ROLEX FASTNET RACE 2019 : LES FRANÇAIS ÉTAIENT AU RENDEZ VOUS

Le départ de la 48ème édition de la fameuse Rolex Fastnet Race a été́ donné le 3 aout dernier. Près de 400 bateaux se sont élancés depuis Cowes, port de l’ile de Wight, pour un parcours théorique de 608 milles. Les concurrents longent la côte sud de l’Angleterre et de la Cornouailles pour aller enrouler Fastnet Rock, phare du sud ouest de l’Irlande, puis rejoindre Plymouth, point d’arrivée, en laissant Bishop Rock et les Scilly à bâbord.

L’épreuve est réputée pour ses difficultés. Les dépressions sont fréquentes et la mer imprévisible. Elle exige de bons choix stratégiques en fonction des prévisions météo. Il faut jouer avec les vents dominants, les courants et les forts coefficients de marée.

Créée en 1925 et organisée par le Royal Ocean Racing Club (RORC), cette mythique course anglo-saxonne, en équipage et sans escale, est ouverte aux professionnels comme aux amateurs et se dispute tous les deux ans. Elle aligne des bateaux de toutes classes, répartis en plusieurs catégories. Cette année on y retrouvait 4 Ultim, 20 Imoca ainsi que 22 Class40.

Les IRC étaient 333 à s’aligner ce samedi 3 août. Une participation record ! La lutte était âpre dans toutes les classes représentées. Les membres de l’UNCL qui ont arborés fièrement les couleurs du club étaient 33 à prendre le départ pour rallier le phare emblématique du Fastnet, point le plus au Sud de l’Irlande.

Les prévisions météo du RORC étaient justes. Le départ s’est effectué́ par une brise inhabituelle de sud-est permettant aux concurrents une sortie express du Solent avec courant portant tout en gérant le dévent de l’Ile de Wight. Cependant, dès la première nuit, il a fallu gérer et bien sortir d’une transition, qui vu le vent faiblir puis tourner au sud-ouest avant de forcir progressivement jusqu’à plus de 30 nœuds en mer d’Irlande.

C’est ce que nous raconte Jacques Pelletier, victorieux en IRC1 sur son L’Ange de Milon et 7ème Overall :

« comme prévu le vent mollit à la fin de la journée. Les fichiers météo nous avaient montré que le vent de secteur Est, qui nous avait fait sortir facilement du Solent allait passer Ouest Sud-Ouest et entre les deux une zone de calme à traverser. Nos routages donnaient une alternative: le nord près de la côte et le sud presque au milieu de la Manche. Il était évident que passer au mieux cette zone de transition était essentiel pour le restant du parcours. Décision prise, nous resterions sur une trajectoire un peu au sud de la médiane entre les deux options.

La nuit tombe, et sur une mer plate le bateau glisse tantôt sous code 0, tantôt sous spi. Jean Luc en profite pour nous préparer un bœuf carottes du meilleur goût!

Au lever du jour, je n’ai plus que 14 cibles AIS sur mon écran et généralement des bateaux de dimensions supérieures aux nôtres. Soit nous sommes devant, soit nous sommes derrière, mais la présence de « gros » bateaux me fait pencher pour la première hypothèse. L’hypothèse « de devant » se vérifie au Lizard lorsque je peux voir notre position sur le tracker du RORC: premier IRC1, et de voir aussi que nous avons une dizaine de mille d’avance sur Lann Ael 2, champion en titre et notre concurrent direct.

Un grain bien mouillé au passage des Scilly puis route directe au près bon plein sur la pointe nord-est du DST du Fastnet. 150 milles avec un vent soutenu d’Ouest 25 à 30 nœuds. C’est humide et secouant.

Nous doublons le Fastnet le lundi 5 août à 12h17mn57s, en tête de notre flotte. Lann Ael 2, le bateau de Didier Gaudoux, est 1h10 derrière nous. Nous repartons sud avec un vent bien établi ouest Sud-ouest, un ris dans la GV, le code 0 et le J2 en place. Notre barreur, Fred, s’organise avec talent pour enchaîner les surfs. Or à partir de 13, 14 nœuds, l’eau s’élève le long du bordé avant tribord, passe au-dessus du pont et est poussée par le vent, façon karcher, directement à la face des équipiers. Et puis, pour faire bon poids, une partie des vagues se glisse malicieusement le long du J1, fait cuillère pour vous renvoyer le flux à la figure. Donc, si vous avez raté le karcher tribord vous aurez la douche bâbord !

Après le passage de Bishop Rock, nous abattons pour la dernière séquence de 90 milles. A bord, la tension monte d’un cran. Nous savons que Lann Ael est plus rapide. Il nous a repris 7 milles environ depuis le Fastnet. Va t il passer ?

Plymouth approche, il reste une heure de course, Lann Ael nous a doublé. Il est 0,5 milles devant mais on a encore 30mn d’avance en compensé. Lann Ael coupe la ligne et 3mn et 11s après nous la coupons à notre tour. Nous avons 29mn et 46s d’avance en compensé ! Parcours effectué en 2 jours et 21h30 en temps réel et 3 jours et 5h18 en compensé.

Séquence émotion: on a gagné !! Enfin L’Ange de Milon sur la première marche du podium du Fastnet. Il m’en aura fallu du temps depuis ma première inscription en 1971! »

Les conditions difficiles en mer d’Irlande ont mis les nerfs des équipages à rude épreuve. Sur 333 voiliers IRC engagés, 59 ont dû abandonner suite aux conditions météos.

Régis Vian, l’équipier d’Alain Duvivier, skipper et propriétaire de l’A31 TAGAN IV, réalise une très belle course, terminant 9ème en IRC 4 sur 84 voiliers et 16ème en double sur 64 duos, un très beau plateau ! Il revient pour nous sur les conditions météos rencontrées en mer d’Irlande :

« L’entrée de la mer d’Irlande en bonne position. Les conditions ont été très bonnes pour nous jusqu’à présent. Et là, ça va être une autre histoire. Au fur et à mesure que le temps et les miles défilent, le vent monte et se resserre. Le passage de la pointe sud-ouest anglaise est assez sportif. Les conditions grimpent, et seront dynamiques. La mer d’Irlande est rugueuse et elle le fait bien. Nous commençons à croiser un nombre non négligeable de concurrents qui font demi-tour (il y en aura 35 au total). A bord de l’A31, c’est rapidement très inconfortable. La mer n’est pas énorme, mais nous avançons vite dans les paquets de mer qui se chargent bien de nous rincer copieusement. Il nous apparaît rapidement nécessaire d’adopter rapidement une stratégie pour garder des vêtements secs, car ce traitement de lessiveuse va durer pendant 48 heures : à la montée vers le Fastnet et à la descente vers l’Angleterre. Nous n’y parviendrons pas (à garder les vêtements secs). Nous prenons paquets de mers sur paquets de mer. Tout est trempé. Évidemment, au milieu de tout ça, nous devons nous reposer et alterner les quarts. Conserver un duvet sec, seul moyen de se réchauffer est tout un art dans un environnement où chaque geste est compliqué. Se déshabiller pour s’allonger est une épreuve compliquée. D’autant plus qu’une fois ceci fait, la perspective de devoir renfiler des vêtements mouillés après un repos relatif, ne participe pas franchement à la popularisation des sports nautiques… Aucun de nous deux ne se plaint de ça. Nous courons la Fastnet Race et sommes contents d’être là. »

D’autres ont dû renoncer devant ces conditions extrêmes. Ce fut le cas du J112 E MUSIX et de son propriétaire Philippe Baetz, qui dut faire demi-tour avant l’arrivée aux Scilly :

« Dimanche en fin d’après-midi, le vent dépasse les 20 nœuds et il faut décider si nous y allons ou pas. Nous sommes encore « dans le paquet », 9 ou 10 en réel.  Si nous continuons, nous acceptons 48h de « galère » à laquelle je ne suis pas préparé personnellement, ni physiquement et ni mentalement. Vers 19h30, Musix fait demi-tour. Trop peu d’expérience dans ces mers agitées et ces vents soutenus. Au-delà de ma propre fatigue, je ne me sentais pas en mesure de faire subir à mes amis ces heures de douches froides, même si ils auraient été d’accord pour cela. Et je redoutais une aggravation des conditions, genre 1979. »

Vitesse et tactique auront pimenté cette 48ème édition jusqu’au final dans la baie de Plymouth, et ce quelle que soit la catégorie. En multicoques, en IMOCA, en Class40 ou chez les IRC, les Français ont dominé la Rolex Fastnet Race 2019. Seuls la classe Zéro (et le classement IRC Overall) échappent aux équipages tricolores. Les vainqueurs sont : Cammas-Caudrelier (Ultim), Jérémie Beyou (IMOCA), Luke Berry (Class40), Jacques Pelletier (IRC-1), Géry Trentesaux (IRC-2), Jean-Pierre Kelbert (IRC-3) et Noël Racine (IRC-4).

Le retour en Ultim du Maxi Edmond de Rothschild, magnifiquement mené́ par le duo Cammas/Caudrelier, a grillé la vedette à Macif et établissant aussi le nouveau record de l’épreuve (1jour 4h 2mn 26s).

PRB en IMOCA, vole la deuxième place à Banque Populaire sur la ligne d’arrivée derrière Charal.

Ça a bien bataillé aussi en IRC. C’est finalement le bateau américain Wizard (l’ex VOR 70 Groupama) qui l’emporte en overall et IRCZ devant le français Nicolas Groleau sur Bretagne Télécom, second sur les deux classements. Six des 10 premiers en IRC sont des IRC Z.

Les JPK ont fait parler la poudre avec la très belle place de Géry Trentesaux sur Courrier Recommandé, 5ème overall et 1er IRC2. Saluons aussi la prestation de Jean Pierre Kelbert avec son tout nouveau Léon, le JPK 10.30 qu’il menait en double avec le figariste Alexis Loison. Le binôme s’impose en Duo mais aussi en IRC3 et prend la 6ème place au classement Overall.

Leon, JPK 10.30

Les français étaient en nombre sur cette épreuve et donnés favoris. Ils ont confirmé leur domination dans le top 10 toutes catégories confondues. Innovations technologiques, tactiques de navigation, sens de la mer, esprit d’équipe… Certaines clés de la performance qu’ils auront réussis à maîtriser. Course mythique et fabuleuse qui attire toujours en nombre les équipages professionnels et amateurs. Les français auront marqué de leur empreinte cette 48 édition. Bravo à eux et rendez-vous dans deux ans !

Toutes les informations et résultats ici : https://www.rolexfastnetrace.com/

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