RETOUR SUR LA GIRAGLIA 2021 ET LES PERSPECTIVES DE JIVARO SAILING TEAM 2022

Par Philippe Serenon

La 68e édition de la Rolex Giraglia, épreuve incontournable au large de la Méditerranée, qui s’est déroulée cette année dans un cadre « tout italien » inédit a ravis les nombreux participants. Ils se souviendront de l’enthousiasme d’une semaine spectaculaire, culminant avec une course au large qui a récompensé les plus petits voiliers, mais qui a procuré de grandes sensations à tous. Cette édition a impliquée et fédéré 33 nations différentes. Retour sur cette première régate offshore de l’année, épreuve inscrite au Championnat UNCL 2021 Méditerranée à bord de Jivaro.

UNCL : Yves, cette Giraglia était particulière car la 1ère offshore après les divers confinements ; quel sentiment  as-tu ressenti avec l’équipage ?

Yves : Un merveilleux sentiment de renaissance ! Et aussi je dois dire, de gratitude pour les italiens qui nous ont permis de recommencer à naviguer en équipage en toute sécurité. Çà ne s’est pas fait bien sûr sans contraintes. Mais le Yacht Club Italiano a parfaitement organisé les contrôles et procédures nécessaires non seulement pour le respect des règles imposées par l’Italie mais aussi pour rassurer tous les participants. Chaque équipage a pu être assisté et conseillé. Les courses côtières traditionnelles à Saint Tropez ont été annulées et remplacées par une première course offshore, de Saint Tropez à San Remo pour les uns, et de Gènes à San Remo pour les autres. Un thermomètre sans contact nous a été offert à Saint-Tropez pour les contrôles quotidiens de température. A l’arrivée à San Remo, des tests PCR anti-géniques étaient organisés gracieusement pour tous les équipiers. Si bien que le séjour à San Remo s’est passé sans arrières pensées ni craintes inutiles. Bien sûr aussi il n’y a pas eu de grande fête à terre, rassemblant tous les équipages. Mais en remplacement chaque équipage a reçu directement à son bord de généreux et succulents plateaux repas, de l’apéritif aux fruits de mer. Le tout arrosé de prosecco et autre vins. Il y avait de l’ambiance dans le port ! Et en plus les bars de la ville étaient ouverts pour l’after … on pouvait néanmoins observer que tout le monde se pliait aux règles de port du masque et de distances. Et ce fut donc un franc succès: 138 partants toutes classes confondues ! De quoi oublier la morosité générale régnant de ce côté ci de la frontière …

UNCL : Peux-tu nous parler de la météo que vous avez eu ?

Yves : Une météo très clémente! Trop calme même pour la course de Saint-Tropez à San Remo. Il nous a fallu plus de 20 heures pour parcourir seulement 62 milles ! Sur 33 partants IRC + ORC, 17 n’ont pu franchir la ligne d’arrivée avant l’heure limite. Et c’était pire pour l’autre course de ralliement, de Gènes à San Remo: 4 arrivées seulement sur 50 partants. Autant dire que nous étions inquiets pour la Giraglia elle-même. Eh bien non. Contrairement à nos craintes nous avons toujours eu du vent. Nous n’avons mis « que » 40 heures et 40 mn pour les 242 milles du parcours soit presque 6nds de moyenne. Le départ s’est fait Mercredi 16 Juin à midi au portant, dans 15nds de NE et vu l’heure et l’évolution dans l’heure précédent le départ nous avons pensé qu’il y avait un renforcement thermique du flux de NE annoncé plus faible. Sur l’eau le vent a faibli dès 14h après avoir doublé la marque de Vintimille, et dans l’après-midi il a continué à faiblir en se rapprochant de la marque d’Agay. Nous l’avons enroulée peu avant minuit dans un NE toujours présent, à un petit 10nds. Les fichiers météo nous disaient que ce flux venait de l’Est Corse où il était carrément Sud, et s’enroulait autour du Cap Corse pour faire une large courbure à gauche, jusqu’au NE, en laissant sur sa gauche une large zone de calmes. Notre approche du Cap Corse s’est donc faite par le NW et a bien validé ce système. Nous sommes allés chercher cette veine venant de l’Est Corse, à 20-25 nds de SE. Au près dans la brise, allure qui sied bien au J133. En approchant de la Giraglia le vent s’est bien renforcé avec des rafales à 30 nds. Un beau départ au tas d’un Solaris 47 ayant juste doublé le rocher, barres de flèches dans l’eau et se relevant spi en lambeaux, a d’ailleurs un peu refroidi l’équipage qui a demandé à temporiser … Mais l’A2 était en l’air 10mn après avoir viré et nous avons avalé les milles en route directe, avec de très beaux surfs. Assez rapidement et comme attendu, le vent a refusé et nous avons continué sous jib-top et trinquette. Pour finir sous J1 en deuxième partie de nuit du deuxième jour, à l’approche de l’arrivée où les perturbations dues à la côte ont amené un vent plus faible et de grosses bascules.

UNCL : Quels ont été vos choix tactiques ?

Yves : Côté stratégie, comme toujours en Méditerranée, il fallait se creuser la cervelle pour essayer de comprendre ce qui se passait et faire les bons choix. C’est la magie de ce terrain de jeu: les fichiers météo donnent des tendances, mais ils ne sont jamais très fiables. Les systèmes généraux que l’on connait en Atlantique sont ici toujours éparpillés façon puzzle du fait de la présence des terres, et aussi des variations de température. Dans le détail il peut y avoir beaucoup de variations, et d’écarts avec les GRIBs même récents. Il faut parvenir à se forger une compréhension des forces en présence pour ensuite à l’aide des observations sur l’eau, imaginer les évolutions possibles. La première clé était la bonne prise en compte du flux général de NE. Ensuite les effets thermiques et la proximité des côtes étaient très importants. Après le départ nous avons cru à un effet thermique prédominant et nous nous sommes donc laissés tenter après la bouée de Vintimille par une route sous la flotte, qui nous permettait de porter le spi plus longtemps, et nous rapprochait de la côte. Sur un plan tactique, nous restions aussi au contact de quelques concurrents du coin. Grosse erreur ! Le vent était beaucoup plus faible en approchant de la côte. Nous avons perdu beaucoup de terrain. Si bien qu’après avoir viré la marque suivante, à Agay, nous avions une telle envie de nous refaire que nous avons très rapidement fait un contre-bord tous seuls ou presque, vers le N, pour nous éloigner des calmes du centre de rotation du flux venant de l’Est Corse, avant le refus attendu. Et … le refus s’est fait attendre! Si bien que nous avons à nouveau tenté un contre-bord le lendemain en fin de matinée. Lequel a amené pas mal de discussions à bord vu que ce n’était pas vraiment le bord rapprochant. Je pense que l’écart avec la situation prévue était dû au réchauffement dans la matinée. Nous nous sommes mis d’accord sur une tactique de « trial and error » pour la suite: continuer plein Est tant que la vitesse du vent ne baissait pas. Avec çà nous avons effectivement fini par les trouver les calmes ! Nous sommes rentrés dedans si rapidement que malgré notre vigilance il nous a fallu une bonne vingtaine de minutes pour nous en extirper. Mais avec ces deux contre-bords nous étions très bien positionnés par rapport à la flotte. Je pense que nous avons très bien négocié cette phase critique de la course. Ensuite, ayant pu recaler notre compréhension nous avons poursuivi la stratégie d’approche de la Giraglia, jusqu’au louvoyage final dans 20-25 nds de SE et quelques pieux. La remontée vers Gènes s’est déroulée sans autre surprise que l’influence difficile à anticiper des vents de terre en approchant la ligne d’arrivée.

UNCL : 7ème au général est un très beau résultat. Que vous a-t-il manqué d’après toi pour gagner ?

Yves : Surtout je pense, plus de lucidité entre Vintimille et Agay où nous nous sommes positionnés à terre alors que çà passait clairement au large. Le pire c’est que nous nous sommes enferrés dans notre choix. Lorsque nous avons voulu réagir il était trop tard. Çà me rappelle le dernier Fastnet de JIVARO, en 2019 … Heureusement cette fois-ci contrairement au Fastnet 2019 il avait une belle remise en jeu à saisir dans la traversée d’Agay au Cap Corse. Et nous l’avons clairement saisie, mis à part le second contre-bord. Après … oui, je pense qu’avec une meilleur trajectoire entre Vintimille et Agay nous aurions pu être sur le podium. Mais les deux premiers IMAGINE (GTS 43 de Gilles Argelies) et TEVERE (First 40 de Gianrocco Catalano) sont plus de 2 heures devant nous … j’ai un peu de mal à trouver deux heures dans nos erreurs. Je serais curieux de refaire la course avec eux ! Et aussi avec le 3ème qui étant classé uniquement avec les doubles, ne figure pas au classement général: l’excellent JUBILEE (J109), mené par Gerald Boess et Jonathan Bordas. Bravo à tous les trois !
 

UNCL : Le bruit court que c’est ta dernière saison avec Jivaro. Est-ce exact ? As-tu un projet à suivre ?

Yves : Eh oui, effectivement. J’ai fini par me décider à changer de bateau. Çà m’a pris plusieurs années, tant je suis et reste emballé par les performances et le confort du J133. J’ai dû naviguer pas loin de 50000 milles avec ce bateau en quinze ans, mélangeant harmonieusement courses et croisières en famille … Et il est plus performant que jamais – ce n’est pas qu’un effet d’allégeance d’âge: je me réfère à la vitesse sur l’eau tout simplement ! Nous avons fait un long chemin d’apprentissage et d’optimisation. Toute la famille et les nombreux équipiers qui m’ont accompagné dans ces aventures sont très attachés à JIVARO. Mais il faut savoir se remettre en cause, pour renouveler ses expériences, pour ouvrir le champ des possibles et aborder de nouveaux projets, avant qu’il ne soit trop tard (personne n’est éternel). J’ai établi mon « cahier des charges » il y a plusieurs années. Je cherchais un bateau permettant de reprendre la même philosophie en termes de constitution d’équipage (une très grande majorité d’amateurs – éclairés bien sûr notamment par l’entrainement à bord) et de pratique de la course aussi bien que de la croisière en famille. Un bateau de 43 à 45 pieds pour rester maitrisable aussi bien sportivement qu’en termes de budget tout en étant confortable. Mais je cherchais aussi un bateau plus léger, plus puissant, et planant. Un mouton à cinq pattes ! J’ai rencontré Paolo Semeraro lors de la Middle Sea Race 2015 où il avait terminé second en double avec son NEO 400 tout carbone. Il m’a prétendu que son bateau répondait à ma philosophie : j’ai eu du mal à le croire ! Par la suite lorsque j’ai établi mon cahier des charges j’ai rapidement écarté NEO puisqu’il n’existait pas de 43’. Mais début 2020 est apparu le NEO 430 Roma. Et lorsque j’ai évalué le bateau au regard de mon cahier des charges je me suis rendu compte qu’il cochait beaucoup de cases. Début Mars 2021, sans trop y croire, dans la phase finale d’évaluation des 6 ou 7 projets que j’avais sélectionnés, j’ai fait le voyage à Bari avec mon épouse pour visiter le chantier et essayer le N°2 qui venait d’être mis à l’eau (une commande de l’australien Julian Farren-Price, jusque là propriétaire d’un Cookson 50) . Nous avons été très favorablement impressionnés par les aménagements proposés sans compromettre les performances – avant tout le poids. J’ai donc signé pour le N°6 début Avril. A ce jour la coque est complètement infusée, les renforts et cloisons structurels sont stratifiés, et la sortie du moule est pour mi-Septembre. J’espère donc que la mise à l’eau pourra se faire comme prévu, 12 mois après la signature.

Vivement l’année prochaine où les courses côtières et le départ auront lieu à Saint-Tropez.

Site internet : https://www.rolexgiraglia.com/fr/index.html

Crédit Photo: Jean-Louis Chaix/ Société Nautique Saint-Tropez 2021

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