Laudato Si dans les eaux britanniques

Retour sur la dernière édition de la Rolex Fastnet Race à travers le récit de Régis Vian, membre de l’UNCL et qui revient pour nous sur cette édition si particulière et unique à bord de son voilier Laudato Si un A31.

Mon inscription au Fastnet cette année est mon plan B en cas de décalage de la Cap Martinique 2021 à laquelle je suis inscrit en solo. Rétrospectivement, c’est un plan B majuscule!

Cette édition de la Rolex Fastnet Race 2021 s’annonce particulière à plusieurs égards. La quarantaine imposée en Angleterre nous prive de l’ambiance unique qui règne à Cowes avant le départ de cette course mythique. L’arrivée à Cherbourg en lieu et place de Plymouth est une grande première. Enfin, la météo annonce  depuis plusieurs jours un début de course musclé, voire très musclé. Il va y avoir du spectacle quand les 350 bateaux inscrits vont devoir tirer des bords dans le Solent, pour rejoindre la pleine mer.

C’est ainsi que nous nous retrouvons le 8 août, avec mon cousin Thierry, à bord de mon fidèle A31 Laudato Si, à attendre notre coup de canon dans 30 noeuds de vent établis, au milieu de ce qui est sans doute la plus belle flotte de bateaux qu’une course peut réunir. Nous courons en catégorie IRC4 et duo.

Les trimarans Ultimes, les IMOCAS, les Class 40 et les maxi IRC (catégorie IRC ZÉRO) partiront avant nous. Le spectacle garanti est au rendez-vous. Nous en profiterons à peine car le vent prévu est aussi au rendez-vous. C’est chaud!

Nous prenons un très mauvais départ, et coupons la ligne avec 1 minute de retard, suite à un banal problème d’écoutes de génois qui s’emmêlent au mauvais moment. Mais dans ces conditions, il n’y a pas de problème banal. La sortie du Solent (le bras de mer entre la côte Anglaise et l’île de Wight) tient aussi toutes ses promesses. Le courant jusqu’à 5 noeuds qui s’oppose aux 30 à 35 noeuds de vent d’Ouest lève une mer dantesque, à la limite de ce que peut supporter notre A31, léger et bas sur l’eau.

Ces conditions vont se maintenir pendant plus de 24 heures. Nous sommes secoués et trempés en permanence, par la mer ou par la pluie. Eau douce ou eau salée, nous ne faisons plus la différence. Nous tirons péniblement des bords vers l’ouest et faisons le dos rond en attendant des conditions meilleures.

La stratégie du premier jour sera conservatrice: ne pas casser le bateau, ne pas (trop) nous fatiguer. La course est longue. C’est pourquoi nous préférons partir vers le large plutôt que de tenter de profiter des courants autour de la pointe de Portland Bill, lieu peu recommandable par vent fort. Nous ne devons y perdre en théorie que 20 minutes. Nous y perdrons sans doute plus, car le groupe de tête de notre catégorie IRC4, passé par là, aura déjà beaucoup d’avance. Serions-nous passés sans rien casser? Nous ne le saurons jamais. C’est dans ce contexte que nous apprenons l’abandon de nos amis de Tagan, Alain et Marc. Coup dur!

Le soir du deuxième jour, à l’approche du Cap Lizard, le vent s’est calmé (un peu trop?). Nous pointons autour de nous quelques concurrents directs de notre catégorie: Bigfoot, Aldebaran et Oromotco devant nous, et Cavok pas très loin derrière. La nuit est fraîche, étoilée, humide et studieuse. Nous jouons quelques coups gagnants avec les courants du Cap Lizard et de Land’s End et nous retrouvons devant  Bigfoot et Aldebaran au passage des îles Scilly. Nous sommes bien dans la course, dans le tiers de tiers de tête de notre catégorie. Nous avons limité les dégâts, nous n’avons rien cassé et avons pu avaler notre premier repas chaud depuis le départ. Un semblant d’humanité s’installe à bord! Néanmoins, nous arrivons aux Scilly en début de flot, et nous devons naviguer six heures durant dans un courant contraire, là où les premiers sont passés sur un tapis roulant: premier passage à niveau, la barrière se ferme juste devant nous!

 

 

La traversée de la mer d’Irlande ressemble… à une traversée de mer d’Irlande. Vent de travers sud-ouest, beau temps le matin, pluie l’après-midi, grains et vagues pendant la nuit. Nous sommes de nouveaux mouillés et secoués. Nous prenons un front et sa rotation de vent au nord ouest comme prévu, 20 miles avant d’arriver au Fastnet. 20 miles à tirer des bords alors que ce nouveau vent est encore une fois favorable à ceux de devant: deuxième passage à niveau, nous sommes encore du mauvais côté de la barrière.

Nous virons le fameux rocher en milieu de journée, sous un ciel bleu sans nuage. Les côtes irlandaises en toile de fond s’ajoutent à la magie du lieu. C’est un moment intense, à la proportion des efforts qu’il a fallu produire pour arriver là. Pas le temps de rêver. Nous avons Oromocto à rattraper, et Bigfoot, Aldebaran et Cavok qui ne sont pas loin derrière.

Nous parvenons à charger un classement. Nous sommes 18èmes. C’est une bonne surprise pour nous. Nous avons honorablement limité les dégâts des premières 24 heures. Nous sommes aussi impressionnés par la course de nos amis Ludovic et David sur Raphael (#Adeosys – course au large), 1er en IRC4, et 2ème duo. Ils font une course incroyable!

La lecture des fichiers météo du jour est implacable: une dosable anticyclonique va ralentir fortement les bateaux de tête. Troisième passage à niveau, cette fois-ci en notre faveur! L’occasion est trop belle de revenir sur les bateaux de tête,  nous ne calculons plus trop nos efforts. Entre le Fastnet et les Scilly, nous sommes sous spi asymétrique. Le vent d’ouest-sud-ouest va refuser de quinze degrés. L’angle de vent est serré, et va se resserrer encore . Nous prenons une route sud qui nous permettra d’accompagner la rotation du vent et tenir le spi le plus longtemps possible.  Nous nous relayons à la barre toutes les heures, jusqu’au cœur de la nuit que nous terminons finalement sous génois. Nous tenons bien notre place, mais nous sentons que Cavok pousse fort derrière.

Changement de cap après les Scilly, direction Cherbourg! Le spi léger est sorti. Nous nous décalons un peu au nord de la route alors que nos camarades de jeu choisissent la route directe. C’est dur de maintenir les écarts, leur angle de vent est meilleur. Mais nous nos rattrapons bien lorsque nous remontons vers le DST des Casquets (dispositif de séparation de trafic pour les cargos). Finalement l’opération aura été bonne. Nous y avons néanmoins laissé quelques heures de sommeil! Cavok et Bigfoot toujours derrière, et Oromocto encore dans le viseur. Nous le dépasserons au sud d’Aurigny, à la faveur d’un petit décalage vers le sud, et nous sommes au coude à coude pour traverser le fameux raz Blanchard à la pointe du Cotentin. Il est fidèle à sa réputation. Sous l’effet des forts courants de marée, la mer est une vraie marmite.

Oromocto  nous a mis la pression jusqu’au bout!  Nous profiterons du paysage une autre fois. Nous coupons finalement la ligne d’arrivée moins de deux minutes avant lui, et quarante minutes avant Cavok. Bigfoot est plus loin derrière.

Quelle course! Elle n’est pas mythique par hasard! Le parcours est extraordinaire, la météo toujours exigeante, des rebondissements et des concurrents qui ne lâchent rien: cocktail parfait!

Nos classements sont au-delà de nos objectifs:

  • Classement IRC4: 10eme sur 70 partants (19 abandons)
  • Duo: 7eme sur 57 partants (21 abandons)
  • Overall (toutes classes IRC): 30eme sur 250 partants (70 abandons)

Résultats 2021 complets

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