Pornic – Baïona – La Rochelle : grande classique particulièrement appréciée des solitaires et des doubles

Patrice Carpentier revient pour nous sur cette nouvelle édition de la course au large Pornic – Baïona – La Rochelle co-organisée par la Ville de Pornic et la Société des Régates Rochelaise. Ces évènements sont inscrits au calendrier de l’UNCL pour les Championnats MANCHE/ATLANTIQUE OVERALL et MANCHE/ATLANTIQUE DOUBLE 2019 mais aussi au calendrier des courses au large de la FFV.

La nouveauté de cette grande classique particulièrement appréciée des solitaires et des doubles est que l’étape retour prenait fin non pas à Pornic, comme à l’accoutumée, mais à La Rochelle. Ou plus exactement aurait dû, car l’autre nouveauté de cette « PBLR » est qu’elle a été perturbée par des sautes de vent à répétition dans les deux étapes. Voici comment j’ai vécu la course.

Au départ de Pornic le mercredi 3 juillet, le départ est retardé à la fin de l’après-midi en raison d’une masse orageuse stationnée sur la côte NW espagnole et qui a conduit le comité de course à nous en éloigner en contournant par l’extérieur le DST de Finisterre. La course démarre bon train sous spi et je suis ravi de ce come back au solo à bord de mon dernier Groupe 5, l’ancien Figaro 2 de Yann Eliès. Avec les deux autres Figaro 2 en lice, on crée un écart substantiel sur le reste de la flotte (36 voiliers au total dont une vingtaine de solitaires et une douzaine de double). J’attends le lever du jour pour empanner (à 2 tangons c’est plus prudent) histoire de se recaler sur la route. La brise se calme dans l’après midi au point de s’évanouir en début de nuit comme l’avait prévu la météo. Le ciel est plombé, un lointain éclair dans la nuit vient à nous rappeler une situation orageuse. Une pluie fine et brève suffit à la toilette du pont. Après une progression erratique, le vent revient de NE. Chouette, je renvoie le grand spi. C’est mou, puis modéré, puis énergique et carrément fort. A 30 nds, le Figaro 2 file comme un dard. Je me dis que c’est une survente et que ça ne va pas durer car rien n’indique du « très méchant » dans le ciel noir. Pourtant l’anémo grimpe encore, 35, 40 nds. En solitaire dans ces conditions, je ne peux rien faire d’autre que de piloter le bolide en priant que cesse ce long grain sec. Que nenni ! J’ai à peine le temps d’apercevoir le cadran flirter dépasser les 45 nds que l’étrave du bateau s’enfonce dans la mer. L’eau envahit le pont et aussi l’intérieur du bateau car je n’ai même pas eu le temps de fermer le panneau. Arrêt buffet, le Figaro 2 se vautre sur le flanc. Les voiles faseyent furieusement. Je lâche la barre pour larguer la drisse et le bras de spi. J’ai bon espoir de ramener le chalut à bord intact mais alors que le plus gros est fait le Nylon s’accroche dans l’arrière du balcon et se répand en morceaux. Pendant tout ce temps la GV a souffert elle aussi. Un coup de projecteur montre 2 morceaux retenus par le guindant et le nerf de chute et plusieurs déchirures locales. La messe est dite.

Au lever du jour, j’essaye en vain de recoller les deux morceaux à coups de Grey tape. Dans la matinée, l’autre Figaro 2 solitaire Nica Niac Niac me dépasse dans une brise devenue évanescente. Plus tard le comité de course va nous indiquer l’annulation de la course et c’est au moteur durant une centaine de milles que nous allons rejoindre Baïona, certains faisant une escale fuel. Pour faire bonne figure vis-à-vis de leurs hôtes espagnols, le comité concocte néanmoins un classement établi bien amont de la course à un moment où les Figaro 2 caracolaient en tête. Le Voilerie HSD d’Hervé Aubry gagne ainsi en double et votre serviteur en solitaire devant le Niac Niac Niac d’Even Job. Ce  classement surprenant puisque la course a été annulée n’a pas de valeur sportive officielle. On retiendra simplement que nos bons vieux monotypes peuvent sauver la mise IRC dans leurs conditions de prédilection.

L’escale en Espagne est brève car le comité doit de nouveau gérer une zone de calme dans le Golfe de Gascogne. Grâce à la coopération et à l’efficacité de Jean De Montaville, l’homme sans qui cette course n’existerait pas, et à son équipe, une autre grand-voile (merci aussi à Hervé) et un autre spi médium me sont acheminés de France me permettant de concourir dans l’étape retour ayant au menu un long louvoyage le long de l’Espagne puis des vents folâtres ou inexistants. Cette fois le comité a anticipé en aménageant deux portes virtuelles dans le Golfe. C’est à la première, équidistante de Gijon et de La Rochelle qu’est jugée l’arrivée après quasiment 3 jours de course. Au près serré un Figaro 2 va à la vitesse des IRC de taille équivalente. Il n’y a donc rien de fameux à espérer en temps compensé (Groupe 5 finit 2 en TR et 9 en compensé). J’ai partagé mon temps à la table à cartes pour visualiser la progression de mes camarades via l’AIS  et dans le cockpit pour les réglages sinon à la barre tout en restant à l’écoute de la VHF bien utile en termes de sécurité quand un copain vous sort et haut et fort de votre torpeur pour vous indiquer que la terre est proche… ou qu’il y a un danger de collision avec un navire à proximité pas forcément équipé d’un AIS. Sans oublier des échanges de circonstance qui me rappelaient les Figaro d’antan. Philippe Coupeau et Stéphane Ayrault, judicieux dans leur choix de route, s’imposent avec brio dans l’étape 2 à bord de leur JPK 9.60 Wahoo devant le SF 3200 Uship de Patrick Isoard et Tatyana Shyshkanova. Alain Duvivier, 3ème du classement mixte solo/duo se classe premier solitaire sur son A 31 Hagat.

Gallerie photos

Je retiens de cette virée en Espagne, décidément capricieuse sur le plan météo, de la belle régate de bon niveau,  une super ambiance, une organisation prévenante et l’occasion de frayer avec d’autres marins que ceux habituellement rencontrés en Bretagne sud. J’ai aussi noté que l’exercice solitaire pratiqué dans ma 70ème année demande une gestion attentive du sommeil… Je regrette avec d’autres concurrents que l’étape 2 ne se soit pas achevée à La Rochelle avec le retour du vent mais le comité a joué la carte de la prudence car il leur fallait absolument établir un classement après l’annulation de l’étape 1.

Patrice Carpentier

Figaro 2 Groupe 5

Site internet Pornic Le Blog : http://pornic-leblog.fr/course-nautique-pornic-baiona-la-rochelle-1ere-edition-informations-et-inscription/

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