Cahiers du Fastnet 2017: Mayero – Jean Passini

Mes dernières participations au Fastnet remontent à l’époque où nous naviguions sur le Two Tonner « RELANCE » de mon père , en 1981 et 1983. Nous étions retournés à Cowes ensuite pour d’autres courses avec un autre bateau. Depuis, l’Eté était consacré aux croisières familiales et on réservait le printemps pour les courses en équipage entre amis et famille.

Cette fois, pour 2017, notre programme comprenait, le Spi Ouest-France, l’Armen race, comme toujours, puis le Fastnet avec une redescente de Plymouth en croisière rapide mais familiale. La logistique s’annonçait un peu complexe, mais nous y sommes bien parvenus et avons concilié l’ensemble des souhaits et objectifs.

Nous avons été réellement enthousiasmé par cette course, une première pour 6 des 7 membres d’équipage ! Nous avons redécouvert à quel point nos amis Anglais aiment la mer et leurs bateaux. Cowes respire la mer et les bateaux, quel que soit leur taille ou leur âge. On prend soin de tout ce qui navigue ! Comme me le disait un de mes équipiers, « ici on ne croise que des navigateurs ! » tout est dédié aux bateaux , à leur esthétique , à leur entretien , et à leur performance.

Nous participons en IRC3. Les 7 membres de l’équipage de Mayero (X 37) incluent trois jeunes de moins de 25 ans dont mes deux fils. L’opération Fastnet avait déjà débuté dès le Mardi qui précède , pour parcourir les 340 Mn qui nous séparent de Cowes. Montée dans des conditions un peu musclée, rapide et parfois humide.

C’est le dimanche 6 aout, sous le soleil, que nous prenons un bon départ. Nous sommes gonflés à blocs par ces bords de près magnifiques et par l’excitation que suscite le fait d’être enfin en course. Portés par une brise bien soutenue, nous tirons des bords dans le Solent pour sortir avec le courant, très rapidement vers les Needles. Nous sommes bien placés, avec parmi nous des bateaux performants et cela nous porte toute la journée y compris lorsque nous choisissons d’aller plutôt à terre pour passer les pointes successives qui se présentent avec un courant contraire. Le passage de Portland Bill est incroyable ! 50 Mètres de trop et on est jeté à l’extérieur par le courant ! Nous sommes plusieurs concurrents à enchainer les virements de bord, sans cesse, comme pour sauter un sommet le plus rapidement possible. Les départs échelonnées par le RORC, avec les grandes classes derrière nous, feront que , sans cesse , nous serons rattrapés par de plus gros bateaux et nous même rattraperons les plus petits. Cela anime la course de façon incroyable tout au long du parcours.

Toute la côte sud se déroule au près, et nécessite beaucoup d’attention pour le passage de chaque pointe, afin d’éviter les vents faibles, et tenter de profiter des courants ou des contre courants et d’une mer aplanie. Il n’y a qu’à la fin de notre parcours à terre, le Lundi après-midi que nous rencontrons des calmes dans la baie de Falmouth avant le passage du cap Lizard. Le doute s’installe sur la qualité de notre option, nous sommes pourtant bien entourés, mais nous tardons à redémarrer lorsque l’air rentre un peu. Il rentre du Nord-Ouest , là où nous irons dans quelques heures … Puis c’est Land’s end et le premier grand choix de passage du TSS ! Grande hésitation à bord entre ce qui avait été décidé en amont et la situation qui se présente. Tel que nous sommes là, et avec ces conditions, le passage Est s’impose, on y va et on ne le regrettera pas, sauf le petit « gauche » à la sortie du TSS qui n’était pas indispensable.

Toute la mer Celtique se fait au près, pratiquement sans bord favorable ! Ce près interminable depuis le départ fatigue un peu l’équipage, la mer est agitée, mais nous tirons des bords avec d’autre bateaux que nous ne quittons pas et cela nous motive pour tirer profit des rotations. les virements sont fréquents ! En pleine mer Celtique il faut éviter les tribords, et cela fait pourtant 50 heures que nous sommes partis ! Le soleil est présent, les dauphins aussi. Dans l’après-midi, nous touchons une petite bascule à droite comme prévu et la route directe tribord amure devient possible. Pendant la nuit le vent monte comme attendu, cela devient plus musclé, nous réduisons la toile. La mer est agitée mais nous progressons rapidement. Nous prévoyons un passage du Fastnet à 06h du matin. Mais lorsque la brise s’est accentuée, dans le nuit (la 3ème) , le bateau fut moins à son aise que certains concurrents aux formes plus appropriées et nous perdons quelques places.

Enfin, bientôt , nous allons pouvoir abattre et contourner le fameux Rocher. Le passage est rapide, avec le lever du soleil, l’hélicoptère vient de repartir en Irlande et ne nous filmera donc pas ! Enfin sous Spi, l’équipage se détend , nous verrons ensuite que cela nous coûte un peu .Mais les repas sont plus faciles à prendre et un peu de rangement s’impose. Le vent faiblit dans l’après-midi. Cette fois les écarts en latéral s’accentuent et on est un peu seul avec un ou deux IRC2 qui ne parviennent pas à nous semer. Mais nous restons un peu trop à l’Est et il s’avèrera que l’Ouest était plus porteur et ceux qui prévoient de contourner le TSS par l’Ouest en profiteront nécessairement. Nous restons parfaitement dans la course avec un classement provisoire à la 15 ou 16ème place en IRC3 qui comptent 84 participants. Au contournement de BISHOP Rock nous admirons les Scilly, archipel que nous aimons beaucoup pour l’avoir souvent visité en croisière. Un dernier bord, une dernière journée au travers, avec ce vent du Nord/ Nord-Ouest toujours aussi froid ! pas si facile ce bord entre Spi, code zéro ou génois, il faut bien connaitre son bateau et être réactif, ça passe , puis ça s’arrête , ça repasse, les écarts changent ! Faut- il s’écarter de la pointe ? aller à la côte ? privilégier le débridé ? on s’en sort bien et on régate avec un magnifique Swan 44 des USA , qui finit par passer avec toute la toile, trinquette et Spi asymétrique.

Il est temps d’arriver , notre acharnement à accélérer jusqu’au bout a eu raison de notre spi medium, gardé un peu trop longtemps, c’est-à-dire juste après la phrase exprimant le caractère irraisonnable de la situation et la nécessité d’y remédier… Nous arrivons à Plymouth, la nuit tombée, avec un magnifique feu d’artifice que la petite dizaine de bateaux qui passent la ligne dans le même quart d’heure admirent en commun, là où l’on nous demande d’attendre avant de rejoindre la marina où nous serons magnifiquement bien accueillis par l’organisation de la course, mais aussi et surtout par mes deux filles avec leurs maris, qui avaient hâte de nous retrouver.

Nous sommes contents de notre place de 16ème dans cette grande classe des IRC3, nous sommes aussi 6ème en IRC3B qui compte 43 bateaux, plus proches en rating. Il y avait de nombreux « passages à niveaux » et il ne fallait pas faire d’erreur car cela pouvait coûter très cher. Notre première partie de course a été très bénéfique pour notre classement.

Le Fastnet est une course d’endurance, avec de nombreux passages stratégiques, qu’il faut anticiper sans cesse en s’adaptant à la situation réelle. La présence des concurrents bord à bord, nous impose une pression forte pour aller vite et tirer le meilleur parti de notre bateau tout en gérant le sommeil et les repas pour que dans la durée la performance ne chute pas. Comme bien souvent, nous avons rencontré des conditions assez changeantes, une météo plutôt clémente malgré les températures fraiches et le côté un peu brutal de faire la totalité du chemin aller au près et le retour au portant. La pleine lune, ou presque a éclairé notre chemin, nos nuits , et les dauphins ont été sans cesse à nos côtés en Mer Celtique . Encore une fois, nous retiendrons de magnifiques images de mer dans nos têtes jusqu’à notre prochaine participation.

Jean PASSINI 28 Aout 2017

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