino. ARTIE va chercher la pression en bordure de l’anticyclone. Nous préférons couper au plus court en « aile de mouette », comme au large, tout en évitant de sortir du cadre. Ça paye. À l’arrivée dans le canal de Comino nous sommes près de 4 milles devant ARTIE mais seulement 5 devant FASTWAVE qui a suivi la même stratégie que nous.

race-18Nous passons la ligne d’arrivée Mercredi à 20h, 35mn devant ARTIE et 45mn devant FASTWAVE. Ce n’est pas assez pour rattraper notre rating mais nous sommes cependant bien sur le podium de notre classe. Objectif atteint … Bien que nous nous soyons pris à rêver de mieux ! En compensé overall, ARTIE est 9ème et FASTWAVE 11ème à 17mn. Nous sommes 14èmes à 49mn d’ARTIE, et seulement 3mn de TEASING MACHINE.

107 bateaux représentant 25 nations ont pris le départ de cette 37ème édition de la Middle Sea Race. Les deux Cookson 50 MALCALZONE LATINO et CIPPA LIPPA 8 sont premier et second. L’Infiniti 46 MAVERICK est 3ème. Trois bateaux à appendices « non classiques » … Et je tiens pour finir à saluer la performance de Noël Racine et de son « petit » Jpk 10.10 FOGGY DEW, qui termine 4ème. Tous les autres bateaux devant nous font plus de 60’ – à l’exception du TP52 AUDAX qui finit 8ème, juste devant ARTIE.

La Middle Sea Race est décidément une très belle course, que je n’hésite pas à comparer au Fastnet. Les paysages grandioses, l’eau bleue, la température et les shorts ne font pas tout ! Ce qui explique son succès malgré l’absence de marées.

Yves Grosjean

Images : Team Jivaro

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