FOCUS Class 40

Le Class40 est un voilier monocoque hauturier de 40 pieds (12,18m) particulièrement adapté à la course océanique, même si certains propriétaires l’utilisent  également en croisière. Ces bateaux ne sont pas des monotypes. Ils sont régis par des règles de jauge (box rule) définis et maintenus par l’Association Class40.

L’objectif de la class40 est de réunir autour d’un programme de courses côtières et hauturières en équipage (en général 5 équipiers maximum), et principalement en double ou en solitaire, coureurs amateurs expérimentés autant que skippers professionnels dans un esprit commun de convivialité et de partage d’expérience.

L’attractivité de cette classe est en partie due à la simplicité et la rigueur de sa jauge, permettant de fonctionner avec des budgets raisonnables. La création de la jauge est venue d’un constat de passionnés, dont Patrice Carpentier fait partie. A l’époque, en 2004, aucun bateau océanique de 40 pieds n’existe. L’idée vient alors de concevoir un voilier suffisamment marin pour traverser l’Atlantique en toute sécurité. La Class40 prenait son envol …

Pendant plusieurs années, les idées ont fusé autour des carènes de 40 pieds, mais sans réussir à prendre forme. En 2004, le journaliste-skipper Patrice Carpentier, à la demande de plusieurs professionnels du nautisme, se mobilise pour mettre au point une jauge Class40. Il s’entoure du skipper Michel Mirabel, de Christian Bouroullec, responsable du chantier Structures et de Pascal Jamet, PDG de Volvo et passionné de voile mais aussi de Halvard Mabire et Bernard Nivelt. Ensemble, ils créent l’association « Class40 ».

« Patrice Carpentier a réussi à faire prendre la mayonnaise entre ces deux viviers d’idées à priori incompatibles mais en réalité parfaitement complémentaires », explique Pascal Jamet, « il y avait les créateurs et les modérateurs… »

Les plans de 40 pieds existants et ceux imaginés mais jamais concrétisés ont été mis sur la table. En face, un cahier des charges qui tenait en trois points : réaliser un bateau simple, fiable et rapide. « Nous nous étions fixés comme objectif de faire tenir la jauge sur deux pages ! », se souvient Patrice Carpentier.
« Il nous a fallu environ un an pour définir ces règles de jauge, mais ce fut passionnant ! Réunir plusieurs architectes autour d’une même table n’est pas chose facile ! Ce sont tous des personnages têtus mais tellement brillants ! », raconte Pascal Jamet.

Salon Nautique 2005 : le voile se lève sur la Class40
Au Salon Nautique de Paris 2005, la jauge Class40 et les grandes lignes de cette nouvelle série de course au large sont officiellement dévoilées ainsi qu’un programme sportif avec pour point d’orgue la Route du Rhum 2006. La salle de conférence affiche complet. L’assistance est passionnée : c’est le premier succès de la Class40.

Succès vite confirmé dans les mois qui suivent. Les Pogo 40, Jumbo 40 puis Akilaria sortent de leurs chantiers respectifs. De nombreux architectes planchent. Les premiers prototypes voient le jour… « Tout est allé très vite ! Nous sommes restés sidérés face à l’enthousiasme suscité par cette classe ! », rappelle Pascal Jamet.

 

 

 

 

 

 

 

Le numéro 1 de la classe ! Thibaut Derville

Thibaut Derville participe à la réunion des fondateurs de la Classe 40 et en sort conquis. Amateur et cadre dirigeant déterminé à courir la Route du Rhum 2006, il commande son bateau au salon 2003 alors que la jauge n’est pas encore définitive et à un chantier en cours de constitution : Jumbo.

En juillet 2005, Shere Khan 3 est mis à l’eau à Trébeurden sous l’œil de nombreux objectifs photo !

« Nous avons mis un peu de temps à apprivoiser la puissance, à trouver les bons équilibres de voile, à résoudre aussi des problèmes techniques qui feraient aujourd’hui sourire. Mais en 2005, on enchaîne une belle performance à la Transmanche puis affrontons le Class 40 de Patrice Carpentier et Géry Trentesaux sur le Fastnet, pour une fois à notre avantage. De nombreux marins viennent voir le bateau, l’observent et la classe commence à grandir ! Chacun y va de sa solution miracle mais la jauge veille et, presque incroyable, est respectée… comme se respectent ce mélange d’amateurs et de pros qui les arment. Soirées entre nous juste avant le Rhum, discussions en VHF pendant la course, saine amitié mais compétition acharnée, c’est exactement ce que j’étais venu chercher ! »

Le bateau a été revendu en 2007 et utilisé par Georges Guigen, de Saint Cast, pour son « école de croisière rapide » mais, preuve de l’indémodabilité des Class 40, Georges l’a refité et courera le Rhum 2018 : Le numéro 1 sera à nouveau sur la ligne de départ !

En effet, dix mois plus tard (dix mois seulement…), en octobre 2006, la classe rassemble déjà 54 adhérents tandis que 25 Class40 sont au départ de la Route du Rhum ! Les 40 pieds représentent un tiers de la flotte de cette mythique Transat…
Depuis, la Class40 réunit systématiquement les flottes les plus importantes des courses au large auxquelles elle participe.
En 2007, 129 membres adhèrent à la Class40, et 30 d’entre eux sont au départ de la Transat Jacques Vabre. Depuis, la classe continue son ascension avec une flotte d’une soixantaine de bateaux régulièrement en course, la construction d’une dizaine de navires par an et un marché de l’occasion extrêmement actif, preuve en est la Route du Rhum 2018, qui compte à ce jour 58 préinscrits pour la seule catégorie Class40.

La convivialité pour catalyseur
Ça c’est pour la quantité. Côté « qualité », là aussi la jeune classe a parfaitement rempli son cahier des charges.
« Nous voulions créer une classe d’amateurs éclairés, un circuit qui soit accessible à tous. Une classe qui permette à tous les bons marins de réaliser leurs rêves de course au large. Simplement, pour le plaisir, sans se ruiner ni passer des mois en chantier sur un prototype compliqué », détaille Michel Mirabel.
Pile dans le mille. La cible visée, principalement des chefs d’entreprises et professions libérales qui ont su garder un pied dans l’eau et les cheveux dans le vent, constitue la grosse majorité des adhérents de la Class40. De jeunes (et moins jeunes) skippers semi-professionnels ou professionnels les rejoignent trouvant dans la classe la capacité d’exprimer leur talent à budget maitrisé.

La diversité : un atout pérenne
Depuis sa création, la Class40 s’est fait sa place au soleil dans le petit monde de la course au large. Très vite, même, elle s’est internationalisée : Afrique du Sud, Allemagne, Angleterre, Belgique, Espagne, Etats-Unis, Hollande, Italie, Norvège, Afrique du Sud, Nouvelle Zélande… Aujourd’hui, les skippers Class40 représentent pas moins de 22 nationalités.
Pour Patrice Carpentier, c’est une force : « le mélange des genres et l’internationalisation sont de très bonnes choses. La richesse de la Class40, c’est sa diversité et c’est ce qui me rend optimiste pour l’avenir. »

Cette diversité s’exprime aussi au travers des silhouettes et des carènes des Class40. Depuis sa création, les architectes s’en sont donné à cœur joie pour optimiser au mieux les règles de la classe. Inévitablement, les bateaux ont peu à peu gagné en puissance.
«La Class40 est très bien telle qu’elle est ! Nous avons trouvé la bonne recette car, non seulement nous arrivons à créer des bateaux très différents dans un même cadre… mais il reste encore de nombreuses pistes à explorer pour les architectes», s’enthousiasme François Lucas, architecte de son état et l’un des initiateurs de la Classe.
Pour Michel Mirabel cependant, il faut absolument rester fidèle au dogme fondateur de la Class40 : « concernant la jauge, il faut continuer à systématiquement choisir la solution qui coûte le moins cher. C’est le seul moyen d’éviter la course à l’armement et à la puissance». Et la Classe a parfaitement géré cela dans le temps. Ces bateaux en grande partie prototypes ou semi proto sont plutôt moins onéreux que les 40 pieds IRC affutés qui sortent des chantiers ces dernières années.

Championnat 2018
Fière de sa mixité Pro-Am et des ambitions très éclectiques de ses navigants, la Class40 propose cette année un championnat composé de courses très variées afin de satisfaire le plus grand nombre et de couronner, à la fin de la Route du Rhum destination Guadeloupe, un projet complet. Le Grand Prix Guyader, The Atlantic Cup, la Normandy Channel Race, la Drheam Cup destination Cotentin, the Sevenstar Round Britain and Ireland Race et la Route du Rhum* seront donc les 6 épreuves-phares de la saison.
Le championnat 2018 s’annonce d’ores et déjà comme un succès puisque si 50 places étaient réservées pour les Class40 sur la célèbre transatlantique en solitaire, déjà plus d’une dizaine de bateaux sont inscrits en liste d’attente et ce, à 10 mois du départ de la course ! A n’en pas douter, les courses d’avant-saison devraient également faire carton plein face à cet enthousiasme.

La Classe organise également un trophée Européen et un trophée américain pour permettre à des skippers n’ayant pas le temps de participer aux courses transatlantiques de s’affronter sur des courses plus courtes en Europe et aux Antilles/USA.

*Championnat 2018-  Grand Prix Guyader (France – en équipage – coeff 1)-  The Atlantic Cup (Etats-Unis – double – coeff 2)-  Normandy Channel Race (France – double –  coeff 2)-  Drheam Cup destination Cotentin (France – solitaire –  coeff 2)-  Sevenstar Round Britain and Ireland Race (Grande Bretagne -équipage –  coeff 2)-  Route du Rhum destination Guadeloupe (France – solitaire – coeff 4)

**European Trophy- Les 1000 milles des Sables- Grand Prix Guyader- Armen race- Normandy Channel Race- Round Ireland Race- La Drheam Cup destination Cotentin- Sevenstar Round Britain and Ireland Race

*** American Trophy- Grenada Sailing Week- Miami to Havana- RORC Caribbean 600- Les Voiles de St Barth- The Atlantic Cup- Newport to Bermuda

4 bateaux en construction
Le dernier né de 2017 était le troisième Tizh40, bateau portant le numéro 152, mis à l’eau en fin d’été, skippé par Tom Laperche et christophe Bachmann. Dès ce début d’année, le nombre de Class40 devrait croître puisque 4 bateaux sont actuellement en construction : un Cape40 5G pour le Sud-Africain Andrew Thomson, un Lift40 optimisé pour Yoann Richomme, un Mach40.3 pour Luke Berry. Quant au second Mach en construction, c’est encore confidentiel… (Nicolas Troussel ?)

L’avis de Catherine Pourre

« Je suis dans cette classe depuis 2011 et je courre aujourd’hui avec mon deuxième Class40. Je suis vraiment fan de ces bateaux qui peuvent atteindre des vitesses incroyables  au reaching et au portant.  Le record de vitesse sur 24h est maintenant tout proche des 400 milles et est accessible. Bien sûr, cela ne peut se faire que sur les longs bords des grandes courses transatlantiques. Mais nous avons battu cet hiver le record de la RORC Caribbean 600 en class40 (8 participants en Class40) en 2 jours 13 heures pour ces 600 milles très sinueux dans des conditions de vent très soutenus, là où la flotte a vu nombre d’abandons dans les autres classes. Ces bateaux sont à la fois très surs et très rapides. La classe a su proposer une variété de courses très intéressantes. Pour moi  qui aime le large et la vitesse, il n’y a pas d’équivalent abordable pour un amateur. La classe qui compte aux dernières nouvelles 158 bateaux est à la hauteur de son moto : « Friendly Class, Fierce racing ».

Classe à suivre…
Indéniablement bien née et désormais parfaitement ancrée dans le monde de la course au large, la Class40 a gagné son pari. Reste désormais pour elle à continuer de maitriser le juste équilibre entre performance et accessibilité ; entre budget « pro » et budget tout court ; entre courses très au large et « grand prix » ouverts à tous…
La Class40 poursuit son cheminement.

 

 

 

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