Possible explication tactique de l’arrivée de la Route du Rhum

Philippe Serenon, Président de l’Association des Propriètaires IRC revient pour nous sur ce finish incroyable que nous ont offert Francis Joyon et François Gabart. Un duel de tous les instants qui ne manqua pas de nous rappeler le premier du genre en 1978 ou la Route du Rhum entrait dans la légende avec la victoire de Mike Birch à seulement 98 secondes devant Michel Malinovsky.

Macif passe en tête la bouée de Basseterre et se retrouve dans le canal des Saintes bâbord amures dans un vent faible de NE de 10 nœuds moyens. Il est sur son flotteur tribord, sans foil, ce qui le pénalise en terme de surface mouillée donc de vitesse et surtout de cap. Comme les virements de bord sur ces multicoques sont très longs, il doit aller jusqu’à la layline pour n’avoir à virer qu’une fois.

Le vent prend de la droite et refuse. Pendant ce temps, Idec qui cherche à se démarquer de Macif, fait plus de cap, reste plutôt à la côte où le vent adonne, lui permettant de réduire la distance au but. Il est donc au vent de Macif et le passe.

Macif perd progressivement du terrain et peut enfin virer. Son virement est très lent, il recule un instant et se relance péniblement. Mais il se retrouve tribord amure donc appuyé sur son foil bâbord. Par contre, il ne peut pas aller jusqu’à lever la coque centrale – s’il y avait assez de vent pour – car il  n’a plus de safran sur le flotteur bâbord et son bateau serait donc incontrôlable.

À 8 miles de l’arrivée environ, Idec vire et perd moins de temps que son concurrent dans son virement. Mais il a un bout ou un filet pris dans son safran tribord et il va moins vite que Macif qui revient.

Mais Macif a 2 miles à combler sur 8 et donc il faudrait aller 25% plus vite qu’Idec pour reprendre la tête de la course, dans un vent de plus en plus évanescent. Il faut se rendre compte que dans une nuit sans lune et avec des milliers de feux de bateaux, il est impossible aux skippers de se repérer sans les instruments. À noter que Macif a des lattes qui sont visibles de nuit, permettant au skipper de mieux visualiser ses réglages.

À 2.5 miles du but, il y a un demi mile d’écart puis l’écart se réduit à 300 mètres à 1,2 mille de l’arrivée. Le vent tombe inexorablement en passant au Nord. Macif est sous le vent et garde un peu plus de vitesse qu’Idec mais quand il est très près, Idec le couvre comme en régate !

Les 2 bateaux tombent sous la ligne et vont devoir virer. A 1,2 mile de l’arrivée, Idec vire et renvoie bâbord amures pendant que Macif continue pour se dégager du contrôle avant de virer. Le virement d’Idec est parfait et il reprend  rapidement de la vitesse. Macif vire 2 minutes plus tard. Il se retrouve sur sa mauvaise amure mais dans si peu de vent, le foil crée plus de trainée qu’autre chose. Macif se retrouve au vent d’Idec mais un peu derrière donc ne peut pas le contrôler.

Idec passe la ligne avec un petit retour de vent après avoir reprise 130 miles en 24 heures, Macif passant 7 minutes plus tard.

Il faut être deux pour donner un spectacle si intense. Magnifique course compte tenu des exploits et des prises de risques que prennent ces Hommes ! De sacrés marins pour un sacré sport !

Classement officiel : https://www.routedurhum.com/fr/classement

Photo © Alexis Courcoux

Philippe SERENON

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