COMPTE RENDU DE LA NORTH AEGEAN CUP: Première expérience en ORC

Retour d’expérience de Philippe Serenon à bord de Jivaro, un J133 bien connu en IRC durant le championnat national Grec en habitable avec également un sous classement pour les X Yachts se déroulant sur une semaine en Août.

Je rejoins Jivaro, le J133 d’Yves Grosjean qui a monté une saison exceptionnelle partant de la Seyne/mer via la Grèce, Chypre, Tel Aviv, Malte et retour avec un mix de convoyages, courses et croisières. Entre la rotation des équipiers et le matériel course et croisière à embarquer, il fallait bien avoir fait l’X pour monter un tel programme !

Comme d’habitude, équipage mixte, famille-amis dont 2 anglais et un professionnel, Patrick Paris. Pour la famille, c’est Romain le fils d’Yves qui vient du Cambodge où il habite qui prend la GV, des amis et équipiers réguliers qui ne m’en voudront pas de ne pas tous les citer pour ne pas alourdir cet article pour me concentrer sur les 2 anglais du bord: Nigel alias « Brexit », équipier régulier de la Réponse, le First 40 de l’Admiral du RORC, Andrew Mc Irvine, placide comme se doit un britannique et son contraire: Nick. Inventeur des « Jivaro Olympic Games » dont une seule épreuve a pu être réalisée et dont le tacticien que j’étais a été l’arbitre de 3 équipes déchainées. Heureusement, une fois en course, ça bosse fort (on est près de la Turquie,…) et ça phosphore (on n’a pas la notice du plan d’eau). Le tout pour une semaine mi-vacances faute de vent avec au programme baignades et ‘’mi-régate‘’ les 3 derniers jours, sous une chaleur de saison (Porto Carras est vraiment bien abrité…).

Mais revenons au sujet.

Flotte réduite à 35 bateaux en 3 classes ORC. Dans la nôtre, 8 bateaux dont un pur ORC – Le  GS42 nommé Code Zéro – et un IMX 40 super affuté parmi d’autres. Une 2ème classe ORCi aussi avec l’ X35 du Président très sympa du YC de Thessalonique, l’IMX 38 rouge d’un admirateur de Fidel Castro qui évidemment s’appelait Granma – à vos Wikipedia les incultes ! – un Farr 30 modifié avec bout dehors et un Melges 24 entre autres. Enfin, une classe ORC dite sport (en fait ORC Club) avec des bateaux de croisière à voiles blanches qui n’avaient pas les mêmes parcours que nous (côtiers seulement).

Tout ça dans une marina, Porto Carras, inspirée par Porto Cervo, bien équipée quoi que manquant un peu d’ambiance. Mais les grecs sont des gens placides, accueillants et amicaux, toujours prêts à aider pour la météo locale ou une panne moteur.

Venons-en aux courses et à mon expérience de l’ORC. J’entends par avance ses défenseurs penser que mon jugement est partial, étant l’un des animateurs de l’IRC. Je garantis donc au lecteur que je vais essayer d’être aussi objectif que possible.

Tout d’abord, la préparation des bons équipages ORC n’a rien à envier à celle des IRC et leur comportement sur l’eau de qualité à l’exception d’un, dont l’interprétation des règles n’avait d’équivalent que ses coups de gueule qui ne nous impressionnèrent pas. La jaugeuse a été très pro en remesurant quelques voiles et le comité à la hauteur dans des conditions très difficiles. Il y a tellement de fond qu’ils ont 2 mouillages fixes au choix pour mettre une ligne, le tout dans des vents aussi tournants qu’évanescents. Le golfe de Sithonia (le doigt du milieu entre la presqu’ile de Kassandra et le mont Athos) nous offrait en général du vent de NE en début d’après-midi qui pouvait se transformer (ou pas) en brise de mer de SW. J’en ai encore mon plus mauvais souvenir de tacticien quand, enroulant la bouée d’un côtier que l’on a rejoint au près à la bordée, dans le feu de la manœuvre, je n’ai pas vu que le vent avait tourné de 150 ° dans les 2 minutes ! Oups, la boulette…

Après un lundi consacré à la mise en condition de course du bateau et à la jauge, première banane le mardi, mystérieusement annulée. Suit un côtier : On fait du rase-cailloux à la côte dans des vents de 5 nœuds au mieux qui nous amène dans une assez mauvaise position à la bouée. Sur le retour, je choisis le large contre certains avis (les coupables se reconnaitront !) et ça paie. On remonte 3 places mais peine perdue puisque toute la flotte qui a pourtant fait le parcours est hors temps ! Première aberration de l’ORC dont même le comité de course (qui se fait tancer) est victime. Après 3 heures d’efforts sous le cagnard et une remontée superbe c’est frustrant.

Mercredi, pas de vent, annulation et croisière pour aller manger des poissions délicieux à Porto Koufo, golfe fermé magnifique avec spectacle offert par les thons qui chassent en sautant hors de l’eau.

Jeudi : Péniblement, un côtier autour de l’île en face. Notre code zéro nous aide pas mal mais c’est la loterie au passage sous le vent de l’île et on n’a pas tiré le bon numéro.

Vendredi : Enfin un peu d’air pour 2 bananes et un côtier. Avec une côte au Nord élevée et un vent de NE, le vent est aussi oscillant que sur le Léman ou au CVP sur la Seine !

Samedi : Vent entre 15 et 20 nœuds et on fait 3 bananes.

C’est donc véritablement sur 2 jours de course – mais 6 manches – que je me suis fait un avis sur cette jauge si compliquée.

Au départ, chaque bateau a un GPH qui a la différence du TCC, varie selon les forces de vent sur une table, bâtie à partir d’un VPP de chaque bateau. Au passage, le tout n’est pas moins secret que l’IRC car impossible de savoir comment notre GPH est calculé bien sûr.

Le Samedi, on fait 3 fois 3èmes en temps réel, pas toujours derrière les mêmes bateaux et le comité à chaque fois annonce à la VHF que nous sommes 2èmes ce qui nous parait cohérent. Mais surprise en rentrant au port on fait 3,2 et 4. Car le comité nous annonçait notre temps scratch mais ensuite il y a le calcul basé sur le temps du premier arrivé dont on déduit la vitesse moyenne basée sur le temps et la distance parcourue. Cette vitesse moyenne reportée sur la table permet de recalculer le résultat de chacun que l’on ne connait évidemment qu’une fois rentré au port. Autant dire que pour savoir en cours de journée qui il faut marquer, c’est impossible. En fait, le seul qu’il faut marquer c’est … son propre avatar en connaissant bien sa polaire.

Mais ça c’est vrai seulement pour les bananes ! Pour les côtiers, le calcul est différent et c’est un temps rendu qui s’appliquer en fonction de la durée de la course. Mais là encore le calcul n’est pas simple : Au Grand Soleil 40, on rend 3 secondes pour une minute de course, mais pour une heure ce ne sont pas 3 minutes mais 3’5’’ !

Avec tout ça, on finit au pied du podium grâce à nos bonnes bananes alors que le bateau en IRC est plus à l’aise sur les côtiers. Certes il n’y pas que le facteur jauge qui joue car on a moins bien marché sur les côtiers faute de connaissance du plan d’eau mais les résultats nous ont parus totalement imprévisibles. En IRC, quand on passe la ligne, on peut prendre le temps des suivants et savoir à peu près comment on termine à la manche.

Classements ici : http://www.northaegeancup.gr/index.php?content=results

L’ORC, issue de l’IMS, peut être appréciée par certains comme plus juste que l’IRC car plus précise mathématiquement. Mais on ne coure pas après la médaille Fields mais contre des concurrents sur l’eau pas au bureau des calculs! D’autant que l’ORC n’est pas plus équitable alors que la tendance durable des résultats montre que l’IRC l’est tout autant. D’ailleurs, nos résultats auraient été très voisins avec un classement IRC. De plus, à voir le Grand Soleil 42 R, on voit que c’est une jauge « typeforming » avec des bateaux reconnaissables à leurs franc-bords très hauts, leurs flancs droits et leur étroitesse, légers et efficaces par petit temps mais dès que le vent monte, c’est une autre affaire. Également, les lignes de flottaison surélevées montrent que les bateaux sont probablement vidés de leurs aménagements, ce qui est interdit en IRC qui à ce titre est plus une jauge de propriétaires. Enfin, il n’y a pas de comparaison de coût entre un certificat ORCi et un IRC beaucoup moins cher.

Alors oui, je suis convaincu que l’IRC, volontairement conçue pour être plus simple, est plus ludique et plus accessible.

Finalement, l’objectif n’est-il pas tout simplement de se faire plaisir en régate sans se prendre le chou avec des calculs d’apothicaires ?

Par Philippe Serenon, président de PROPIRC.

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