Sydney-Hobart 2017 – Quest TP 52, par Max de Montgolfier (Numéro 1)

Fraîchement naturalisé Australien, je participe à ma 7ieme Hobart cette année. Nous nous alignons le 26 décembre au départ sur un bateau que nous connaissons bien. Le propriétaire, Paul Clitheroe, ayant décidé de ne pas participer à la course (mariage de son fils le 28 décembre !), il était primordial que le bateau fasse la course tout de même afin que Paul garde son équipage sur les autres courses de l’année. Mike Green, notre Sailing Master depuis 2015 (38 Sydney Hobart à son actif) a donc suggéré début 2017 à l’ancien propriétaire du bateau (Bob Steel, deux victoires overall dont 2008 sur ce même bateau) pour qui il est aussi Sailing Master de longue date, de faire un « deal » avec Paul afin que le bateau fasse toutes les courses d’avant saison en tant que « Balance » et la Sydney Hobart avec Bob Steel aux commandes sous le nom de « Quest ». Ils acceptent et nous voici le Mardi 26 décembre au départ de la course, avec un équipage plus que rodé car à 90% le même que les années précédentes.

 

Le challenge est de taille et nous savons qu’il sera difficile de réitérer les performances des deux dernières années (obtenues sous le nom de « Balance » – si vous suivez encore). Notre catégorie (IRC 1) est clairement la plus relevée avec 10 TP52s. Le bateau à battre et grandissime favori est le TP52 Ichi Ban, fraîchement mis à l’eau en 2017 (le nôtre datant de 2005…). Il y a aussi Mascalzone Latino (Cookson 50 Italien vainqueur de la Rolex Middle Sea Race en 2016) avec son équipage 100% pro à surveiller de près… plus toutes les autres « luges » (Volvo 70s, Ker 46, Cookson 50s…).

 

Le prévisions (Nord Est fort) de la course sont absolument idéales pour les bateaux de notre taille pour « l’overall » ainsi que pour les Super Maxis afin qu’ils battent le record de l’épreuve. La baie nous offre des conditions de « demoiselle » au départ (10nds d’Est), sous un temps gris. Nous sortons de la baie sans encombres et en bonne position (sans doute 6ieme bateau) – nous déployons notre Code 0 de tète + Genoa Staysail à la bouée de dégagement et filons plein Sud à 12nds. Les hélicoptères et autres bateaux spectateurs nous quittent après une heure, nous prenons notre rythme de course à ce moment. Nous utilisons les 10/12h qui suivent afin d’emmagasiner du repos car nous savons qu’il n’y aura pas (ou peu) d’opportunité de dormir de nouveau ensuite du fait du renforcement du vent qui est prévu. Nous restons relativement proche de la cote.

 

Vers 19h – après le « diner » (si on peut appeler cela comme ça…), le vent s’oriente Nord Est et se renforce. Nous « peelons » pour le A2 puis A4 dès qu’il forcit à 18nds+, nous marchons maintenant à 15/18nds et sommes en bonne posture – bien devant les « vieux » TP52 et Cookson et juste derrière Ichi Ban qui se trouve plus Offshore. A 6h du matin, nous empannons afin de profiter d’une bascule de Nord et après 17h de course, nous rentrons déjà dans Bass Strait avec 250miles parcourus. C’est à ce moment que le vent se renforce sensiblement avec 25nds constant et que le Sailing Master nous prévient qu’il va falloir pousser la bête et que les quarts sont finis jusqu’à nouvel ordre. La grande cavalcade commence alors et nous « bourrons comme des cochons » à 20nds de moyenne dans le détroit de Bass – dans une mer croisée, les deux barreurs « 25nds+ » (Mike Green 38 Hobart et Adam Brown 28 Hobart) se relaient toutes les deux heures ainsi que les « grinders » au moulin à café. Malgré deux ou trois départs au tas, un arrêt buffet après s’être pris un « sunfish » dans la quille , tout est en ordre de marche.

 

12h plus tard, nous avons parcouru 200miles de plus et sommes en tète overall. Ichi Ban et la plupart du reste de la flotte IRC 1 sont derrière nous et surtout beaucoup plus Offshore (18 miles pour Ichi Ban à ce moment). Nous apprendrons plus tard que tous nos compétiteurs directs naviguaient pendant toute la journée sous GV à 1 Ris (voire 2) + Spi ou Code 0 Fractionné alors que nous restions sous GV Haute et A4 de 270m2 (nous en avions deux – au cas où, mais malgré nos départs au tas dans 33nds notre A4 principal n’a pas bougé d’un poil) – bien que nous naviguions à des vitesses moyennes similaires, nous descendions à 145 / 150 degrés, 10 plus bas que eux…

 

Le reste de la course est sur le papier assez « straightforward », un empannage vers 21h avec une bascule de Nord Nord Ouest qui nous offrira une route directe vers Tasman Island (pointe Sud de la Tasmanie) distante de 110 miles environ. Le programme se déroule pour l’instant à la lettre, nous restons sous A4 dans un vent qui s’est de nouveau stabilisé autour des 20nds mais doit se renforcer à 25nds « fichier » à partir de 22/23h. La nuit s’installe vers 21h30, nous n’avons pas fermé l’œil ou presque (je dis presque car nous pouvions parfois nous « reposer » à l’arrière du bateau, les fesses coincées entre le radeau de survie et le winch de bastaque mais ces « siestes » étaient constamment interrompues par des douches d’eau de mer, agaçant !) depuis plus de 15h. Nous avons une belle demie lune jusqu’à 23h environ, après quoi nous n’y voyons plus rien.

 

 Vers 1h du matin, lors d’un changement de barreur, une rafale d’environ 35nds surprend le nouveau barreur (Mike Green), le bateau part au tas – à 90 (ou moins) degrés du vent, le mat dans l’eau. Au passage, Mike tombe sous le vent, se rattrape à la barre a roue sous le vent et la casse en trois morceaux. Les équipiers au vent tombent aussi, car en s’agrippant aux filières au vent, celles-ci rompent – trois d’entre eux se retrouvent à moitié dans l’eau sous le vent, les autres se rattrapent à ce qu’ils trouvent au passage. Mike est inconscient pendant quelques secondes et nous ne savons pas si il nous manque des équipiers. Etant au moulin à café au moment de l’accident, je suis le plus proche de Mike, réalisant son immobilité, je me précipite sur lui et l’attrape par le gilet, il reprend conscience. Le bateau est toujours couché. Nous nous comptons et fort heureusement les 13 équipiers sont toujours à bord ! Nous remettons tant bien que mal le bateau à l’endroit mais c’est le chaos car nous ne savons pas l’étendue des dégâts, nous affalons le spi. Une fois les vérifications faites (et réparations temporaires sur filières effectuées) nous renvoyons le Sprit Top et continuons à bourrer à 19nds vers Tasman. Nous renvoyons le Spi A2 en approche de Tasman dans de la molle mais devons faire deux empannages alors que Ichi Ban a tout fait sur un bord (ce que nous aurions fait aussi en restant sous A4 tout le long… too bad).

 

Il est 4h du matin, le jour se lève et nous contournons Tasman Island. Nous avons 10 miles de retard (environ 1heure) sur Ichi Ban.. Ils nous rendent environ 55mns donc il y a toujours espoir. Ils gardent du vent tout le long et finissent un peu plus de heure devant nous. Nous passons la ligne d’arrivée après 1 jour et 20 heures de course. Ils gagnent overall en IRC, nous finissons seconds. Les Italiens finissent une heure après nous. Nous nous « consolons » avec la victoire Toutes Classes ORCi.

 

Notre « incident » de la dernière nuit nous prive sans doute d’une chance de nouvelle victoire overall mais nous n’avons aucun regret. Nous arrivons à Hobart avec des souvenirs incroyables plein la tête.  Il fallait pousser le bateau à 110% afin d’avoir de rester au contact de Ichi Ban, ce que nous avons fait. Leur victoire est amplement méritée du fait de leur superbe course mais aussi de la persévérance de son propriétaire depuis tant d’années – la victoire leur était promise en 2016 sur leur « ancien » TP 52 mais la Derwent River en avait décidé autrement…

 

Vivement 2018.

 

Max de Montgolfier

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