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CHAMPIONNAT MANCHE-ATLANTIQUE 2021 – ADEOSYS GAGNE EN DOUBLE ET OVERALL !

Par Patrice CARPENTIER

C’est une première du championnat Manche-Atlantique, le même bateau gagne dans les deux classements, sans avoir couru une seule fois en équipage… Il s’agit du JPK 10.10 Adéosys, le dernier exemplaire produit en 2019 par le chantier de Larmor Plage pour Ludovic Menahes.

Originaire de Brest, installé sur Vannes depuis 2004, sociétaire du club de La Trinité-sur-Mer et de l’UNCL, Ludovic a démarré la régate en dériveur avec David, puis a quitté la scène vélique pour se consacrer au management de sa société informatique. Il est revenu à sa passion en 2015 à bord de son First 31.7. Voyant que ce n’était pas incompatible avec ses obligations, à la fois professionnelles et familiales, il a acheté un JPK 10.10 pour participer à la Transquadra 2020, toujours en compagnie de son fidèle comparse David, lui-même propriétaire d’un J 92 sur lequel Ludovic a maintes fois posé son ciré entre 2007 et 2010.

En raison du Covid, les deux compères optent pour la Transat Cap Martinique, qui fut elle-même repoussée d’un an. Ils profitent de ce report pour effectuer des améliorations sur le bateau, parfaire leur préparation – Ludovic participe activement à la mise en place d’un groupe d’entraînement à La Trinité-sur-Mer – et courir en 2021 un maximum de régates inscrites au Championnat. Cette assiduité, couronnée par de belles performances réalisées tour à tour avec David, Jérôme Croyère et François Moriceau, vaut au JPK 10.10 d’achever la saison en grand vainqueur avec 7 courses à son actif et un total de 400 points en cumulant ses cinq meilleurs résultats, comme le veut le règlement.

@Paul Wyeth/RORC

Ludovic retiendra de cette belle saison beaucoup de plaisir, de joie, mais aussi un peu de frustration, car cela n’a pas été simple. « On dit souvent que ça se sauve par devant. Et bien non! Nous retiendrons qu’à chaque fois que nous avons été en tête, le vent nous a bloqué la route », retient ce sympathique skipper fort apprécié de ses pairs. Les agapes démarrent par la Gascogne 45/11. Toute nouvelle course au format inédit, disputée par une météo clémente exigeant une solide stratégie pour négocier des  anticyclones à travers le golfe de Gascogne à l’aller et au retour :

« On va faire la course en tête quasiment dès le départ en négociant bien toute notre descente ».

Adéosys est le premier à prendre l’option Sud vers l’Espagne et à couper la longitude 11°pour prendre le chemin du retour. La victoire en temps réel lui tendait les bras, mais une dernière bulle sur la route de l’arrivée à La Trinité-sur-Mer lui fut fatale. Le programme se poursuit avec La Trinité-Cherbourg (en remplacement de Cowes), une course de vitesse s’achevant comme d’habitude en tricotant avec de forts courants. Adéosys termine second battu par le JPK  10.80 d’Olivier Burgaud. Sa participation à Cowes-Dinard se solde par un « Pas la peine de s’étaler, on n’aura pas été bons… ».

Arrive le gros morceau de la saison avec un plateau de choix : la Rolex Fastnet. Ludovic et David font une excellente montée vers le « Rock » qu’ils contournent en tête de leur classe. Le retour est moins tonitruant (lire ses commentaires parus sur notre site). Le bel Adéosys mettra quand même un point d’honneur à finir 1er en réel du groupe IRC 4 et empochera au passage 99.6 pts. Retour dans le Morbihan pour la Nuit des Iles du Ponant (cette fois avec Francois Moriceau) : peu de vent, voire pas du tout. « Le début de la course est sympa, 5 – 8 nœuds de vent (c’est toujours bon quand on est collé aux bateaux avec un rating bien au-dessus), mais quand la nuit tombe, on ne voit plus le plan d’eau, bien trop calme à notre goût… Ce n’est plus du plaisir et on a hâte de terminer. (16h pour parcourir 40 milles…) ».

Au Télégramme à Lorient, il fait beau, le vent est modéré, variable et parfois ponctué de calmes comme lors de la manche 2 où Ludovic accompagné de Jérôme Croyère, alors en tête, se retrouve scotché et fort contrit de voir ses poursuivants le dépasser à gauche et à droite.  L’épisode final se nomme le Spi Ouest-France que l’armateur et skipper du JPK 10.10 résume par ces mots : « La 1ère journée, top, on ne pouvait pas faire mieux. Mais le samedi, comment dire… On a dû montrer tout ce qu’il ne fallait pas faire (bref, une journée à oublier). Le dimanche, dernier jour, il faut bien finir la saison. On va s’appliquer pour finir 2ème, juste derrière Papillon (le JPK 10.10 d’Alain et Jean-Marc) avec qui nous nous sommes entrainés tout l’hiver ». En guise de conclusion, il retient que pour faire « tout ça », il faut :

« Une femme et des enfants très conciliants qui acceptent toutes ces absences, des collaborateurs qui assurent chez Adeosys, une voilerie (Technique Voile) qui est à l’écoute et qui vous accompagne, et un groupe d’entraînement qui partage tout. Merci à vous tous ».

Article rédigé par Patrice CARPENTIER

Crédit photo : @Paul Wyeth/RORC

 

Rolex Fastnet Race 2021: La Lady marseillaise brille sur la mythique course anglaise

Retour sur la dernière édition de la Rolex Fastnet Race à travers le récit de l’équipage marseillais du voilier Lady First III, mené par Jean-Pierre Dréau, membre de l’UNCL et qui revient pour nous sur cette édition si particulière et unique.

C’est un été 2021 so British qui a occupé Lady First III et son équipage. En effet, la sublime Lady marseillaise a quitté ses quartiers méditerranéens pour rejoindre la Manche et ses régates estivales pour la seconde fois consécutive.

En 2019, si la première campagne anglaise avait offert de célébrer une victoire sur La Trinité — Cowes, la Fastnet Race avait laissé à l’équipage un goût d’inachevé. Ce dernier avait nourri depuis deux ans une très forte envie de revenir pour démontrer ses mérites ! C’est ainsi que le 8 août dernier, le Mylius 60 armé par Jean-Pierre Dréau, membre de l’UNCL, prenait le départ de la mythique Rolex Fastnet Race pour la seconde fois.

En deux ans, ce bateau racé designé par l’architecte italien Alberto Simeone a bien progressé. L’évolution de ses appendices pensés par le célèbre Juan K a parachevé un navire déjà bien né. Si la machine a été fort bien préparée pendant la période hivernale, c’est aussi un équipage très entrainé qui s’est aligné au départ de la fameuse course anglaise.

Préparation technique, entrainements intensifs et ambitions affichées : tel est le cocktail de l’équipe de course marseillaise. Le programme hivernal, sous la houlette de Christopher Pratt, emmenant plusieurs fois le bateau à traverser jusqu’en Corse, a donné raison au vieil adage : le travail finit toujours par payer !

Les participations à La Trinité – Cherbourg début juillet, puis à la Channel Race à la fin du même mois, ont permis de valider en conditions réelles la performance du team. L’équipage, stabilisé pour l’occasion, s’est éprouvé directement sur la zone de course en Manche dans des circonstances qui — doit-on le souligner — diffèrent de celle qu’il connait habituellement. Le bateau  de  Jean-Pierre  DREAU  a  ainsi  parcouru  350 milles  entre  La  Trinité-sur-Mer  et Cherbourg via le phare d’Eddystone au large des côtes anglaises pour s’illustrer par une troisième place méritée.

Fin juillet, c’est cette fois-ci de Cherbourg que Lady First III s’est élancée à l’assaut de la Manche dans des conditions toniques. Elle bouclera le parcours en seulement treize heures de course et sur la 3e marche du podium !

Après ces brillants résultats d’avant-saison, l’équipage entendait bien signaler sa présence sur cette quarante-neuvième édition de la régate du RORC. Emmené par trois figaristes émérites, Jean-Paul Mouren, Xavier Macaire et Ronan Treussart, il avait rodé ses manœuvres et son organisation. En tout, quatorze personnes, dont Jean-Pierre DREAU, se lancèrent dans la course dans des conditions pour le moins inhabituelles.

Il convient de souligner que cette édition de la Fastnet Race était hors norme à plusieurs égards. Tout d’abord, c’était la première fois que l’arrivée avait lieu en France, à Cherbourg, avec pour conséquence une rallonge de parcours de près de 150 miles. Ensuite, la crise sanitaire a une nouvelle fois perturbé le fonctionnement normal de nos régates préférées. Ainsi, les équipages engagés ont convoyé les bateaux la veille de la course. Ils ont finalement passé une nuit au mouillage à l’entrée d’un Solent déjà bien animé par un vent de sud-ouest et de la pluie.

L’atypie de cette édition trouva alors son paroxysme dans un départ de course dantesque. Quel départ ! Plus de 30 nœuds de vent et de la pluie dans un Solent bondé et chahuté par une mer croisée. Les 400 bateaux au départ s’élancèrent vents contre courant dans un véritable « chantier », encore  plus  impressionnant  que  d’habitude,  mettant  les  équipages  sous  pression  dès  les premières minutes de la régate. Ce début de course musclé n’était pas pour effrayer nos valeureux navigateurs bien préparés qui traversèrent sans difficulté majeure cette première étape.

Lady First III sortit « en un seul morceau » et en bonne position pour attaquer la longue remontée au près vers le phare du Fastnet. L’élégante, mais tempétueuse Lady pût faire parler le potentiel de sa carène et de ses nouveaux appendices sur ce parcours essentiellement au près. Grâce au travail de toute l’équipe, bien amarinée par les compétitions et entrainements d’avant- saison, et à une organisation de quarts efficiente, Lady First III a basculé au phare du Fastnet en très belle place.

Malgré plusieurs avaries à bord toutes surmontées — dont notamment un problème de hook de grand-voile l’obligeant à naviguer avec un ris pendant toute la course — l’équipage conservera son avantage et arrivera à Cherbourg avec les honneurs ! Quelles que soient les conditions à bord du bateau phocéen, on prend le temps de vivre. Concentré sur l’objectif, l’équipage n’en oublie pas pour autant le plaisir et l’heure anglaise ! C’est ainsi que nos courageux équipiers mangèrent tous les matins leurs œufs-bacon au petit-déjeuner. Peut- être bien une source de leur réussite (mais, ne le répétez pas, c’est un secret bien gardé !)

Sur cette édition 2021, Lady First III a réalisé une course pleine, restant aux avant-postes dans sa catégorie tout au long du parcours de 750 milles entre Cowes et Cherbourg. Le Mylius 60 prendra la quatrième place de sa catégorie, tout près du podium, et la onzième place du classement  général  toutes  catégories.  Grâce  à  ces  résultats,  l’équipage  signe la  meilleure performance française de cette année ! De quoi rendre fiers les équipiers et leur capitaine Jean- Pierre en récompense du travail consciencieux mené depuis la mise à l’eau en 2018.

Après cette saison estivale en Manche, la Lady a retrouvé la cité phocéenne pour les régates de rentrée. Elle s’est distinguée dès la mi-septembre par une seconde place remarquée sur la plus grande régate corporative d’Europe : la Juris’cup ! Toutefois, l’équipage ne se contente pas des résultats passés et se projette d’ores et déjà sur la saison 2022 avec un programme bien rempli. En effet, Lady First III s’alignera au départ de la Transat du RORC en janvier 2022 puis participera à la reconnue Caribbean 600 avant de revenir au printemps pour un programme méditerranéen placé comme toujours sous le signe de la performance et de la convivialité.

Par Amandine Deslandes – Directeur associé – MARSAIL

Chloé Terracol

Chargée de communication

MARSAIL | Sport – Évènementiel – Formation

Rolex Fastnet Race 2021 : Une édition particulière pour Sun Hill III et son équipage

Retour sur la dernière édition de la Rolex Fastnet Race à travers le récit de François Charles, membre de l’UNCL et qui revient pour nous sur cette édition si particulière et unique à bord de son voilier Sun Hill III.

Cette édition de la Rolex Fastnet Race était particulière pour Sun Hill III et son équipage. Comme tous les deux ans, l’aventure a commencé par l’inscription en janvier. Désormais habitué aux rouages du RORC (Royal Ocean Racing Club, organisateur de la course), François était devant son ordinateur prêt à cliquer et nous étions inscrits dans les 40 premières secondes, afin d’être sûrs de pouvoir faire cette course, qui se joue à guichets fermés tous les deux ans. Une première victoire.

Comme d’habitude, la saison Fastnet est une saison au programme riche en navigations, rien que pour pouvoir satisfaire aux exigences de qualification.

Pourtant, en 2021, ce fut bien différent. Les premières courses de la saison ont été annulées ou reportées en France. Participer au championnat du RORC était impossible au printemps pour les français, à cause des précautions sanitaires.

Si bien que Sun Hill III a pris son premier départ de régate de la saison en juillet, lors de la Cowes-Dinard. Avec toutes ces contraintes, nous n’avons pas pu, comme à l’accoutumée, tester différentes configurations d’équipage.

C’est donc en formation réduite que nous nous lançons sur cette édition avec à bord François Charles (barre, tactique, navigation), Jean-Gabriel Jourdan (N°1, réglages, barre), Olivier Leroux (barre, réglages navigation) et Jordan Ropars (réglages, intendance, barre, apnée).

Dimanche 8 août, c’est le jour J. L’équipage de Sun Hill III est prêt. Le bateau est rangé prêt à affronter une mer dure et des rafales de vent à plus de 35 nœuds.

À cause du mauvais temps, l’ordre des départs a été modifié. Les bateaux géants de l’IRC 0 et IRC 1 partiront avant les IRC 4 afin d’ éviter les collisions.

Notre départ, celui des IRC 4, est à 12h10, heure locale. Nous partons plutôt milieu de ligne, assez prudemment, avec deux ris dans la Grand-Voile et J3.

François ne juge pas opportun d’aller au contact des autres concurrents dans ces conditions. Après quelques minutes et déjà quelques virements l’équipage se sent plus à l’aise. Notre barreur/tacticien commence à retrouver ses marques et décide d’aller chercher les effets de côte le long de l’île de Wight, tout en conservant les effets du courant. Ça y est notre équipage est dans le match, nous recroisons avec les premiers du groupe. C’est parti pour 20 heures de près dans des conditions soutenues.

Passé les Needles, nous partons pour un long bord de près, tribord amure, avec les vagues de face. Nous faisons quelques sauts qui font dire régulièrement à l’équipage : « le Dehler 33 est vraiment un bon bateau ».

Avec le courant favorable qui faiblit et une grosse partie de la flotte qui est à gauche du plan d’eau, la tactique est de virer pour s’abriter derrière Portland Bill.

Au bout de quelques heures, la mer se calme, le bateau glisse au près sur l’eau. C’est un moment de répit apprécié par l’équipage qui en profite pour manger, un petit peu, toujours au rappel.

Après une nuit à faire du près, nous approchons de Dartmouth. Le vent est instable en direction et en force, sous le vent de cette côte. Nous essayons de nous approcher au plus de Start Point pour rester à l’abri du courant. Au petit matin, le vent s’est vraiment calmé. Après avoir renvoyé un ris au passage de Portland Bill en début de nuit, puis le second ris au lever du jour, il est maintenant temps de passer sous J2 et de ranger le J3 (voiles d’avant).

Nous effectuons plusieurs virements le long de la côte, en compagnie du X332 vainqueur de la course. Nous ne sommes pas trop préoccupés, ce bateau nous doit du temps.

À la mi-journée, devant Plymouth, une rotation de vent est annoncée, avec un vent plus fort au large. Nous virons donc pour faire route au 200°. Lorsque nous touchons ce nouveau vent, nous reprenons notre route vers l’ouest.

Ce petit décalage nous a permis de bien reprendre l’avantage, et de retrouver, même à distance, le JPK 1010, Raphaël, alors en tête, qui fait une superbe course en double.

Le vent continue de mollir, nous passons sous J1, toujours au près. Nous longeons la côte, chaque bord à terre est un gain sur la concurrence. En début de nuit, nous arrivons au bout de la Cornouaille. Nous avons plutôt bien tiré notre épingle du jeu et sommes toujours dans le trio de tête.

Cependant, l’équipage est fatigué. Olivier barre dans le tout petit temps, en essayant de conserver un maximum de vitesse. Jean-Gabriel et Jordan se relaient pour les manœuvres, tandis que François essaye de trouver la meilleure route pour échapper à la pétole et contourner le DST sans perdre trop de terrain. Nos camarades s’échappent pourtant. Winsome , Gioia, Raphaël ont désormais plusieurs milles d’avance sur nous. Entre les îles Scilly et le phare du Fastnet, Jean-Gabriel, Jordan et Olivier barrent à tour de rôle.

François travaille la tactique et récupère un peu. Dans cette remontée vers le Fastnet, en fin de nuit, le vent s’est de nouveau renforcé et a bien tourné. Nous pouvons envoyer le code 5. Nous naviguons vite pendant deux heures, ce qui nous permet de revenir un peu sur les concurrents de devant.

En temps compensé, Raphaël et Gioia sont les deux premiers bateaux à passer le Fastnet en IRC 4. Nous sommes troisièmes.

Nous sommes ravis de notre place, à 52 minutes de la première place est à 53 secondes de la seconde place.

Nos concurrents d’IRC 4B ont entre 1h30 et deux heures de retard sur nous.

 

Nous attaquons la descente vers les Scilly, plus motivés que jamais, sous spi symétrique.

Le plan pour cette descente est d’aller dans l’Est, pour conserver du vent. Vent qui doit doucement mollir par l’ouest d’après nos fichiers météo. Nous empannons donc, dès le passage du DST. Notre objectif est de passer dans l’Est du DST des Scilly en finissant sous Code 5, puis J1.

La descente est rapide, et tout l’équipage arrive à se reposer. Ça fait du bien de naviguer à plat.

Malheureusement, le début de nuit va être moins paisible et rapide que cette excellente journée.

Une fois tous les spis rangés, le DST contourné à bonne vitesse. Nous apercevons une grande quantité de feux de navigation devant nous. Il s’agit en fait de plusieurs concurrents à la dérive. Il n’y a plus un souffle de vent et il est trop tard pour faire demi-tour.

Nous pénétrons donc, nous aussi, dans cette zone sans vent.

Nous ne savons absolument pas combien de temps cela va durer, le fichier météo annonce entre 8 et 12 nœuds de vent. Jordan et François décident d’aller dormir pour être le plus en forme possible dès le redémarrage du bateau.

Jean-Gabriel et Olivier vont passer entre 2h30 et 3 heures à la recherche du moindre filet d’air tout en voyant une quarantaine de bateaux nous passer devant.

C’est frustrant, au classement de 3h30, nous sommes toujours premier en IRC 4, mais nous savons que ça ne va pas durer. Les autres avancent à 6 nœuds dans le Sud.

Au petit matin un léger souffle de vent, nous permet de relancer le bateau. Nous sommes coincés entre le DST et les ilots des Scilly que nous n’avons pas le droit de traverser. Nous rasons le phare de Bishop Rock pour éviter

un virement supplémentaire et arrivons enfin à reprendre une route similaire à celle de nos concurrents. Il est 9h00, nous sommes neuvièmes au classement IRC 4.

Après longue réflexion, François décide d’aller chercher Aurigny. Nous faisons marcher le bateau sous spi, avec un petit recalage le long des côtes anglaises. Ça va vite, il y a une vingtaine de nœuds, nous arrivons à bien descendre et nous entamons notre remontée au classement général.

Il n’y a pas beaucoup d’options possibles entre les Scilly et l’atterrissage sur le DST des Casquets. Pour la toute fin du parcours, trois possibilités s’offrent à nous :

1)   passer au nord du DST des Casquets (favorable en cas de courant contraire).

2)   passer au nord d’Aurigny juste sous le DST (favorable si le courant est dans le bon sens)

3)   et enfin passer au nord de Guernesey et dans le sud d’Aurigny. C’est cette dernière option que nous choisissons.

En effet, le courant n’aura pas tout à fait renversé au nord d’Aurigny à notre arrivée, alors que dans le sud il sera favorable.

Nous longeons la côte sous spi et arrivons dans le raz Blanchard quasiment à l’étale.

Arrivés au niveau du phare de la Hague, nous profitons d’un courant favorable qui nous fait marcher à 10 nœuds. Nous filons vers la ligne d’arrivée, proches du X-332 brestois et du Sun Fast 37 irlandais.

Nous terminons au final troisième IRC 4 (72 inscrits), à 16 minutes et 55 secondes du premier est à 7 minutes et

12 secondes du second.

Nous sommes heureux d’avoir terminé notre troisième Fastnet sans encombre.

Nous n’aurions pas parié pouvoir revenir sur le podium après cet arrêt de presque trois heures aux Scilly. Bravo à nos concurrents et mention spéciale pour le bateau irlandais qui est venu nous féliciter, s’excusant d’avoir profité de notre arrêt ! Nous espérons les retrouver en 2023 pour rejouer le match 😉 .

Nous avons passé une petite semaine de régate intense et nous conservons le souvenir d’une course exigeante avec la difficulté de son parcours et de la météo.

Nous nous sommes énormément amusés tous les quatre, le quatuor a parfaitement fonctionné. Nous aurions pu partir pour un deuxième tour dans la foulée.

 

Nous sommes prêts pour 2023, et comme en 2019 nous serions partants pour laisser Sun Hill 3 se reposer, pour découvrir de nouvelles sensations et nous compliquer un peu la tâche avec un bateau un peu plus sportif.

*DST : Dispositif de Séparation du Trafic (zone interdite en régate)

Crédit photo : Paul Wyeth/RORC

Adeosys premier au phare du Fatsnet

Retour sur la dernière édition de la Rolex Fastnet Race à travers le récit de Ludovic Menahes, membre de l’UNCL et qui revient pour nous sur cette édition si particulière et unique à bord de son voilier Adeosys .

Départ, le dimanche 8 août de Cowes. Pour le Fastnet. La course au large, la plus ancienne et réputée la plus dure. (elle va être à la hauteur de ce que l’on en dit).
Groupe IRC 4 et Double.

C’est notre première Fastnet en duo et la mise en jambe est de taille. Les premières 24h s’annoncent salées….. 30 nœuds, une mer cassante,… bref, on part à 10h du ponton avec un gros repas dans le ventre car on ne va pas manger correctement pendant ces 24h.

Départ 12h, dans le Solent (baie sud Angleterre), en retard sur la ligne, mal positionnés, à cause d’un problème d’accroche de notre voile d’avant. Nous sommes sous solent et GV 1 ris (28 nœuds, rafales à 32). Certains ont pris 2 Ris, d’autres ont aussi mis leur ORC (toute petite voile d’avant). Ce n’est pas si grave, avec un bon travail, on arrive à sortir des Needles, avec la tête de notre flotte,

Puis, nous voici en manche, 3h que nous sommes partis, nous sommes trempés de la tête au pied… Première rotation de vent, on prend et on part vers les côtes anglaises pour se protéger du courant de face qui va arriver. Cela va être de la survie, toute la nuit. Au près, dans 30 nœuds. Le bateau va bien, va vite, (mais le pilote ne peut faire un travail correct), on va se relayer toutes les 2h à la barre, harnachés au bateau.

Dans la matinée, du 2ème jour, moins de vent, la mer s’aplatie un peu, on prend enfin le temps de respirer. On refait un point météo. On regarde, autour de nous, Léon (JPK 10.30) est juste devant et Aileau (une 1ère pour nous le JPK 10.80 est derrière). On a du réseau, on regarde notre position, nous sommes 1er IRC 4 et 2ème IRC Double. C’est réconfortant, on oublierait presque que l’on est trempés de la tête aux pieds. Dans la journée, nous nous sauvons avec le groupe de bateau IRC 3 (la taille au dessus…).

Puis, la 2ème nuit, c’est la négociation du passage des iles Scilly. Compliqué, le vent tombe vers minuit. Nous sommes encore le long des côtes, mais il faut descendre pour passer entre les 2 DST … guerre des nerfs, 2h sans vent… on voit certains bateaux repartir, puis s’arrêter. On va finalement sortir très bien à nouveau de ce passage.

Au petit matin, du 2ème jour, nous sommes dans la traversée de la mer Celtique, à naviguer avec des JPK 10.80, 10.30, SF 3600, voire même plus grand… bref pas avec les bateaux de notre groupe. Le vent s’oriente petit à petit, ce qui nous permet d’envoyer notre Code 0 sans câble Technique Voile #Laballe, les autres suivent, puis le vent forcit mais on ne veut pas les lâcher, alors « ils ont des ballast (lest rempli d’eau) et bien nous on va prendre un Ris ». 100 miles plus loin, à 4h du matin, à part un ou 2, nous les avons tous tenu. Rincés, à la limite du rouge, nous prenons notre position au passage du Fastnet. Toujours 2ème IRC Double, 1er IRC 4 en réel et compensé avec presque 1h d’avance sur le second et 30 milles d’avance sur le futur vainqueur.

C’est top (on aurait bien voulu voir le phare, tout de même !), mais la descente va être compliquée, moins d’air que nos poursuivants, ils vont grapiller tout le temps des milles. On sait déjà qu’il va nous falloir de la chance pour garder notre position, car cela part par devant et revient par derrière et nous nous sommes au milieu. Bref au milieu de 2 systèmes météo !

Retour et descente vers les iles Scilly, le 3ème jour. Super confortable sous grand Spi, enfin le bateau est à plat. On sera à une moyenne de 8 nœuds quand derrière, c’est du 10-12 nœuds…

Arrivée au milieu des DST et des Scilly, au matin du 4ème jour, on reprend notre position, nous sommes passés 3ème IRC Double et toujours 1er IRC 4, mais les bateaux se rapprochent. A la sortie des Scilly, les gros IRC double sont passés, la porte se referme pour nous. On va passer des heures à attendre du vent… et derrière, cela revient, revient… Puis on repart, mais pour aller à Cherbourg, nous n’avons plus d’autre choix que de faire du sud et de rallonger la route.

Au petit du matin du 4ème jour, nous sommes toujours avec les bateaux du groupe supérieur IRC3, que nous avons tenu tout le long, mais pour la première fois, on voit des bateaux de notre groupe, en visu… On comprend que c’est fait, nous sommes récupérés et c’est perdu. Nous ne sommes même plus 1er en réel (mais 4ième). Ils ont eu un vent différent, ils ont fait route directe alors que nous nous avons parcouru beaucoup plus de route dans cette derrière descente..

Un peu touché au moral, on se reprend et on va cravacher toute cette dernière matinée pour reprendre notre place de 1er en réel. Une bonne négociation des divers courants, le long du DST des Casquets, d’Origni, du Raz Blanchard, et au passage de la Hague, nous avons repris notre position de leader en temps réel. Un petit soulagement !

Pour les classements :

  • 116ème en temps et 30ème en temps compensé sur 314 bateaux. (9ème au Fastnet toutes classes confondues)
  • 5ème en IRC Double sur 59 bateaux (2ème au Fastnet)
  • 8ème en IRC 4 sur 70 bateaux (1er au Fastnet)

Félicitations à Trading Advices.com , nos amis brestois, venus pour gagner, qui au passage du Fastnet, se sont dit, c’est fini Adeosys a gagné (plus de 5h d’avance), mais n’ont rien lâché, grapillé miles par miles pour finir 15 minutes derrière nous.

Petites anecdotes :

  • La 1ère nuit, j’ai volé de la table à carte sur la cuisine. Bobo à la tête, du sang partout…
  • Empannage avec le stick (pièce qui permet de tenir la barre), qui se désolidarise. Un peu déconcertant lors de la manœuvre.
  • Pour sa seconde participation, David n’a encore pas pu voir le Rocher du Fastnet, peut-être que pour gagner, il faut le voir ?

Au final, le Fastnet aura confirmé que c’est une course dure. On s’est même dit avec David, jamais on ne revient en double sur un si petit bateau… Mais le JPK10.10 est vraiment un très bon bateau de près dans la brise, la piaule…. On reste sur notre faim, étant passé tout proche de le gagner. On va donc revenir !

Suivez les courses au large du Team Adeosys : https://www.adeosys-courseaularge.fr/courses/fastnet-race-notre-course/

SNA-Numerobis remporte la première étape de la Transquadra 2021 !

Retour sur la première étape de la Transquadra 2021 à travers le récit de Jean Passini, membre de l’UNCL et qui revient pour nous sur cette première étape.

Enfin , le départ de la Transquadra est proche ! Voilà près de deux ans que Dominique et moi nous préparons !

Issus de la régate et course au large en IRC équipage, nous avons eu le plaisir de rentrer dans le cercle de l’IRC double en préparation pour la Cap Martinique et la Transquadra . Quelle ambiance ! et quel plaisir. Nos entrainements intensifs nous ont permis de bien progresser, de mieux connaître notre bateau et faire les choix judicieux. Notre JPK 1010 , Numerobis, sponsorisés par SNA et d’autres acteurs de l’enveloppe du bâtiment nous donne satisfaction et nous permet même de remporter la Gascogne 45/5 au départ de La Rochelle début Juin.

C’est donc, confiant, que l’on prend le départ à Lorient, le 18 Aout après avoir dit au revoir à nos amis, nos collègues et nos familles venus très nombreux nous voir et nous accompagner.

Dans ce contexte, nous prenons un bon départ avec 12 N de vent de Nord-Ouest pour tirer des bords jusqu’à Pen Men en se livrant à une bagarre intense et passionnante entourés de bateaux plutôt plus gros que nous. La mer est plate et c’est un plaisir de glisser ainsi avec quelques bords contre la côte de Groix absolument magnifique. Dopés par ce beau début de course, nous restons concentrés car après Pen Men nous abattons et nous savons que les plus gros ratings vont nous rattraper prochainement.

Depuis plusieurs jours sur les pontons les navigateurs se posent la question de la route à choisir en raison d’un anticyclone prolongé d’une dorsale très présente dans le Golfe de Gascogne. Nous nous sommes fait notre idée mais cela reste compliqué. Il ne fait pas chaud, le temps est gris mais le vent est modéré. On s’accroche on guette les bascules pour optimiser les changements de voiles éventuels ! L’ensemble de la route jusqu’au cap Finistère se fait au près et nous aurons fait partie de ceux qui sont restés assez modérés dans leur choix. Ne pas aller trop au Nord-Ouest comme certains et ne pas nous rapprocher du centre de la dorsale nous permet de garder une vitesse raisonnable la plupart du temps. En effet, après 24h de course les gros ratings solos dont certains sont donnés favoris sont derrières. Maintenant il faut franchir le front avec des rafales à 27 N et une mer extrêmement désordonnée. Quelques heures difficiles à entendre le bateau chuter entre les vagues !  Puis le vent modéré revient, et il faut aller vite vers l’ouest sous code zéro ou A5 pour toucher la bascule de Nord-Ouest et enfin commencer à glisser. On passe de longs moments bord à bord avec des collègues que l’on apprend à connaître en VHF. On croise des cargos, des dauphins et même des baleines.

Un peu plus de trois jours sont nécessaires pour atteindre le DST du Cap Finistère !

 

 

Les jours commencent à s’enchaîner, et les routines, barre, réglages, navigation, météo, récupération des positions des concurrents, se mettent en place. Il faut aussi dormir et s’alimenter correctement. Jusque-là nous sommes dans des eaux connues, nous savons bien que c’est un rodage pour la seconde étape qui représentera une véritable nouveauté par rapport à notre expérience à tous les deux.

Après le DST, le soleil est là et nous envoyons le Spi, comme plusieurs bateaux autour de nous.

Quelques empennages puis on repart tribord amure direction Madère. Le vent monte, le bateau accélère, on ne lâche plus la barre tant les surfs sont excitants ! La nuit arrive, quelques nuages sont menaçants, on choisit la garde-robe adaptée et c’est parti. La mer est d’un bleu majestueux, c’est le large que l’on aime. On fera 234 Milles en 24 h ! c’est incroyable et nous sommes bien placés. Les plus gros n’ont pas fait la différence exigée par leur rating dans le golfe de Gascogne, mais maintenant ils lâchent les chevaux et ça va être autre chose.

Trois journées et demies bord à bord avec plusieurs Solo, que nous admirons, permettront de rejoindre Madère.

Sous spi non-stop, nos efforts pour isoler le fessier des vagues qui envahissent le pont sont vains ! Nous créons dans notre imaginaire, l’association des C… mouillés ! On barre debout pour sécher.  La nuque tournée vers la droite depuis trois jours, nous préparons l’approche de Madère et le dévent des iles. C’est notre première arrivée dans l’archipel ! Notre trajectoire est bonne, rectiligne, et le refus de fin de parcours ne nous gêne pas. Nous avons à peine le temps de calculer les temps des autres et comme de toute façon on ne sait pas à quelle vitesse nous ferons les derniers milles, il est inutile de faire des prévisions trop optimistes !

Hop ! encore un peu de sommeil avant l’arrivée, pour être en mesure de prendre les bonnes décisions. On passe entre Porto Santo et Madère , le vent reste soutenu, on a bien fait de changer de spi cette après-midi. On contourne la pointe Est pour passer la ligne au près à 04h30 devant Quinta de Lorde ! On apprend par nos familles à terre qu’à priori on est premier, mais c’est à l’arrivée de USHIP le Sun Fast 3200 de notre ami qui nous talonne depuis 3 jours que nous en avons la confirmation.

Accueillis généreusement par « les Rouges » et leur président, je suis personnellement touché de serrer la main de Franck que je connais depuis l’adolescence. Dominique et moi retrouvons avec joie nos familles pour partager ce magnifique dénouement  avec nos proches !

Peu de temps séparent les trois premiers ! Tout reste à faire dans la seconde étape. La polyvalence de notre JPK 1010 a été précieuse ainsi que cette longue préparation à deux sur ce bateau que nous avons acheté ensemble pour ce projet. C’est certainement l’une des clés de notre résultat !

Ce n’est que le début ! on a bien navigué et on s’est fait de bons amis parmi les concurrents ! Vivement la suite !

Transquadra 2021 : https://www.transquadra.com/

Dominique et Jean s’engagent dans la Transquadra 2021/2022

LA SOLITAIRE ET SES DURES LOIS D’APPRENTISSAGE

Membre de l’UNCL, Philippe Hartz, Commando  Marine, est le premier Marin à être parrainé par la Marine Nationale depuis Eric Tabarly !  Il s’est lancé dans la Solitaire du Figaro, et nous raconte sa première expérience :

Je viens tout juste de terminer ma première Solitaire du Figaro, et en même temps ma saison en Solo sur ce prestigieux circuit !

Ceux qui nous ont accompagné au large, via la cartographie, sur cette 52e édition de la plus ancienne course française en Solo ,comprendront que je puisse être déçu de mon classement général !

Depart de la 3eme etape de la Solitaire du Figaro 2021 entre Fecamp et la Baie de Morlaix – Fecamp le 05/09/2021

Mais, malgré une arrivée tardive dans la saison et un manque manifeste d’entrainement, j’ai réussi à élever mon niveau à chaque course. Et ce, particulièrement durant la Solitaire, où j’ai su affirmer ma légitimité en milieu de flotte, ce qui est encourageant pour un Bizuth (1re participation à la Solitaire).

Mais cette prise de confiance légitime décelait un piège que je savais dangereux : l’excès de confiance !

En effet, galvanisé par plusieurs options payantes sur les 3 premières étapes et la 1re moitié de la 4e, j’ai eu l’inconscience de m’écarter de la flotte, alors même que je n’étais pas en confiance sur mon schéma météo. Je me suis alors retrouvé « enpétolé » avec quelques Bizuths aux abords de Ouessant, avec un très douloureux pointage à 25 Nq du premier à 04h00,  et un fatal pointage à 83 Nq à 15h00, alors que la flotte était proches de l’arrivée. Cela s’est conclu par un retard sur la tête de course de plus de 17 heures sur cette étape, alors que la flotte arrive en général en moins de 3 heures… Voilà l’écart que peut générer en peu de temps, la mauvaise gestion d’une dorsale anticyclonique.

J’aurais aimé rendre une meilleure copie que cette 30e place (34 engagés) à mes partenaires, mes mécènes, ainsi qu’à tous ceux qui m’ont soutenu depuis ces premiers bords au large. Ainsi va la loi du sport et d’une course au temps. Je me rassure en me disant que certains des plus grands noms de la voile contemporaine et des (multi)vainqueurs de la Solitaire se sont eux aussi parfois « cassé les dents » lors de leur baptême du feu dans cette course !

J’aurai au moins appris dans la douleur, même si je me doutais déjà que l’état de l’art dans cet exercice se situe entre :

– savoir être « conservateur » et rester avec la flotte lorsqu’on est dans le doute.

– avoir le courage de prendre des risques mesurés pour attaquer sur certaines options tactiques/stratégiques… Puis savoir revenir les « encaisser » dès que possible, lorsque celles-ci semblent payantes.

Je retiens cependant de nombreux points positifs sur cette 1ère saison Figaro : A commencer par le soutien venu de tous les horizons que mon projet Figaro MARINE NATIONALE – FONDATION DE LA MER a généré. D’innombrables marins et inconnus m’ont envoyé des messages d’encouragement, et ont trouvé du sens à mes courses. J’ai aussi beaucoup entendu : « Ahhh, la Marine Nationale est de retour dans la course ». Cet engouement m’a vraiment fait chaud au cœur. Je remercie mes sponsors TECHNICATOME, HYDROPTION, PRELIGENS et l’ACEF qui ont eu l’audace d’embarquer avec moi, alors que j’avais peu navigué à la voile depuis 17 ans.

Mes expériences capitalisées au sein de la Marine Nationale m’ont été précieuses pour mener à bien cette saison, et la rigueur acquise m’a permis de terminer la saison avec un bateau dans un état parfait !

La gestion de la fatigue et du sommeil notamment, ne s’est vraiment pas révélée être un problème pour moi !

Je croyais déjà être un bon marin en rejoignant l’équipage de la Marine Nationale ! Mais cet engagement a remis en question mes certitudes ! Un exemple qui m’avait marqué dans mes premières années de service : Je ne savais pas ce qu’était un AVURNAV, après avoir navigué durant 15 ans en voile légère et habitable. Je me suis alors rendu compte que j’étais un bon « voileux », mais que j’avais encore beaucoup à apprendre pour faire un marin complet.

Je suis venu naviguer sur un circuit professionnel exigeant ,où chaque erreur se paye au prix fort. Cela impose à tout skipper de travailler sur ses points faibles, tout en capitalisant sur ses points forts.

C’est donc aujourd’hui que se gagnent les Solitaires du Figaro de demain ! C’est à celui qui saura mieux organiser son temps avec ses contraintes propres.

L’arrière/avant saison va être rythmée pour parfaire mon entrainement, gérer mes différents engagements. Bonus, organiser un évènement au profit des pupilles et blessés au service de la Nation. Pour cet évènement, j’aurai besoin du soutien d’un maximum de coureurs au large.

J’invite chaleureusement tous les skippers qui souhaitent en apprendre beaucoup sur eux même, à venir tenter l’aventure de la Solitaire du Figaro !  A cœur vaillant rien d’impossible ! … Et suffisamment de bateaux attendent leurs skippers pour prendre la mer pour que nous soyons 50 au départ des prochaines Solitaire…

Qui osera relever le défi ?

Philippe HARTZ, Membre de l’UNCL et Skipper du Figaro « MARINE NATIONALE – FONDATION DE LA MER »

Solitaire du Figaro 2021 : http://www.lasolitaire.com/

Philippe Hartz – Solitaire du Figaro 2021 – Membre de l’UNCL

Crédit photo : R.Gergaud.j

L’UNCL A 50 ANS !

Séparé en 1913 du Yacht Club de France, présidé alors par le Commandant Charcot, l’UNC, Union Nationale des Croiseurs, fusionna avec le GCL, Groupement des Croiseurs Légers, en 1971, donnant naissance à l’UNCL, sous la présidence de Robert Degain.

L’UNCL a été au cœur de la course au large moderne, acteur dès l’origine de la Route du Rhum et du Vendée Globe, club du défi Français pour la Coupe de l’America, organisateur des jauges CHS puis IRC et des championnats annuels, partenaire des plus grands clubs français ou européens. Ses membres écument avec succès courses et régates, en Méditerranée comme en Manche et Atlantique.

Son ancien président (2000-2003), Philippe SERENON, membre du club depuis 44 ans a pris l’initiative de faire un livre pour célébrer cet anniversaire au terme de quatre ans de recherche historique et iconographique.

Aquarelle – Marc P. G. Berthier – L’aquarelle ci-dessus est la couverture du livre. Elle a été réalisée par Marc P. G. Berthier, peintre de la Marine, et représente cinq bateaux qui ont appartenu à d’éminents membres du club. Ils ont contribué à forger l’histoire de l’UNCL devant le rocher du Fastnet que tous ont viré en course. Par ordre chronologique : Pen Duick d’É. Tabarly, Esprit de Rueil d’A. Viant, Révolution de J.-L. Fabry, Diva de B. Moureau et Custo Pol de G. Trentesaux.

Ce livre, partiellement autobiographique, situe l’UNCL dans la grande histoire de la course au large. Il permet de comprendre à travers le regard personnel de l’auteur, comment ce club a été, depuis son origine, le moteur de la course au large, en France et au-delà. Les nombreuses photographies et dessins qui illustrent ce livre, rendent hommage aux clubs, aux bateaux mythiques, ainsi qu’à leurs architectes, propriétaires et équipages qui sont au cœur de l’histoire de la course au large. Il propose de découvrir ou redécouvrir ce sport protéiforme, qui passionne le public à travers ses grands évènements – notamment le Vendée Globe, la Route du Rhum ou la Coupe de l’America –, et rassemble sur l’eau amateurs et professionnels tout au long de l’année, de régates en courses au large.

La naissance de la photographie étant contemporaine de celle du yachting, l’auteur rend hommage aux photographes dont les images sont indispensables à faire partager l’expérience vécue par les coureurs dont l’activité se déroule loin des yeux du public.

L’approche de l’auteur, ni historien ni journaliste, ne prétend être ni exhaustive ni objective mais simplement l’expression de sa passion, intriquant ses souvenirs, anecdotes, points de vue et opinions, avec l’histoire de l’UNCL telle qu’il l’a vécue.

Le dernier chapitre propose une réflexion sur les enjeux actuels et à venir de la course au large, poursuivant un débat largement partagé.

Le livre s’adresse à un large public mais les navigateurs avertis y trouveront surement des informations nouvelles qui leur permettront d’affiner leur vision holistique de la course au large. Il sera disponible au Nautic de Paris mais est vendu dès maintenant par souscription sur le site du club www.uncl.com et fera probablement un excellent cadeau de Noël.

  • Prix : 35 €, 180 pages, 140 illustrations. Souscription sur le site www.uncl.com

Une exposition photographique est en projet au Nautic de Paris (4-12 décembre 2021) et l’UNCL célébrera ses 50 ans lors de son dîner annuel le 11 décembre dans les locaux de l’Aéroclub à Paris.

 

RETOUR SUR LA GIRAGLIA 2021 ET LES PERSPECTIVES DE JIVARO SAILING TEAM 2022

Par Philippe Serenon

La 68e édition de la Rolex Giraglia, épreuve incontournable au large de la Méditerranée, qui s’est déroulée cette année dans un cadre « tout italien » inédit a ravis les nombreux participants. Ils se souviendront de l’enthousiasme d’une semaine spectaculaire, culminant avec une course au large qui a récompensé les plus petits voiliers, mais qui a procuré de grandes sensations à tous. Cette édition a impliquée et fédéré 33 nations différentes. Retour sur cette première régate offshore de l’année, épreuve inscrite au Championnat UNCL 2021 Méditerranée à bord de Jivaro.

UNCL : Yves, cette Giraglia était particulière car la 1ère offshore après les divers confinements ; quel sentiment  as-tu ressenti avec l’équipage ?

Yves : Un merveilleux sentiment de renaissance ! Et aussi je dois dire, de gratitude pour les italiens qui nous ont permis de recommencer à naviguer en équipage en toute sécurité. Çà ne s’est pas fait bien sûr sans contraintes. Mais le Yacht Club Italiano a parfaitement organisé les contrôles et procédures nécessaires non seulement pour le respect des règles imposées par l’Italie mais aussi pour rassurer tous les participants. Chaque équipage a pu être assisté et conseillé. Les courses côtières traditionnelles à Saint Tropez ont été annulées et remplacées par une première course offshore, de Saint Tropez à San Remo pour les uns, et de Gènes à San Remo pour les autres. Un thermomètre sans contact nous a été offert à Saint-Tropez pour les contrôles quotidiens de température. A l’arrivée à San Remo, des tests PCR anti-géniques étaient organisés gracieusement pour tous les équipiers. Si bien que le séjour à San Remo s’est passé sans arrières pensées ni craintes inutiles. Bien sûr aussi il n’y a pas eu de grande fête à terre, rassemblant tous les équipages. Mais en remplacement chaque équipage a reçu directement à son bord de généreux et succulents plateaux repas, de l’apéritif aux fruits de mer. Le tout arrosé de prosecco et autre vins. Il y avait de l’ambiance dans le port ! Et en plus les bars de la ville étaient ouverts pour l’after … on pouvait néanmoins observer que tout le monde se pliait aux règles de port du masque et de distances. Et ce fut donc un franc succès: 138 partants toutes classes confondues ! De quoi oublier la morosité générale régnant de ce côté ci de la frontière …

UNCL : Peux-tu nous parler de la météo que vous avez eu ?

Yves : Une météo très clémente! Trop calme même pour la course de Saint-Tropez à San Remo. Il nous a fallu plus de 20 heures pour parcourir seulement 62 milles ! Sur 33 partants IRC + ORC, 17 n’ont pu franchir la ligne d’arrivée avant l’heure limite. Et c’était pire pour l’autre course de ralliement, de Gènes à San Remo: 4 arrivées seulement sur 50 partants. Autant dire que nous étions inquiets pour la Giraglia elle-même. Eh bien non. Contrairement à nos craintes nous avons toujours eu du vent. Nous n’avons mis « que » 40 heures et 40 mn pour les 242 milles du parcours soit presque 6nds de moyenne. Le départ s’est fait Mercredi 16 Juin à midi au portant, dans 15nds de NE et vu l’heure et l’évolution dans l’heure précédent le départ nous avons pensé qu’il y avait un renforcement thermique du flux de NE annoncé plus faible. Sur l’eau le vent a faibli dès 14h après avoir doublé la marque de Vintimille, et dans l’après-midi il a continué à faiblir en se rapprochant de la marque d’Agay. Nous l’avons enroulée peu avant minuit dans un NE toujours présent, à un petit 10nds. Les fichiers météo nous disaient que ce flux venait de l’Est Corse où il était carrément Sud, et s’enroulait autour du Cap Corse pour faire une large courbure à gauche, jusqu’au NE, en laissant sur sa gauche une large zone de calmes. Notre approche du Cap Corse s’est donc faite par le NW et a bien validé ce système. Nous sommes allés chercher cette veine venant de l’Est Corse, à 20-25 nds de SE. Au près dans la brise, allure qui sied bien au J133. En approchant de la Giraglia le vent s’est bien renforcé avec des rafales à 30 nds. Un beau départ au tas d’un Solaris 47 ayant juste doublé le rocher, barres de flèches dans l’eau et se relevant spi en lambeaux, a d’ailleurs un peu refroidi l’équipage qui a demandé à temporiser … Mais l’A2 était en l’air 10mn après avoir viré et nous avons avalé les milles en route directe, avec de très beaux surfs. Assez rapidement et comme attendu, le vent a refusé et nous avons continué sous jib-top et trinquette. Pour finir sous J1 en deuxième partie de nuit du deuxième jour, à l’approche de l’arrivée où les perturbations dues à la côte ont amené un vent plus faible et de grosses bascules.

UNCL : Quels ont été vos choix tactiques ?

Yves : Côté stratégie, comme toujours en Méditerranée, il fallait se creuser la cervelle pour essayer de comprendre ce qui se passait et faire les bons choix. C’est la magie de ce terrain de jeu: les fichiers météo donnent des tendances, mais ils ne sont jamais très fiables. Les systèmes généraux que l’on connait en Atlantique sont ici toujours éparpillés façon puzzle du fait de la présence des terres, et aussi des variations de température. Dans le détail il peut y avoir beaucoup de variations, et d’écarts avec les GRIBs même récents. Il faut parvenir à se forger une compréhension des forces en présence pour ensuite à l’aide des observations sur l’eau, imaginer les évolutions possibles. La première clé était la bonne prise en compte du flux général de NE. Ensuite les effets thermiques et la proximité des côtes étaient très importants. Après le départ nous avons cru à un effet thermique prédominant et nous nous sommes donc laissés tenter après la bouée de Vintimille par une route sous la flotte, qui nous permettait de porter le spi plus longtemps, et nous rapprochait de la côte. Sur un plan tactique, nous restions aussi au contact de quelques concurrents du coin. Grosse erreur ! Le vent était beaucoup plus faible en approchant de la côte. Nous avons perdu beaucoup de terrain. Si bien qu’après avoir viré la marque suivante, à Agay, nous avions une telle envie de nous refaire que nous avons très rapidement fait un contre-bord tous seuls ou presque, vers le N, pour nous éloigner des calmes du centre de rotation du flux venant de l’Est Corse, avant le refus attendu. Et … le refus s’est fait attendre! Si bien que nous avons à nouveau tenté un contre-bord le lendemain en fin de matinée. Lequel a amené pas mal de discussions à bord vu que ce n’était pas vraiment le bord rapprochant. Je pense que l’écart avec la situation prévue était dû au réchauffement dans la matinée. Nous nous sommes mis d’accord sur une tactique de « trial and error » pour la suite: continuer plein Est tant que la vitesse du vent ne baissait pas. Avec çà nous avons effectivement fini par les trouver les calmes ! Nous sommes rentrés dedans si rapidement que malgré notre vigilance il nous a fallu une bonne vingtaine de minutes pour nous en extirper. Mais avec ces deux contre-bords nous étions très bien positionnés par rapport à la flotte. Je pense que nous avons très bien négocié cette phase critique de la course. Ensuite, ayant pu recaler notre compréhension nous avons poursuivi la stratégie d’approche de la Giraglia, jusqu’au louvoyage final dans 20-25 nds de SE et quelques pieux. La remontée vers Gènes s’est déroulée sans autre surprise que l’influence difficile à anticiper des vents de terre en approchant la ligne d’arrivée.

UNCL : 7ème au général est un très beau résultat. Que vous a-t-il manqué d’après toi pour gagner ?

Yves : Surtout je pense, plus de lucidité entre Vintimille et Agay où nous nous sommes positionnés à terre alors que çà passait clairement au large. Le pire c’est que nous nous sommes enferrés dans notre choix. Lorsque nous avons voulu réagir il était trop tard. Çà me rappelle le dernier Fastnet de JIVARO, en 2019 … Heureusement cette fois-ci contrairement au Fastnet 2019 il avait une belle remise en jeu à saisir dans la traversée d’Agay au Cap Corse. Et nous l’avons clairement saisie, mis à part le second contre-bord. Après … oui, je pense qu’avec une meilleur trajectoire entre Vintimille et Agay nous aurions pu être sur le podium. Mais les deux premiers IMAGINE (GTS 43 de Gilles Argelies) et TEVERE (First 40 de Gianrocco Catalano) sont plus de 2 heures devant nous … j’ai un peu de mal à trouver deux heures dans nos erreurs. Je serais curieux de refaire la course avec eux ! Et aussi avec le 3ème qui étant classé uniquement avec les doubles, ne figure pas au classement général: l’excellent JUBILEE (J109), mené par Gerald Boess et Jonathan Bordas. Bravo à tous les trois !
 

UNCL : Le bruit court que c’est ta dernière saison avec Jivaro. Est-ce exact ? As-tu un projet à suivre ?

Yves : Eh oui, effectivement. J’ai fini par me décider à changer de bateau. Çà m’a pris plusieurs années, tant je suis et reste emballé par les performances et le confort du J133. J’ai dû naviguer pas loin de 50000 milles avec ce bateau en quinze ans, mélangeant harmonieusement courses et croisières en famille … Et il est plus performant que jamais – ce n’est pas qu’un effet d’allégeance d’âge: je me réfère à la vitesse sur l’eau tout simplement ! Nous avons fait un long chemin d’apprentissage et d’optimisation. Toute la famille et les nombreux équipiers qui m’ont accompagné dans ces aventures sont très attachés à JIVARO. Mais il faut savoir se remettre en cause, pour renouveler ses expériences, pour ouvrir le champ des possibles et aborder de nouveaux projets, avant qu’il ne soit trop tard (personne n’est éternel). J’ai établi mon « cahier des charges » il y a plusieurs années. Je cherchais un bateau permettant de reprendre la même philosophie en termes de constitution d’équipage (une très grande majorité d’amateurs – éclairés bien sûr notamment par l’entrainement à bord) et de pratique de la course aussi bien que de la croisière en famille. Un bateau de 43 à 45 pieds pour rester maitrisable aussi bien sportivement qu’en termes de budget tout en étant confortable. Mais je cherchais aussi un bateau plus léger, plus puissant, et planant. Un mouton à cinq pattes ! J’ai rencontré Paolo Semeraro lors de la Middle Sea Race 2015 où il avait terminé second en double avec son NEO 400 tout carbone. Il m’a prétendu que son bateau répondait à ma philosophie : j’ai eu du mal à le croire ! Par la suite lorsque j’ai établi mon cahier des charges j’ai rapidement écarté NEO puisqu’il n’existait pas de 43’. Mais début 2020 est apparu le NEO 430 Roma. Et lorsque j’ai évalué le bateau au regard de mon cahier des charges je me suis rendu compte qu’il cochait beaucoup de cases. Début Mars 2021, sans trop y croire, dans la phase finale d’évaluation des 6 ou 7 projets que j’avais sélectionnés, j’ai fait le voyage à Bari avec mon épouse pour visiter le chantier et essayer le N°2 qui venait d’être mis à l’eau (une commande de l’australien Julian Farren-Price, jusque là propriétaire d’un Cookson 50) . Nous avons été très favorablement impressionnés par les aménagements proposés sans compromettre les performances – avant tout le poids. J’ai donc signé pour le N°6 début Avril. A ce jour la coque est complètement infusée, les renforts et cloisons structurels sont stratifiés, et la sortie du moule est pour mi-Septembre. J’espère donc que la mise à l’eau pourra se faire comme prévu, 12 mois après la signature.

Vivement l’année prochaine où les courses côtières et le départ auront lieu à Saint-Tropez.

Site internet : https://www.rolexgiraglia.com/fr/index.html

Crédit Photo: Jean-Louis Chaix/ Société Nautique Saint-Tropez 2021

Laudato Si dans les eaux britanniques

Retour sur la dernière édition de la Rolex Fastnet Race à travers le récit de Régis Vian, membre de l’UNCL et qui revient pour nous sur cette édition si particulière et unique à bord de son voilier Laudato Si un A31.

Mon inscription au Fastnet cette année est mon plan B en cas de décalage de la Cap Martinique 2021 à laquelle je suis inscrit en solo. Rétrospectivement, c’est un plan B majuscule!

Cette édition de la Rolex Fastnet Race 2021 s’annonce particulière à plusieurs égards. La quarantaine imposée en Angleterre nous prive de l’ambiance unique qui règne à Cowes avant le départ de cette course mythique. L’arrivée à Cherbourg en lieu et place de Plymouth est une grande première. Enfin, la météo annonce  depuis plusieurs jours un début de course musclé, voire très musclé. Il va y avoir du spectacle quand les 350 bateaux inscrits vont devoir tirer des bords dans le Solent, pour rejoindre la pleine mer.

C’est ainsi que nous nous retrouvons le 8 août, avec mon cousin Thierry, à bord de mon fidèle A31 Laudato Si, à attendre notre coup de canon dans 30 noeuds de vent établis, au milieu de ce qui est sans doute la plus belle flotte de bateaux qu’une course peut réunir. Nous courons en catégorie IRC4 et duo.

Les trimarans Ultimes, les IMOCAS, les Class 40 et les maxi IRC (catégorie IRC ZÉRO) partiront avant nous. Le spectacle garanti est au rendez-vous. Nous en profiterons à peine car le vent prévu est aussi au rendez-vous. C’est chaud!

Nous prenons un très mauvais départ, et coupons la ligne avec 1 minute de retard, suite à un banal problème d’écoutes de génois qui s’emmêlent au mauvais moment. Mais dans ces conditions, il n’y a pas de problème banal. La sortie du Solent (le bras de mer entre la côte Anglaise et l’île de Wight) tient aussi toutes ses promesses. Le courant jusqu’à 5 noeuds qui s’oppose aux 30 à 35 noeuds de vent d’Ouest lève une mer dantesque, à la limite de ce que peut supporter notre A31, léger et bas sur l’eau.

Ces conditions vont se maintenir pendant plus de 24 heures. Nous sommes secoués et trempés en permanence, par la mer ou par la pluie. Eau douce ou eau salée, nous ne faisons plus la différence. Nous tirons péniblement des bords vers l’ouest et faisons le dos rond en attendant des conditions meilleures.

La stratégie du premier jour sera conservatrice: ne pas casser le bateau, ne pas (trop) nous fatiguer. La course est longue. C’est pourquoi nous préférons partir vers le large plutôt que de tenter de profiter des courants autour de la pointe de Portland Bill, lieu peu recommandable par vent fort. Nous ne devons y perdre en théorie que 20 minutes. Nous y perdrons sans doute plus, car le groupe de tête de notre catégorie IRC4, passé par là, aura déjà beaucoup d’avance. Serions-nous passés sans rien casser? Nous ne le saurons jamais. C’est dans ce contexte que nous apprenons l’abandon de nos amis de Tagan, Alain et Marc. Coup dur!

Le soir du deuxième jour, à l’approche du Cap Lizard, le vent s’est calmé (un peu trop?). Nous pointons autour de nous quelques concurrents directs de notre catégorie: Bigfoot, Aldebaran et Oromotco devant nous, et Cavok pas très loin derrière. La nuit est fraîche, étoilée, humide et studieuse. Nous jouons quelques coups gagnants avec les courants du Cap Lizard et de Land’s End et nous retrouvons devant  Bigfoot et Aldebaran au passage des îles Scilly. Nous sommes bien dans la course, dans le tiers de tiers de tête de notre catégorie. Nous avons limité les dégâts, nous n’avons rien cassé et avons pu avaler notre premier repas chaud depuis le départ. Un semblant d’humanité s’installe à bord! Néanmoins, nous arrivons aux Scilly en début de flot, et nous devons naviguer six heures durant dans un courant contraire, là où les premiers sont passés sur un tapis roulant: premier passage à niveau, la barrière se ferme juste devant nous!

 

 

La traversée de la mer d’Irlande ressemble… à une traversée de mer d’Irlande. Vent de travers sud-ouest, beau temps le matin, pluie l’après-midi, grains et vagues pendant la nuit. Nous sommes de nouveaux mouillés et secoués. Nous prenons un front et sa rotation de vent au nord ouest comme prévu, 20 miles avant d’arriver au Fastnet. 20 miles à tirer des bords alors que ce nouveau vent est encore une fois favorable à ceux de devant: deuxième passage à niveau, nous sommes encore du mauvais côté de la barrière.

Nous virons le fameux rocher en milieu de journée, sous un ciel bleu sans nuage. Les côtes irlandaises en toile de fond s’ajoutent à la magie du lieu. C’est un moment intense, à la proportion des efforts qu’il a fallu produire pour arriver là. Pas le temps de rêver. Nous avons Oromocto à rattraper, et Bigfoot, Aldebaran et Cavok qui ne sont pas loin derrière.

Nous parvenons à charger un classement. Nous sommes 18èmes. C’est une bonne surprise pour nous. Nous avons honorablement limité les dégâts des premières 24 heures. Nous sommes aussi impressionnés par la course de nos amis Ludovic et David sur Raphael (#Adeosys – course au large), 1er en IRC4, et 2ème duo. Ils font une course incroyable!

La lecture des fichiers météo du jour est implacable: une dosable anticyclonique va ralentir fortement les bateaux de tête. Troisième passage à niveau, cette fois-ci en notre faveur! L’occasion est trop belle de revenir sur les bateaux de tête,  nous ne calculons plus trop nos efforts. Entre le Fastnet et les Scilly, nous sommes sous spi asymétrique. Le vent d’ouest-sud-ouest va refuser de quinze degrés. L’angle de vent est serré, et va se resserrer encore . Nous prenons une route sud qui nous permettra d’accompagner la rotation du vent et tenir le spi le plus longtemps possible.  Nous nous relayons à la barre toutes les heures, jusqu’au cœur de la nuit que nous terminons finalement sous génois. Nous tenons bien notre place, mais nous sentons que Cavok pousse fort derrière.

Changement de cap après les Scilly, direction Cherbourg! Le spi léger est sorti. Nous nous décalons un peu au nord de la route alors que nos camarades de jeu choisissent la route directe. C’est dur de maintenir les écarts, leur angle de vent est meilleur. Mais nous nos rattrapons bien lorsque nous remontons vers le DST des Casquets (dispositif de séparation de trafic pour les cargos). Finalement l’opération aura été bonne. Nous y avons néanmoins laissé quelques heures de sommeil! Cavok et Bigfoot toujours derrière, et Oromocto encore dans le viseur. Nous le dépasserons au sud d’Aurigny, à la faveur d’un petit décalage vers le sud, et nous sommes au coude à coude pour traverser le fameux raz Blanchard à la pointe du Cotentin. Il est fidèle à sa réputation. Sous l’effet des forts courants de marée, la mer est une vraie marmite.

Oromocto  nous a mis la pression jusqu’au bout!  Nous profiterons du paysage une autre fois. Nous coupons finalement la ligne d’arrivée moins de deux minutes avant lui, et quarante minutes avant Cavok. Bigfoot est plus loin derrière.

Quelle course! Elle n’est pas mythique par hasard! Le parcours est extraordinaire, la météo toujours exigeante, des rebondissements et des concurrents qui ne lâchent rien: cocktail parfait!

Nos classements sont au-delà de nos objectifs:

  • Classement IRC4: 10eme sur 70 partants (19 abandons)
  • Duo: 7eme sur 57 partants (21 abandons)
  • Overall (toutes classes IRC): 30eme sur 250 partants (70 abandons)

Résultats 2021 complets

Solenn for Pure Océan chez les anglais

Retour sur la dernière édition de la Rolex Fastnet Race à travers le récit de Ludovic Gérard, sociétaire du Pôle Course au Large du CNTL et membre de l’UNCL, il revient pour nous sur cette course mythique.

La Rolex Fastnet Race est une des courses amateurs les plus intéressantes et dures au monde, beaucoup de régatiers rêvent d’y participer une fois dans sa vie. Au même titre qu’une transatlantique ou le passage du Cap Horn, cela fait partie des graals à conquérir pour tout régatier habitué des courses au large.

Inscrit à la Transat Cap Martinique en double, le report de la Transat à mai 2022, m’a laissé sur ma faim pour 2021. Après réflexion, décision est prise d’aller participer au Fastnet cette année, cela tombe bien, elle n’a lieu que les années impaires.

Pourquoi le Fastnet ?  Le démon de la course au large est terrible : c’est addictif. Il n’y a pas d’autre mot pour désigner cette soif de nouveaux horizons, de couchers et levers de soleil sur la mer, sans voir la côte, d’engagement physique et psychique pour tenir bon sur ces centaines de milles à parcourir, quelles que soient les conditions météo…  J’ai beaucoup couru sur les parcours Méditerranéens, évidemment entre Marseille – Porquerolles – Corse – Monaco – Barcelone mais aussi jusqu’à Malte, lors de nos deux participations à la Rolex Middle Sea Race que nous avons d’ailleurs remportée dans notre classe en 2019.
Alors pourquoi le Fastnet, en Manche ? Pourquoi aller dans l’humide et le frais, même en été ? Pourquoi s’imposer une telle logistique ? Pour le plaisir de courir évidemment mais aussi de se confronter à l’élite de la voile amateur et professionnelle européenne. Sortir de la routine des courses locales, de ce que l’on appelle en management « sa zone de confort », voilà qui procure adrénaline et qui est un ressort pour une progression continue, dans la vie professionnelle comme dans le sport amateur.

C’est aussi l’occasion pour porter les couleurs de la Fondation marseillaise Pure Ocean « là haut ». Parler de notre engagement pour la préservation des Oceans, l’éducation du grand public à ces problématiques et le soutien de programmes de recherches ayant trait à la préservation des océans et une meilleure connaissance de leurs richesses extraordinaires.

 

Cela fera deux ans que je soutiens cette Fondation avec mon voilier, notamment avec mes équipiers de double Philippe Mariani et Nicolas Brossay, et nous allons continuer.

Un Fastnet, ça se prépare ! D’abord il ne faut pas rater l’inscription : l’engouement est tel que toutes les places sont réservées dans l’heure qui suit l’ouverture, en février. C’est bon pour nous, première étape validée !
S’en suit la préparation de la logistique : décision est prise d’envoyer (et ramener) le bateau par camion sur Cherbourg.  Ce qui sera fait courant juillet, après vérifications du matériel de sécurité, choix des voiles à emmener pour la course, et  dématage avec Yannick Peduzzi, préparateur du bateau.

William Le Coz me secondera sur cette course, il accueille le bateau à l’arrivée du camion et participera au rematage et mise à l’eau, gérés par Axe Sail à Chebourg.

Nous nous retrouvons le 5 août avec William à Cherbourg, sur le village délocalisé de la course pour confirmation d’inscription, remise en route du bateau, réglages et sortie en mer d’échauffement. Du fait des restrictions sanitaires pour entre en Angleterre, le RORC a très judicieusement organisé une 2ème chaine d’inscription à Cherbourg. Un gros travail de préparation de la navigation est nécessaire, car en Manche et Mer Celtique, nous allons rencontrer des courants de marée pouvant aller jusque 6-8 nœuds !

Nous décidons de traverser la Manche le samedi 7 aout en profitant d’un flux de Sud Ouest et passerons la nuit à couple dans une marina en face de Cowes.  Occasion d’une pinte et un burger dégustés après avoir débarqué clandestinement  pour rejoindre  le pub juste au-dessus de la marina.

Dimanche est le jour du départ, et la météo est conforme aux prévisions et à la réputation du Solent : nous voila cueillis par 30 nds de vent d’ouest, contre le courant de marée, avec une mer hachée et très dure. Imaginez la zone de départ avec 330 bateaux, chacun devant passer une « gate » avec voile de cape et tourmentin à poste.  Les départs s’enchainent tous les quarts d’heure, aux coups de canon traditionnels ! Et rajoutez un ferry qui passe de temps en temps au milieu de la flotte, voilà de quoi faire monter l’adrenaline. Nous sommes en IRC3, avec les équipages, le classement double est extrait par la suite.
Un concurrent hélas nous heurte sur l’arrière alors que nous hissions la grand’voile, causant des dommages que nous pensons mineurs au balcon arrière tribord. Pertubés, nous envoyons le solent sans les écoutes et le temps d’etre prêts, c’est déjà notre procédure du départ. Départ que nous prenons très moyennement du coup.

 

Nous nous attachons à appliquer la stratégie prévue et en jouant bien avec le courant, nous sortons du Solent avec un vent qui est encore monté d’un cran, avec le bon peloton, dans les 10 premiers de notre classe, ouf ! La sortie de la Manche se fera en tirant des bords le long de la Cornouaille à l’abri du courant pendant le flot, plus loin des cotes lors du jusant. Les cirés hauturiers et gilets sont de mise depuis le début de la course, et nous vivons et dormons tout habillés, prêts à sortir sur le pont.

Déjà 36 heures de mer et nous attaquons les Scilly et le contournement des Dispositifs de Séparation de Trafic dans la nuit de lundi à mardi, par un vent plus faible, avons depuis un moment laché le ris dans la Grand’Voile et remis le génois. C’est alors que le pilote automatique se met en grève. Il s’avère que les pieds du balcon arrière tordu laissent entrer l’eau et nous avons 3 seaux d’eau environ dans le coffre arrière, le pilote a été noyé. Les tentatives de réparation le mardi ne donneront rien et nous décidons de continuer et nous organiser pour nous relayer à la barre.
Nous rentrons dans un mode un peu dégradé de course puisque nous ne pouvons plus rien faire ensemble : manœuvres, analyses météo et routes, etc. Même les repas sont désormais pris à tour de rôle. Cela parait pas grand-chose, mais ces moments de vie « ensemble » en course au large sont importants et rythment les journées.

La mer Celtique jusqu’au Fastnet sera traversée quasiment d’un seul bord au près, et nous passons le Fastnet Rock du mardi au mercredi, en pleine nuit noire, sous la pluie. Ambiance de science fiction avec ce phare dont les faisceaux lumineux tournoient au-dessus des mats dans la nuit ! sans oublier les concurrents un peu partout, les zones de DST à éviter et nous voilà repartis cap au Sud Est.

Le passage d’un front nous apporte un peu de pluie mais surtout un bon vent de Nord Ouest, et c’est sous spi à 10 nds de moyenne que nous filons vers les Scilly, sous un grand soleil finalement.
Nous arrivons aux Scilly pour slalomer entre les rochers, les iles et les DST dans la nuit de mercredi à jeudi, et là , nous nous trouvons plantés dans 4 nœuds de vent, face à un courant de 2-3 nœuds, impossible de passer Bishop Rock !  4 h à batailler dans la nuit pour ne pas perdre avant de pouvoir se dégager et reprendre la route. Cet arrêt nous coutera une bonne dizaine de places en fait , nous voila dans les 20 de notre classe, sur 72.

C’est reparti pour la Manche jusque Cherbourg, nous décidons de passer plutôt coté Angleterre et plonger au dernier moment sur le DST du Raz Blanchard compte tenu du timing marées.
Arrivés à Cherbourg vendredi au petit matin, nous décompressons autour d’une bière bien sûr, contents d’avoir fini cette course !  plus de 70 bateaux ont abandonnés quand même, surtout lors des premières 24h très dures.

Un peu déçu certes du résultat sportif, je reste très content d’avoir mené ce projet à bien de Marseille à Marseille en passant par Cherbourg, Cowes, le Fastnet !  Finir les 700 milles de la course est déjà un beau résultat, et nul doute que l’envie est là d’y retourner en 2023, maintenant que je connais le parcours, et puis il faudra bien revenir pour faire un selfie devant le phare !

Infatigables, notre prochaine grande course sera la Rolex Middle Sea Race fin octobre, un grand tour de la Sicile au départ de Malte, 600 milles environ, avec Nicolas Brossay cette fois.

Petite anecdote pour conclure : il est souvent d’usage de remettre le pavillon de la course et des polos lors des courses à la voile, et bien au Fastnet, cela se mérite : ils sont remis après l’arrivée et non pas avant comme dans les autres courses !

Je vous invite, comme le font déjà nos mécènes que je remercie encore, à soutenir directement la Fondation Pure Ocean via le lien sur notre site web, et à nous suivre nous sur les réseaux sociaux :

 

Crédit photo Rick Tomlinson – RORC