Les Kiwis remportent la 36ème America’s cup

Par Philippe SERENON.

Te wikitoria o Aotearoa*

* Victoire néozélandaise en Maori

C’est fait : les Kiwis ont remporté la 36ème America’s cup ,7 à 3, un score sans appel mais qui reflète mal le magnifique combat livré par de valeureux Italiens. Il n’y a pas de second comme on disait à la reine Victoria, mais il n’y a pas de perdant non plus et ils ont promis de revenir.

Que retenir en priorité de cette édition de la Coupe de l’America ?

Peut-être et avant tout, le fantastique public néozélandais, tant à terre au village que sur les quelques 2 000 bateaux qui ceinturaient le stade de régate chaque jour. C’est un rêve pour tous les pays qui aiment la voile de voir une telle ferveur, équivalente à celle qui porte les All Blacks en rugby. On ne réalise le poids culturel de la voile dans ce pays que lorsqu’on se réfère au fait qu’il y a moins de 5 millions d’habitants, répartis sur deux îles avec Auckland étant à plus de 1200 kilomètres d’Invercargill au Sud. J’ai longtemps critiqué le fait que la Coupe était devenue une machine marketing et technologique qui avait oublié au passage le public qui rend cet évènement si particulier. Les néozélandais m’ont donné tort, pour mon plus grand plaisir. Je n’oublie pas au passage le soutien du public italien à Luna Rossa qui montre que chaque pays est prêt à s’impliquer aux côtés de ses champions quand ils sont dans la compétition ultime. Les Français seraient aussi prêts à s’enflammer pour une équipe nationale si un jour elle parvenait jusqu’au match contre le Defender.

Autre point à retenir : La dimension surréaliste de ce que nous avons vu sur nos écrans, confinés ici par le couvre-feu à partir de 18h00, alors que la vie se déroulait normalement à Auckland, avec un public sans masque et une foule immense et compacte. C’est à la fois un message d’espoir car on finira bien par s’en sortir mais, il faut bien le dire, avec une pointe de jalousie alors que nous reportons régate sur régate ici et dans le reste du monde.

Enfin, ce que j’appelais de mes vœux, et qui pour moi est l’essence même de la Coupe, est le retour de véritable match racing qui nous avait tant manqué avec les multicoques. Nous avons vu des départs d’anthologie, des marquages à la culotte, des batailles de virement de bord ou d’empannage, le tout à plus de 30 nœuds, avec des bateaux qui volaient à partir de 8 nœuds de vent. J’avoue que je doutais que ce fut possible à ces vitesses-là mais on ne peut qu’être admiratifs devant le talent des navigants qui ont progressé de jour en jour. Luna Rossa naviguait plus haut mais un peu moins vite et en gagnant les départs a fait illusion au début. Bravo Spitbull (Spithill avec sa cannette de Redbull à toutes les conférences de presse), mais le bateau kiwi était plus rapide et dès qu’ils ont compris comment s’échapper du marquage (ou que les Italiens n’ont pas pu le maintenir), ils se sont envolés. Bien sûr avec six mois de développement de plus, privilège du Defender, on peut penser que c’est normal. Mais le Defender n’a pas de point de comparaison avant les matches de la Coupe alors que les challengers ont la Prada Cup pour sélectionner le meilleur d’entre eux. On peut regretter à cet égard qu’il n’y ait eu que 3 équipes, réduites rapidement à deux avec l’accident de Patriot dont le défi Américain ne put se relever malgré leurs efforts. Bravo quand même à l’équipe Ineos dont le Britannia n’a pas réussi à inquiéter le bateau italien en finale de la Prada Cup malgré le talent de Sir Ben et de Giles Scot.

Comme d’habitude à la Coupe, à la fin, c’est le bateau le plus rapide qui gagne. J’ai aussi beaucoup critiqué ces machines qui n’ont plus grand chose à voir avec nos bateaux mais il faut reconnaître qu’ils ont aidé à restaurer le mythe de l’America’s Cup. Voilà la deuxième fois que je suis pris en défaut mais je retiendrai finalement la phrase de Jimmy Spithill : « Either we win or we learn », Soit on gagne soit on apprend. J’ai donc appris pas mal !

Pour conclure, l’UNCL a été le club des défis 6ème Sens et Areva et nous avons en France tous les talents, à commencer par un architecte, Guillaume Verdier, qui a été dans l’équipe qui a développé la classe AC75 et Bruno Troublé qui a animé les conférences de presse à Auckland ou Philippe Presti le coach de Luna Rossa, sans oublier nos navigants, ingénieurs, chantiers, industriels entre autres. Nous avons donc le pain et le couteau pour monter une équipe compétitive et on peut juste espérer qu’un jour nos dirigeants, autorités publiques, grandes entreprises ou grandes fortunes, réalisent combien gagner la Coupe de l’America peut avoir de retombées économiques et d’image pour la France. Mais pour cela, il faudrait que notre pays réalise qu’avec plus de 5000 kilomètres de côte, la 2ème plus grande zone maritime et la première sous-maritime au monde (!), nous sommes un pays éminemment maritime. Si on veut que notre légitimité et notre réputation soient à la hauteur de notre présence maritime, la Coupe est un excellent moyen d’y parvenir. Au travail pour la 37ème !

VOIR AUSSI :

VIDÉO. America’s Cup. Marc Bouët analyse le dixième et dernier duel victorieux de Team New Zealand

VIDÉO. America’s Cup : l’ambiance et la remise de la Coupe de l’America à Auckland

America’s Cup. Team New Zealand gagne la 36e Coupe de l’America !

 

Philippe SERENON

Past Président de l’UNCL

Président de PropIRC

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *