CAP 300 MILLES VOLVO PEMZEC – quelques milles à bord de Laudato Si

Retour sur la CAP 300 MILLES VOLVO PEMZEC, première course en solo de Régis Vian, membre de l’UNCL sur son voilier Laudato Si, un A31.

Par Régis Vian :

Samedi 26 septembre, 10h30 au Crouesty, départ de la CAP 300 VOLVO PEMZEC. C’est ma première course en solo, en préparation de la Cap Martinique qui partira le 18 avril prochain.

Pour ce départ au vent arrière en direction du plateau de Rochebonne, je décide d’assurer l’envoi du spi derrière le génois. Il y a entre 15 et 20 noeuds de vent. Et là, surprise ! La magie des écoutes et des drisses qui se coincent toujours dans des endroits improbables me joue encore des tours… J’ai donc passé plus de temps à envoyer le génois que le spi. Un comble ! Une fois tout rentré dans l’ordre, spi en l’air et génois sur le pont, je lève la tête. Pas mal de bateaux sont devant. Il en reste tout de même quelques-uns derrière. L’honneur est sauf !

C’est parti pour une longue descente de 80 milles au vent arrière vers le plateau de Rochebonne ! Le vent devrait forcir dans l’après-midi, notamment sous les grains (près de 30 noeuds prévus dans les rafales). Fidèle à sa réputation, mon A31 glisse bien dans le lit du vent, et réclame un peu d’attention pour rester stable. Je constate rapidement que le pilote automatique a du mal à tenir le cap. Au fur et à mesure que la mer se forme, les écarts de route atteignent rapidement une dizaine de degrés… J’ai d’ailleurs perdu une coupelle d’anémomètre dans un départ au lof suite à l’une de ses embardées, deux heures après le départ. Je suis privé d’indication sur la force du vent pour le reste de la course. Je vais donc devoir barrer au feeling jusqu’à Rochebonne. La journée va être bien remplie ! Dans ces conditions, je vais limiter les empannages, tout en cherchant à passer du bon côté des grains, de plus en plus nombreux à partir de l’île d’Yeu. Je parviens à ne pas me faire piéger sous ces gros nuages bien gris en mode aspirateur. Les conditions sont toniques, et je me régale à la barre de mon A31. Je ne compte plus les surfs à 12 noeuds (15,2 noeuds au maximum), avec toutefois une mer un peu courte pour espérer allonger encore la foulée. Ambiance dériveur à bord, avec un petit arrière goût de vacances à la mer…

En début de soirée, à l’approche du plateau de Rochebonne, l’affalage du spi est un peu chaud dans la mer qui se désorganise, les grains qui se renforcent (entre 25 et 30 noeuds), et le pilote qui a de plus en plus de mal à suivre (+/-20 degrés d’écarts de route). Ça ne se passe malgré tout pas trop mal… Heureusement qu’il ne fait pas encore nuit.

Le contournement du plateau de Rochebonne à la nuit tombée est agité, avec un vent soutenu (plus de 25 noeuds) une bonne mer de travers qui met peu en valeur les qualités de mon petit bateau très bas sur l’eau. Ca mouille! Hagat, l’autre A31 de mon copain Alain (qui gagnera en solo) n’est qu’à un demi-mille devant, et Fantasia n’est pas loin derrière.

A ce moment, je reçois un signal d’une balise AIS « Homme à la mer » proche du voilier Kavok, à environ 2 milles un peu sous mon vent.  Je ne veux pas croire au pire, mais la tension monte d’un cran. Je suis le mieux placé pour y être rapidement. Je me déroute… Ces 2 milles sont très longs. Je tente de joindre Kavok par VHF (je ne suis pas le seul d’ailleurs). Il fait nuit noire. Arrivé sur zone, je balaye la mer avec mon projecteur de recherche, et ne voit rien d’autre que la mer bien agitée. Je laisse un message satellite au comité de course, qui me rappelle, mais la liaison est trop mauvaise. Nous sommes en contact VHF avec Hagat et Fantasia, qui ont reçu aussi l’alerte, et remarqué aussi la trajectoire anormale de Kavok.

Fantasia décide d’aller vers la balise, et m’apprête à faire demi-tour vers Kavok. C’est à ce moment précis que Philippe, du voilier Kavok nous prévient par VHF qu’il s’agit d’une fausse alerte. Son gilet et sa balise ont pris l’eau. Vu l’état de la mer, on peut comprendre ! Ca détend un peu ! Mon estomac participe à la fête et se vide sans retenue. J’attaque dans cet état le long louvoyage de 90 milles. Le pilote automatique tient beaucoup mieux cette allure. Je peux donc me reposer un peu. J’attendrai un retour au calme intérieur pour manger chaud… Demain, il fera jour !

Cette remontée est frustrante.  Je ne parviens pas à avoir une bonne vitesse. Hagat qui avance comme un avion me distance mille après mille. Il comptera 8 milles d’avance à Belle-Ile. Fantasia presque un mille. Un dossier à travailler pour la suite… Je rentre dans la baie de Quiberon par le Beniguet, option payante qui me permet de reprendre un peu sur Fantasia.

En route maintenant pour les Glénans. Les relevés météo et photos satellite (merci Windy!) sont clairs: le gros grain sur Quiberon est stationnaire, je peux le contourner (moins large que Fantasia qui reprendra un peu de terrain). Aucun signe non plus de la bascule de vent prévue (encore merci Windy!). Je ne m’écarte donc pas trop de la route directe, il n’y a pas de vent à terre… J’ai mal pour ceux qui sont coincés là-bas.

Je ne suis toujours pas très rapide à cette allure, mais au moins, j’ai évité les pièges ! Après quelques virements de bord, le vent tourne (enfin) brusquement, et beaucoup plus que prévu. Je peux envoyer le spi ! Je ne vais pas le tenir plus de 20 minutes, le vent revenant dans sa direction prévue. Nouveau changement de voile, problème de drisses, je perds un temps fou dans la manoeuvre. Bye bye Fantasia, je ne le reverrai plus! Finalement, ce bord vers les Glénans se terminera comme prévu, par 15 noeuds de vent sous code zéro. Tout ça pour ça!

J’enroule la bouée Jaune des Glénans au milieu de cette deuxième nuit quelques minutes avant Uship et Les petits Paimpolais, et c’est parti pour le retour vers la baie de Quiberon. Ils sont bien énervés et nous arrivons groupés à l’entrée du chenal de la Teignouse. Ca tricote. Mon petit rating a du mal à suivre le rythme et le seul moyen de m’en sortir est de me concentrer sur la stratégie pour tirer le meilleur parti des vents et des courants. Finalement, au gré des options et des bascules de vent, je parviens à passer la ligne une poignée de secondes avant Uship et les Petits Paimpolais. Ouf!

Je termine 5ème sur 13 en solo (dont 6 abandons), et 15ème sur 35 au scratch solo/duo (dont 10 abandons)

Pour ma première course en solo, c’était vraiment un beau parcours de 280 milles, avec une météo variée. Je me suis quand même bien fait secouer autour de Rochebonne, puis au début de la remontée vers Belle-Ile. Les enseignements sont riches. J’ai des courbatures et des bleus partous, et deux gros sujets à travailler pour la suite : la vitesse au près, et le pilote automatique. Beaucoup de satisfactions, notamment celle de voir Hagat, l’autre A31, gagner le classement solo, car Alain et moi avons une affection particulière pour ce bateau exigeant et généreux. Bravo à lui !

Merci à l’UNCL et au YCCA d’avoir rendu cette course possible. Je me suis régalé !

En lien, le compte-rendu de la course: https://www.uncl.com/2020/09/03/manche-atlantique-double/la-cap-300-miles-volvo-pemzec-une-premiere-edition-reussie/

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